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Présentation | Une baleine en guise de canard, et alors ? (20-02-2013)

La baleine en «tête de gondole». La métaphore est de L’Escaut Architectures qui a réalisé à Liège, en association momentanée avec BE Weinand, une patinoire en réaction à Médiacité dont elle est mitoyenne. Livré en décembre 2012, l’édifice se veut un pied-de-nez à l’architecture commerciale de Ron Arad. Pour ce faire, David Crambert, associé de l’agence belge, n’hésite pas à paraphraser Robert Venturi. Bref, une baleine en guise de canard.  

Bâtiments Publics | Sport | | L'Escaut Architectures

Zoomorphisme ? Aux uns, les girafes, aux autres, les baleines. «Nous avons remporté le projet en évoquant la métaphore du glaçon», note toutefois l’architecte. Les changements climatiques sont acquis ; la patinoire de Liège de fondre et de prendre les contours d’un cétacé.

«Nous ne souhaitions pas défendre une image parfaite correspondant exactement au concours. Le projet a évolué avec le temps dans le bon sens», assure David Crambert. La trahison des images n’est pas qu’un débat franco-français.

«Modifier un projet augmente les risques de recours. Toutefois, nous l’avons fait évoluer de manière positive. L’effet d’image va aujourd’hui à l’encontre de ce processus. Autrefois, le trait à la main n’avait pas la précision du photoréalisme. Un projet n’est pas une image vendue ; or, l’architecture tend aujourd’hui à cette réduction», regrette l’architecte.

Aux premières heures, le glaçon de polyuréthane s’est métamorphosé en baleine d’aluminium ; en cause, «la crainte de la maîtrise d’ouvrage d’un vieillissement prématuré», assure David Crambert.

02(@MarcDetiffe)_S.jpg«La patinoire a néanmoins gagné en franchise et en crédibilité», poursuit-il. L’équipement est ambitieux et son budget restreint, vraisemblablement sous-évalué lors du concours. La trahison des portefeuilles n’est pas qu’un débat franco-français.

«Le dessin a été optimisé par la contrainte financière. Un projet de cette ampleur, à moins de dix millions d’euros, est un exploit», affirme-t-il.

«Nous avons mis en oeuvre des assemblages simples pour aboutir à une forme complexe. Nous avons mené une importante réflexion sans faire appel à une ingénierie sophistiquée. Il n’y a pas de sur-mesure. Nos moyens ont été archaïques», dit-il.

A la courbure du cétacé s’ajoutent les contraintes thermiques et acoustiques - «treize couches !» - sans oublier la problématique urbaine.

«Nous sommes en fond d’impasse, collé à Médiacité. Le centre commercial a phagocyté le quartier et créé un îlot aveugle», explique l’homme de l’art. Sur les bords de la Meuse, l’architecture de Ron Arad, gesticulante, capte le chaland et sollicite le flâneur.

Pour accéder à la patinoire, direction l’hypermarché.

«Le projet est né de contraintes absurdes. Nous avons opté pour une stratégie humoristique de détournement par rapport à la question de la consommation. En somme, nous avons fait référence au hangar décoré, au canard de Venturi», dit-il. Learning from Liège.

A défaut de palmipède, un cétacé. «Les 'malls' sont des endroits typiques où l’extérieur est séparé de l’intérieur. Ici, pour la patinoire, nous avons voulu identifier la forme à l’intérieur», précise David Crambert.

03(@MarcDetiffe)_B.jpgDans le ventre de la baleine, les structures de bois épousent les rondeurs de l’édifice. «L’intérieur s’apparente à une grande halle sportive. Son utilisation est brute. Après tout, le hockey sur glace est une discipline brutale. La manière dont les assemblages ont été faits est nette et franche», explique-t-il.

La patinoire se veut «une extension de l’espace public quand bien même son accès n’est permis que par une galerie privée. Nous voulions impérativement assumer la dimension publique du projet», indique l’architecte.

Aussi, la patinoire propose un vaste espace de déambulation. A l’entrée succède un long corridor puis un belvédère offrant brasserie et buvette. «Les différents moments d’utilisation impliquent de travailler petite et grande échelles», précise David Crambert. L’équipement, aux temps forts des compétitions, peut accueillir 1.200 spectateurs.

Reste, pour apprécier l’extérieur, à se rendre au parking. Ici, la tête de la baleine, «le seul vecteur d’identité», émerge. «Nous voulions une forme reconnaissable différente d’un centre commercial aveugle. Nous avons créé une importante ouverture afin de proposer une interface généreuse avec la rue», affirme l’architecte.

Baleine cyclopéenne, la patinoire de Liège est aussi un monstre énergivore. «16°C hiver comme été», note David Crambert. «Une technique redoutable a été mise en place pour récupérer l’énergie dépensée : pompe à chaleur, système de ventilation et ballon d’eau chaude récupèrent une partie de la chaleur produite par les groupes frigorifiques».

Cap’tain Ahab, Pinocchio, Geppetto, Jonas... A vos patins !

Jean-Philippe Hugron

04(@MarcDetiffe).jpgFiche technique

Lieu : quartier du Longdoz, Liège
Programme : patinoire olympique avec une jauge de 1.200 places assises / 550 patineurs sur la piste. Elle peut accueillir des compétitions internationales.
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Liège
Pouvoir subsidiant : SPW Infrasports
Procédure : concours

Auteurs de projet : L’Escaut-BE Weinand (association momentanée)
L’Escaut Architectures : David Crambert, Annelies Kums, Michael Bianchi, Olivier Bastin, Claire Laborde, François Lichtlé, Deborah Vanderlinden, Tilman Gappa
Surfaces : 6.700m²
Budget : 8.062.770€ HTVA (adjudication)
Durée : 2007-2012

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