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Visite | Addition ou ablation ? Une reconversion patrimoniale signée Hellin-Sebbag (06-03-2013)

«L’emprise du projet équivaut à la place de la Comédie, le plus grand espace urbain de la ville», souligne de prime abord Brigitte Hellin, architecte associée de l’agence Hellin-Sebbag, qui a conçu en 2003 - et livré en 2012 - la reconversion d’un ancien hospice en bâtiment universitaire à Montpellier. En résumé, petit budget et grandes contraintes.  

Reconversion | Education | Bâtiments Publics | Montpellier | Hellin-Sebbag architectes associés

MONTPELLIER - Au départ, un bâtiment historique, un ancien hôpital. Puis, un projet de reconversion en équipement universitaire ; autant dire la transformation d’une structure inadaptée, qui plus est préservée. Une mission longue voire périlleuse. Une première pour Hellin-Sebbag.

Avant toute chose, Brigitte Hellin tient à mettre cartes sur table. «Nous sommes en limite de l’écusson et faire revenir des étudiants en centre-ville dans un pôle universitaire de 15.000m² est un défi qui nous intéressait», dit-elle au Courrier. Pour le non initié, l’écusson n’est autre que le nom donné au centre historique de Montpellier.

«Il s’agissait d’un hospice, d’un bâtiment ouvert aux pauvres afin qu’ils puissent être nourris et recevoir un enseignement religieux. In fine, peu en ressortaient», explique l’architecte. Erigé au XVIIe siècle, l’édifice est par conséquent de faible qualité.

«Il a été construit avec une mauvaise pierre et ne présente aucun bel appareillage, aucune modénature un tant soit peu intéressante», note Brigitte Hellin.

02(@Wehrle).jpgBien que sans grand intérêt, l’ensemble est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques pour son plan exemplaire. La chapelle classée, quant à elle, soumet les bâtiments adossés aux mêmes règles.

«Nous avons fait le projet en 2003», se souvient l’architecte. Trois tranches sont alors programmées ; à ce jour, seule la première a été, neuf ans plus tard, livrée. En cause, un budget serré et aussi la lenteur liée aux monuments historiques.

«Le dossier est remonté au Ministère de la Culture. Qui plus est, notre appel d’offre est arrivé au même moment que les grands projets de la ville. Il est donc resté infructueux», précise Brigitte Hellin. Pourquoi venir travailler dans un budget serré quand les nouveaux équipements alors programmés proposent des finances plus confortables ?

Il y eut, en outre, un changement de direction à la tête de l’université et, de fait, une remise en cause du programme. Exit la faculté de psychologie. L’édifice est alors promis aux doctorants et chercheurs de l’université de Montpellier.

03(@Porcher)_S.jpgEn 2003, Hellin Sebbag découvrait un édifice vandalisé par des années d’usages. Malgré le saccage de l’ancien CHU, les deux associées découvrent en rez-de-chaussée des voûtes de pierre qu’elles décident de conserver. Toutefois, l’organisation de l’espace demeure inadaptée aux nouveaux usages.

«Il y avait une aile pour les femmes, une autre pour les hommes organisées autour de deux cours, les deux zones étant parfaitement étanches entre elles. Nous avions un programme unitaire qui demande une fluidité en opposition totale avec la dualité du plan», explique Brigitte Hellin.

«La destruction du mur central en rez-de-chaussée aurait impliqué celle des voûtes. Nous avons donc créé des percées dans l’axe des fenêtres dont nous avons ôté les allèges. Les deux cours ont été ainsi mises en relation visuelle», poursuit-elle.

In situ, le parti est concluant, d’autant plus que les architectes ont dévolu cet espace central à la cafétéria. «La maîtrise d’ouvrage voulait en lieu et place des salles de colloque. Nous leur avons prouvé que cet emplacement convenait beaucoup mieux à la cafétéria».

Le lieu de convivialité est ainsi au coeur du dispositif. Pour la mémoire du lieu - mais également pour le repérage -, deux couleurs ont été utilisées. Les percements mêlent bleu et rouge. Des rayures, in fine, très Buren.

04(@Wehrle)_S.jpgRestait à intégrer les éléments programmatiques dans un édifice rigoureux. Salles de conférence, bureaux pour doctorants, laboratoire de recherche, administration, bibliothèque universitaire... sans oublier les circulations et ce dans les ailes étroites de l’ancien hospice.

Deux ascenseurs ont été créés ainsi qu’un escalier monumental en béton poli qui se déroule sur les trois niveaux du nouveau hall. Des coursives ont été réalisées dans les deux cours pour permettre l’accès aux différents espaces. Le parti est sobre, élégant et la coprésence des époques donne au lieu sa nouvelle identité.

«Nous ne referions peut-être pas le même projet. Il y avait une certaine radicalité dans notre premier dessin ; aujourd’hui, nous irions avec plus de précaution. Les Monuments Historiques tolèrent mieux l’addition que l’ablation», assure Brigitte Hellin.

05(@Porcher)_B.jpgEn mire, l’architecte cible la façade en mur rideau, prévue à l’origine à l’arrière de l’hospice devenu porte d’entrée principale. «Le conservateur de l'époque n’a pas apprécié cette proposition. Nous avons dû faire des concessions». Le dessin symétrique tente d’évoquer le passé de l’édifice sans être concluant. Un regret donc.

«Cette façade est en attente de l’extension neuve, une aile perpendiculaire au hall. A voir avec la suite, donc», répond l’architecte.

Le ciel s’assombrit, la lumière reste crue. L’édifice prend alors tout son relief. A côté, 'Les incurables' du XVIIIe siècle attendent leur transformation afin d’abriter la Maison des Sciences de l’Homme. L’ambition y est aussi de créer transparences et recoupement de vues.

Rendez-vous dans deux ans... au mieux.

Jean-Philippe Hugron

06(@Porcher)_B.jpgFiche technique

Nom de la réalisation : Campus universitaire Saint-Charles : Bâtiment des Incurables - Tranche 2
Reconversion d’un bâtiment hospitalier du 18e siècle, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, en université
Maître d’ouvrage : Etat - Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche Rectorat de l’Académie de Montpellier
Maîtrise d’oeuvre : Hellin-Sebbag architectes associés (Paris- Montpellier)

Programme : Maison des Sciences de l’Homme et département d’archéologie pour l’Université Montpellier 3
Amphithéâtre, salles séminaires, Presses universitaires, espaces de travail à partager par des chercheurs en sciences humaines et en archéologie
Adresse : Rue du professeur Henri Serres et rue Auguste Broussonnet | 34000 Montpellier

Surface : 4.687m² SHON
Calendrier : dossier d’appel d’offres en cours (DCE ) - Chantier juillet 2013
Estimation prévisionnelle : 8,52M€ H.T., valeur février 2009

Technique & Matériaux : restauration des façades en pierre apparentes
Création d’un jardin d’hiver : structure métalliques et ventelles mobiles en verre
Fenêtres ouvrant à la française à petits bois et double vitrage  

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