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Inde | La maison Defence Colony de vir.mueller à New Delhi ne casse pas les briques (13-03-2013)

«En tant qu’alternative à la typique maison indienne de luxe, cette résidence de briques, construite dans le quartier Defence Colony, est une réinterprétation sensible d’une architecture historique, laquelle opère une synthèse poétique entre masse et lumière». Ce ne sont pas les architectes qui s'expriment mais Rob Gregory, rédacteur en chef adjoint de The Architectural Review, revue britannique spécialisée. Dans un article paru le 1er mai 2012, il ne tarit pas d’éloges à propos de cette réalisation de l’agence vir.mueller.

Logement individuel | Brique | New Delhi | vir.mueller architects

Contexte
Fondée en 2003 à New Delhi par Pankaj Vir Gupta et Christine Mueller, l’agence vir.mueller s’attache avant tout «à l’intégrité des matériaux et des savoir-faire artisanaux pour établir une relation fondamentale entre l’environnement et l’art de faire de l’architecture», indique le site Internet de l’agence.
La maison livrée en 2011 dans le quartier Defence Colony à New Delhi, toute de briques composée, est un exemple probant de cette philosophie.
La résidence Vasant Vihar, livrée en 2010, confirme que le scénario n’est pas vaine communication. Composée d’une structure mixte combinant murs porteurs en briques et charpente en béton, cette maison résulte d’une étroite collaboration avec des maçons afin «de faire émerger de la structure en briques une surface texturée», ainsi que l’écrit Pankaj Vir Gupta.
Bref, savoir-faire et matériaux locaux sont à la base de la démarche adoptée par l’agence vir.mueller, qui signe ainsi «une architecture capable d’identité sans grandiloquence».
EB

LA MAISON A DEFENCE COLONY, NEW DELHI, PAR VIR.MUELLER ARCHITECTS
Rob Gregory, associate editor | The Architectural Review

NEW DELHI - Le quartier Defence Colony à New Delhi fut aménagé à la fin des années 1940. Il résulte de la politique de planification urbaine mise en oeuvre après l’indépendance et, ainsi que son nom le suggère, il était à l’origine destiné aux officiers, en exercice ou en retraite, des armées de terre, de l’air et de la marine indiennes.

Avec leurs façades avant mitoyennes le long de la rue et leurs façades arrière desservies par d’étroites venelles, les maisons d’origine, qui comptaient deux ou trois étages, formaient une enclave dans ce quartier de banlieue.

02(@AndreFanthome)_S.jpgPankaj Vir Gupta, l’architecte de cette nouvelle maison, se souvient du quartier comme «d’un endroit calme, très bien situé au sud du centre-ville de [New] Delhi».

Ce fut le cas jusqu’au boom économique des deux dernières décades. Depuis, la valeur du foncier ayant augmenté, le quartier a été transformé. 

Parmi les propriétés d’origine, nombre ont été démolies pour faire place à des opérations de logements spéculatives destinées à des jeunes actifs, des expatriés, ainsi qu’à une génération émergente de riches familles bourgeoises.

Les clients de cette maison ont emménagé dans le quartier à la fin des années 1980, pendant une période de récession immobilière. Installés au bon endroit au bon moment, ils ont demandé à vir.mueller architects de maximiser les surfaces autorisées. Précisément, leur demande était de créer deux maisons en une, afin que leurs deux enfants puissent un jour hériter chacun d’une moitié.

«Nos clients ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient», se souvient Pankaj Vir Gupta, fondateur de l’agence vir.mueller architects à New Delhi avec son associée Christine Mueller en 2003. «Ils voulaient quelque chose de contemporain mais ils nous montrèrent des images de maisons haut de gamme typiques et plutôt quelconques».

Les architectes passèrent six mois à essayer de convaincre subtilement leurs clients qu’une réponse alternative, plus authentique, pouvait être élaborée. Heureusement, les clients réagirent positivement, comprenant la logique et l’intégrité sous-jacentes au travail de cette jeune agence dynamique.

Dans un paysage urbain de plus en plus défiguré par des pastiches clinquants, la démarche de vir.mueller repose, au contraire, sur la réinterprétation de précédents urbains et historiques. En commençant par analyser le site, ils extraient leurs références des fragments de l’architecture islamique du XVe siècle qui fonde le paysage de New Delhi.

03(@AndreFanthome).jpgIls mettent en oeuvre des briques porteuses sous différentes formes qui, à l’opposé de l’architecture défensive des propriétés adjacentes, dialoguent plus directement avec la rue.

Ce rapport à la rue est une référence à la notion indienne traditionnelle selon laquelle les habitants d’une maison sont, de fait, les habitants de la rue.

L’usage d’un unique matériau n’est pas seulement efficient en termes de durée de chantier et de savoir-faire ; la brique est, par ailleurs, suffisamment robuste pour remédier au risque sismique qui menace New Delhi.

«L’essentiel du savoir-faire ayant disparu au milieu des années 1970 avec l’exode de la main d’oeuvre en direction des pays du Golfe, nous avons dû réapprendre et traduire les traditions en matière de construction en brique apparente», explique Pankaj Vir Gupta. «Ce fut une expérience très enrichissante dans la mesure où nous nous étions fixés pour défi de ne découper aucune brique. Nous savions que nous pouvions construire cette maison avec très précisément 287.000 briques. Construire un bâtiment de six étages avec une telle précision est possible».

Au départ sceptiques, les clients pensaient que la mise en oeuvre de la brique ne pouvait être que structurelle et ils demandèrent aux architectes s’il était réellement possible de se passer de l’acier, du verre ou du marbre employés par leurs voisins. 

04(@AndreFanthome).jpgSelon Pankaj Vir Gupta, le déclic eut lieu quand les écrans de briques composant les balcons furent montés. 

Soudainement, un matériau épais et massif était transformé en un voile dentelé et effervescent. «Le bâtiment à lui seul suffit à les convaincre de son identité», se souvient Pankaj Vir Gupta, «ce qui, pour nous, fut une révélation totale».

La question des fenêtres se posa ensuite ; le client s’attendait à «un PVC chinois de superbe qualité» mais là encore, l’architecte sut se montrer persuasif, assurant que des profilés en teck seraient de bien meilleure qualité.

Hormis ces exemples et autres décisions subtiles, telle celle de mettre en oeuvre du marbre poli sur le sol, «un catalyseur d’effervescence», vir.mueller architects a réalisé une maison faite main dotée de sa propre identité dans un contexte de plus en plus éclectique, composé de villas contemporaines.

En ce sens, la démarche de vir.mueller s’apparente à celle d’agences telles Studio Mumbai, Spa Design et Sameep Padora quant à la recherche d’une architecture durable, réellement humaine, qui ne défie pas les traditions artisanales centenaires de l’Inde mais, au contraire, les intègre.

Rob Gregory | The Architectural Review | Grande-Bretagne
01-05-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne

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