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Cahier Spécial - Pierre

Visite | A Bry-sur-Marne, Eliet et Lehmann ont fait d'une pierre calepinée deux coups (26-03-2013)

En 2010, seize logements sociaux livrés à Bry-sur-Marne (94) ont mis en lumière le savoir-faire de l’agence Eliet & Lehmann (Denis Eliet et Laurent Lehmann). Conjuguant structure en pierre massive et loggias en bois, les deux bâtiments composant l’opération confèrent une matérialité inattendue à un programme social. Retour en visite.

Logement collectif | Pierre | Val-de-Marne | Eliet & Lehmann

BRY-SUR-MARNE - «En visitant les bâtiments réalisés par Fernand Pouillon, on se rend compte que ses ensembles sont ceux qui tiennent le mieux la route». A entendre Laurent Lehmann, il est clair que son appétence pour la pierre, qu’il partage avec son associé Denis Eliet, est liée à la pérennité du matériau.

«Il y a l’aspect impérissable mais aussi l’imperfection, qui traduit le travail du temps», nuance l’architecte.

Denis Eliet et Laurent Lehmann connaissaient la pierre massive pour l’avoir découverte lorsqu’ils collaboraient l’un et l’autre au sein de l’agence de Christian Devillers, avant de monter leur propre structure en 2002. Alors, au moment de la réalisation des premiers logements signés Eliet & Lehmann à Hérouville-Saint-Clair (14), ils ont «sauté sur l’occasion» d’utiliser la pierre. «Il faut dire qu’en la matière, la Normandie est dotée d’un lobby efficace», sourit Laurent Lehmann.

Selon ce dernier, «ce projet fut un véritable champ d’expérimentation ; nous y avons essuyé les plâtres de notre méconnaissance de la technique». Heureusement pour eux, «les pierreux» les ont aidés à trouver les entreprises adéquates.

«Pour des raisons de garanties décennales, il faut constituer un groupement de gros oeuvre, sorte de mariage heureux entre maçons et pierreux», explique Laurent Lehmann.

«En pierre, tout rattrapage est compliqué», poursuit-il. En fait, à l’instar de tout matériau traditionnel qui ne l’est plus, tout pose question. Par exemple, l’usage de pierre tendre impose d’être attentif, en cas de pluie, aux zones de rejaillissement qui attaquent la pierre. «Les difficultés de mise en oeuvre viennent du fait que le monde de la pierre massive est un petit monde artisanal, sans fédération, qui nécessite d’aller à la pêche à l’information».

02(@SergioGrazia)_B.jpgPour autant, Laurent Lehmann estime que la mise en oeuvre du bois est plus délicate encore. L’architecte parle en connaissance de cause : à Bry-sur-Marne, les surfaces des loggias sont entièrement recouvertes de bois.

Pour le reste, les architectes ont opté pour des blocs en pierre massive dont l’empilement systématique confère une facture haut de gamme inattendue à ce programme de logements sociaux.

Pour autant, ce n’est pas tant cet aspect qui avait forcé l’attention du maître d’ouvrage lors du concours que l’implantation urbaine proposé par Eliet & Lehmann. Cherchant à optimiser une étroite parcelle de quatre-vingt mètres de long, les architectes ont réparti les logements dans non pas un seul mais deux immeubles R+4, dont le premier se soulève via un porche, offrant ainsi une perspective sur le second. Une façon de jouer de la gravité.

Sinon, tout parle de masse à Bry-sur-Marne. De fait, «tout est réglé».

«Le secret d’un bâtiment économique en pierre est la régularité ; ici, tout est calepiné de A à Z», précise Laurent Lehmann. Aux jours de souffrance* ponctuant les faces sud des deux volumes de servir d’étalon.

03(@DR)_B.jpgA priori simple, «l’aspect itératif du processus fut très long» : compter des semaines d’aller-retour pour une mise au point tributaire du travail des entreprises. «Ce bâtiment fut un casse-tête infini, d’autant plus que les maçons se montrèrent réticents car s’ils avaient déjà travaillé la pierre, ils n’avaient en revanche jamais mis en oeuvre ce matériau sur du logement social». In fine, l’effort est le même et cela se voit.

Au calepinage la clarté. Précisément, la régularité accentue la massivité d’un matériau «pourtant équivalent au béton en matière de résistance à la compression».

Bref, entre leur simplicité volumétrique, la régularité des percements et le calepinage des blocs de pierre, les faux-jumeaux de Bry-sur-Marne dégagent une puissance certaine.

«Au départ, nous avions dessiné un bâtiment aux angles arrondis avec des doubles murs en meulière, une pierre inaltérable avec une belle variété de couleurs». Seul hic : en la matière, plus de carrière. Denis Eliet et Laurent Lehmann avaient alors imaginé des volumes en béton. «Il a fallu déposer un PC modificatif, donc redessiner les choses». L’occasion de «mûrir le projet», c’est-à-dire remplacer le béton par de la pierre massive - «à peine plus chère» - et creuser les façades de loggias filantes bardée de bois.

Si d’aucuns peuvent juger la pierre massive austère, le mariage bois-pierre mérite une mention spéciale, même si, au goût de Laurent Lehmann, les contrastes d’un bois qui ne vieillit pas uniformément ne sont pas aussi heureux qu’escomptés. «Le bois est un rupteur de ponts thermiques naturel», explique-t-il. Datant de 2007, l’enveloppe satisfait la RT 2012.

04(@SergioGrazia).jpgEt les logements ? Dûment réglés à l’extérieur, ils sont de tout confort à l’intérieur. 

Prolongeant les séjours sans changement de niveau, les loggias tiennent leurs promesses. 

Quant aux jours de souffrance*, ils forment en fait des ouvertures plutôt généreuses dans les salles de bain. A l’est, les chambres à coucher ne sont pas en reste question lumière. 

«Le sol est composé de dalles en grès cérame teintées dans la masse», souligne Laurent Lehmann, pas peu fier d’avoir calepiné dedans comme dehors.

Une habitante - rencontrée au hasard, sans casting préalable - confirme «le bonheur de vivre là».

Quant à l’architecte, il espère «revenir dans trente ans et être toujours fier de ce bâtiment».

Telle est la promesse faite par la pierre massive.

Emmanuelle Borne

05(@SergioGrazia)_B.jpgFiche technique

Maître d’ouvrage : Immobilière 3F
BET structure : C&E Ingénierie
BET fluides : LBE Fluides
Economie : CMB
Pilote : E&L Ingénierie
Shon : 1.088m²
Shab : 903m²
Budget : 1,9M€ HT

* Dans une construction immobilière, les jours de souffrance sont des ouvertures laissant passer la lumière, mais interdisant les vues (source : Wikipédia)

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