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Venezuela | A Caracas, un musée subversif ? (13-03-2013)

A Caracas, avenue Bolívar, un édifice défraie la chronique. Beaubourg raté, le nouveau Musée National d’Architecture choque par son emplacement, sa conception, ses expositions. Le quotidien El Universal revient, le 3 octobre 2012, sur l’inauguration du bâtiment conçu par Juan Pedro Posani, également directeur de l’institution. Un mélange des genres dénoncé par Angel Ricardo Gómez et Dubraska Falcón.

Bâtiments Publics | Culture | Caracas | Juan Pedro Posani

Contexte
Ugo Chávez est mort. Vive Ugo Chávez ? Le Venezuela pleure officiellement son homme d’Etat.
«L’équipe du Musée National d’Architecture, partie intégrante du peuple vénézuélien, partage avec lui ses sentiments, angoisses et bonheurs et désire exprimer sa profonde douleur causée par le décès du Président Hugo Chávez Frías. Il nous a légué d’importants enseignements et d’extraordinaires valeurs humanistes», dixit le communiqué dudit musée, le Musarq qui, quelques mois plus tôt, le 1er octobre 2012, était inauguré à Caracas.
La nouvelle institution culturelle soulevait alors la polémique au sein de la profession. Parmi les plus critiques, le doyen de la Faculté d’Architecture, Guillermo Barrios, dénonçait dans les colonnes du quotidien El Universal «une improvisation».
En plus d’un site controversé, à proximité des Arènes, le Circo Nuevo, le parti architectural adopté fait débat. Juan Pedro Posani, à la fois directeur et architecte du musée, assure que la «conception de l’édifice répond à une thèse élaborée des années durant [...] il ne s’agit pas là d’une carence en terme d’idées. Nous pouvons le démontrer dans le cadre d’une discussion honnête et sans piège», écrit-il sur le blog de l’institution.
Outre les considérations esthétiques, l’absence de concours pour la conception même du musée pose problème. «Comment la construction d’un Musée d’Architecture en plein XXIe siècle ne peut-elle pas être issue d’un concours ? Plus encore, le fonctionnaire en charge de l’institution s’attribue l’oeuvre. Cela ne me parait pas très sain !», assure Guillermo Barrios.
Des critiques teintées de «préjugés politiques», dont les «jugements téméraires ne sont pas fondés», tel est le point de vue du directeur de l’institution qui, lors d’un entretien accordé au magazine en ligne TalCualDigital, assure que le Mausolée du Libérateur, controversé lui aussi, est «un édifice extraordinaire d’une haute qualité architecturale».
Une appréciation sans «préjugé politique» ?
JPhH

UN MUSEE SUBVERSIF ?
Angel Ricardo Gómez, Dubraska Falcón | El Universal

CARACAS - Après six années d’attente et un investissement qui a dépassé les 20 millions de bolivars (2,4 millions d’euros, ndt), le premier des huit musées programmés en 2006 par le ministre de la Culture, Francisco 'Farruco' Sesto, a été inauguré lundi [1er octobre 2012]. «Farruco, voici le musée qui témoignera de ce qui est réellement important», a déclaré le directeur du Musée National d’Architecture (Musarq), Juan Pedro Posani.

Situé avenue Bolívar à Caracas, entre l’avenue Sur 9 et Este 8, le Musarq a ouvert ses portes et engendré un important débat quant aux caractéristiques de la construction et quant à la manière dont est présenté la Gran Misión Vivienda Venezuela (la Grande Mission Habitat du Venezuela, ndt) à travers l’exposition 'Le logement au Venezuela : aujourd’hui et demain', dont la muséographie a été confiée à Domingo Alvarez, Prix National d’Architecture 2010-2012, et à l’artiste Daniel Hernández.

Bien qu’hier il manquait encore le système d’air conditionné et l’ascenseur, les trois étages de l’institution exposaient panneaux, maquettes, photographies et plans des projets de la Mission Habitat qui, selon le texte présenté dans le musée, a, jusqu’à ce lundi, permis la réalisation de 253.601 logements.

«C’est un centre de subversion», affirme Francisco Sesto, désormais ministre d’Etat pour la transformation révolutionnaire de Caracas. «Nous allons subvertir l’ordre urbain ; ce que n’ont pas pu et n’ont pas voulu les facultés d’architecture et d’urbanisme, nous allons le faire ici : parler de la réalité. Le musée est inauguré avec une importante exposition à propos de la Mission Habitat qui va changer l’histoire», dit-il.

02(@DR)_S.jpgLa déclaration inquiète des architectes tel Guillermo Barrios, doyen de la Faculté d’Architecture de l’Université Centrale du Venezuela (UCV). «Il faudrait demander à Sesto une explication sur ce qu’il entend par 'subversif' car je comprends cela différemment ; non comme un musée servant de moyen pour exalter l’oeuvre du Gouvernement. Tout ceci est lié au pouvoir», commente-t-il.

Malgré ses observations, Guillermo Barrios célèbre le nouveau musée comme un moyen de développer le débat. «Nous exerçons notre droit à la liberté d'expression et tenons à notre libre arbitre ; un projet de cette envergure doit se faire via concours public et non être attribué directement à un fonctionnaire d’état (Posani)», dit-il.

De son côté, María Isabel Peña, directrice de l’Institut d’Urbanisme de l'UCV, nie toute sous-évaluation par l’Académie de la Mission Habitat ; «bien au contraire».

«Par exemple, nous avons approuvé le développement résidentiel de l’avenue Libertador mais en revanche concevoir 913 logements sans les services connexes (eau, électricité, évacuation, transports, parkings, dispensaires, bibliothèques) est une erreur».

María Isabel Peña questionne jusqu’au modèle constructif : «on ne peut pas tout concevoir de la même manière ; toutes les fenêtres ne peuvent pas être identiques (une chambre et une cuisine ne peuvent pas avoir le même type de fenêtre) ; les étages bas ne peuvent pas être aveugles... Dans quelques années, tous ces logements vont être modifiés ; il y aura des bâches, des grilles, des usages différents au dernier étage».

A propos du Musarq, l’architecte souligne : «ce musée qui devrait être un exemple ne l’est pas. Déjà, il occupe un espace qui était historiquement vide et destiné à être une place. En plus, architecturalement, il laisse à désirer, il est très pauvre».

Si Guillermo Barrios célèbre le musée comme espace de débats, María Isabel Peña considère que, vu les circonstances historiques que le pays vit actuellement, construire un tel édifice n’était pas nécessaire. «C’est comme le Mausolée du Libérateur, voilà quelque chose dont le pays n’a pas besoin, un projet pharaonique et pauvre de toute pensée».

Angel Ricardo Gómez, Dubraska Falcón | El Universal | Venezuela
03-10-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

Réactions

Carlucho | Architecte UCV | 14-03-2013 à 17:49:00

Excellent article remplie des tristes vérités…Un important ’espace vert public de Caracas squatté par la folie architecturale de Posani pour faire ode à la mégalomanie de Chavez, sous la complicité immorale de Farruco.

Posani et Farruco ont été professeurs d’architecture de l’Université Centrale du Venezuela, mais leurs gestions incongrues et obsolètes n’a donné comme résultat que la fuite massive de toute une génération d’architectes …ainsi 80% des architectes vénézuéliens, tous contraires à la «follie chaviste » ont du quitter le pays a la recherche d’un épanouissement professionnel…

Pire qu’un volume déforme contenant des mensonges « has been » au bon milieu de la ville…reste le volume si important de « masse grise » au bon milieu des pays étrangers…

Un ancien élevé et employé de Posani…

Carlos Garcia-Garcia
archipaysage@yahoo.com

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