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Compte-rendu | Stade Jean Bouin (Paris) / réunion publique : l'accusé n'était pas tout à fait le projet (27-10-2010)

Une réunion publique consacrée à un projet d'architecte qui tourne au vinaigre, quoi de plus attendu ? Pour autant, celle, houleuse, qui s’est déroulée le 3 septembre dernier au sein de la mairie du 16ème arrondissement de Paris autour du nouveau stade Jean Bouin, signé Rudy Ricciotti, portait davantage sur les tenants du projet que sur le projet même. Compte-rendu.

BFUP | Bâtiments Publics | Sport | Béton | 75016 | Rudy Ricciotti

"Ici, c’est le contraire d’une démocratie", confie une conseillère de quartier réfractaire au projet de reconstruction du stade Jean Bouin en s’installant dans la salle des fêtes de la mairie du 16ème arrondissement qui commence à peine à se remplir. Le ton est donné : la rencontre entre les représentants de la mairie de Paris, maîtrise d’ouvrage du projet, dont Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris chargée de l’urbanisme et de l’architecture, et le public, qui compte les différents détracteurs du projet (parmi lesquels des représentants de l’association sportive Paris Jean Bouin, du collectif Jean Bouin et de la Fondation Le Corbusier, sans compter les conseillers de quartier et les enseignants) sera animée. "Ca va crier", confirme en aparté, visiblement amusée, une dame à sa voisine.

Un projet qui déloge les scolaires

Les exclamations de protestation se manifestent effectivement dès les premières minutes de présentation du projet par Anne Hidalgo face à une salle devenue comble (300 personnes) en quelques minutes.

Construit en 1925 et accueillant le Stade français Paris, le stade Jean Bouin ne répond plus, selon la mairie de Paris, aux exigences de capacité, de confort et de sécurité nécessaires à l’accueil d’un club de rugby de haut niveau. Outre la reconstruction d’un équipement de 20.000 places entièrement couvertes, contre environ 12.000 partiellement découvertes aujourd’hui, le projet conçu par Rudy Ricciotti comprend 1.000m² de bureaux, 7.400m² de commerces et un parking de 500 places - dont 100 places à tarif résidentiel.

"En démolissant et reconstruisant Jean Bouin, on supprime non seulement l’athlétisme mais, aussi, un patrimoine, une histoire", s'insurge la conseillère de quartier. Le nouveau projet implique en effet la destruction d’une tribune art déco datant de 1930 et, surtout, la suppression des principaux terrains de sport du quartier (une piste d’athlétisme et un terrain de hockey). En revanche les cours de tennis demeurent sachant que quatre cours de tennis, sur 17, seront reconstitués sur le site dans le cadre du projet. Sujet épineux entre tous, la délocalisation des scolaires qui utilisent une partie de ces équipements, entre 3.500 et 5.000 selon les sources (les sons de cloche sont multiples, un vrai carillon. NdA), devient le leitmotiv de la réunion. "C’est un projet fossoyeur des jeunes", clame la conseillère de quartier. "Les activités sportives seront reconstruites dans d’autres sites", se défendent les représentants de la mairie de Paris. Une assertion accueillie par des huées et une bordée de noms d'oiseaux.

Un projet hors sujet ?

"Je voudrais saluer la qualité et l’ambition architecturale du projet", poursuit Anne Hidalgo malgré les cris de protestation. "On s’en fout", s’écrie une voix dans le public. L’objet de la réunion, le projet de Rudy Ricciottì, semble dès le départ hors sujet. Ainsi, quand vient le tour de Christophe Kayser, chef de projet au sein de l’agence de l’architecte marseillais, de présenter le nouveau stade, l’assemblée gronde d’impatience.

"Je vais essayer de faire partager la passion qui anime l’équipe de maîtrise d’oeuvre et de maîtrise d’ouvrage", commence Christophe Kayser. Mais la présentation qui suit, illustrée par un diaporama, ne convainc pas les détracteurs du projet. Certes, le jargon employé par l’architecte semble décalé. "Qu’est ce que c’est ?", questionne une voix emprunte d’ironie quand Christophe Kayser parle de "béton fibré ultra performant" qui "permet d’offrir une ondulation aléatoire".

"Rassurez-vous, le béton utilisé est de couleur sombre sur les images mais il sera de couleur claire à Jean Bouin". L’architecte, impavide (autant que faire se peut), poursuit sa présentation en essayant néanmoins d’intéresser la foule hostile. D'ailleurs, ils sont quelques-uns, amoureux d'architecture ?, à être venus découvrir et comprendre ce projet. "Mais laissez-le parler enfin !", protestent ceux-là.

Peine perdue ! "Comment pouvez-vous expliquer que les arbres soient plus hauts que le stade ?", s’écrie un intervenant à la vue d’une perspective. Commentaire incrédule plutôt que question. Christophe Kayser réagit pourtant : "Non, nous ne vous trompons pas : les arbres sont plus hauts que le stade", dit-il.

"Je m’attendais bien sûr à des réticences au moment des questions / réponses car nous avons à plusieurs reprises rencontré les représentants des riverains", commentera Christophe Kayser par la suite. "Mais je pensais malgré tout que les gens seraient plus attentifs à la présentation du projet". Une attention nécessaire, selon lui, pour comprendre que la façade du stade étant ondulée, la végétation peut effectivement surplomber le bâtiment par endroits. Attente déçue : l’architecte est notamment interrompu par la saillie suivante : "On n’est pas venu pour ça mais pour avoir des réponses à nos questions". Réaction d’Anne Hidalgo : "Et nous, on est là pour vous présenter un projet". Dialogue de sourds s’il en est.

02(@AgenceRudyRicciotti)_S.jpgDes motifs d’opposition pluriels

L’intervention du paysagiste Michel Péna, chargé d’aménager des pelouses centrales de l’Hippodrome d’Auteuil pour accueillir, en partie, les terrains supprimés, ne semble pas non plus rassurer le public. La foule trépigne toujours.

Et ce d'autant plus que ce projet est l'alibi rêvé d'une guerre politique de tranchées entre le maire de Paris (PS) et les maires du 16ème arrondissement et de Boulogne-Billancourt (UMP), bien que, évidemment, tout le monde s'en défende.

De fait, seule la prise de parole de Claude Goasguen, maire du 16ème arrondissement et farouche opposant au projet, donne lieu à des murmures d’assentiment. "L’opposition permanente de la mairie du 16ème ne se démentira pas", commence le maire : première vague d’approbation. Claude Goasguen fait alors un tour d’horizon des oppositions faites au projet de la Mairie de Paris.

"Ce nouveau stade était prévu à l’occasion des JO de 2012 ; or, nous ne les avons pas eu. Je pense que c’est de là que viennent les problèmes", dit-il. Ou encore : "Faut-il réellement construire un stade pour dix matches dans l’année, sachant qu’il y a le Parc des Princes à côté ?". Et de résumer : "Le choix qui a été fait est obsolète, coûteux et il entraîne des conséquences considérables dans la vie quotidienne". "C’est un stade dont on n’a pas besoin. Il vaut mieux réhabiliter", ajoute-t-il. Enfin, pour qui n’aura pas déjà compris, Claude Goasguen précise : "Je ne juge pas de la qualité architecturale du projet".

Ayant lieu du 7 septembre au 9 octobre inclus, l’enquête publique viendra sûrement confirmer les fortes oppositions constatées lors de cette réunion publique.

Le projet de Rudy Ricciotti commencera-t-il à s’ériger en lieu et place de l’actuel stade Jean Bouin dès 2010 ? Il est permis de s'interroger au vue de la violence des réactions qu'il suscite. A moins que les amoureux et soutiens du projet ne se fassent, à leur tour, entendre bruyamment.

Emmanuelle Borne

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 23 septembre 2009.

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