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Cahier Spécial - Pierre

Visite | Réhabilitation du Madeleine à Paris : de courbes mais de marbre (27-03-2013)

Face à l’église de la Madeleine, les architectes Laurent Goudchaux et Sébastien Segers sont en train de peaufiner la nouvelle façade, désormais composée en marbre de Carrare, de l’ancien grand magasin Les Trois Quartiers (devenu Le Madeleine), dans Ier arrondissement de la capitale. Une peau de prestige qui cache un lourd travail de restructuration. Livraison prévue en mai 2013.

Commerces et hôtels | Bureaux | Marbre | 75001

Sélectionnés, en juin 2010, à l'issue d'une consultation pour la réhabilitation de ce grand magasin situé en site classé, Laurent Goudchaux et Sébastien Segers avaient-ils d’autre choix que de redonner son lustre d’antan à la façade d’origine, signée par l’architecte Louis Faure-Dujarrie, de ce qui fut dans les années '30 l’un des premiers grands magasins parisiens ?

Sans doute, puisqu’en fait de lustre, ils ont procédé à une véritable réinterprétation de l’ancienne peau en composant une élégante enveloppe dont les joints entre les différents pans de marbre sont presque invisibles.

Pourtant, «la nouvelle enveloppe du Madeleine est composée de 1.200 pièces de marbre, c’est-à-dire quatre-vingt tonnes au total», précise Sébastien Segers, spécialiste du matériau et inconditionnel, entre tous, du marbre de Carrare.

Pourquoi Carrare ? «Ce marbre est un parfait compromis entre un matériau durable et une économie raisonnable», assure ce dernier. Surtout, la ville italienne est, selon les deux architectes, «le Wall street du marbre, donc le fournisseur idéal pour des projets ambitieux». Comptant deux cents carrières et des milliers d’entreprises plus ou moins familiales, Carrare est le lieu «où perdure une tradition millénaire». La dimension industrielle n’occulte pas l’aspect artisanal, auquel tiennent mordicus Laurent Goudchaux comme Sébastien Segers, l’un habitué des programmes de réhabilitation, l’autre d’architectures intérieures haut de gamme.

Le marbre de Carrare fut donc le premier choix de ces architectes qui avaient, dès le concours, une idée bien précise quant à sa mise en oeuvre : «nous voulions assembler les pièces de marbre de façon à donner l’impression d’un monolithe sculpté, c’est-à-dire à la fois creusé et composé d’éléments en saillie».

Afin d’obtenir ce résultat alternant surfaces continues et ondulantes, soigner les joints fut l’un des principaux enjeux.

02(@Kaupunki)_B.jpg«Les 1.200 pièces de marbre étant presque toutes différentes, il y a plusieurs types de joints : de dilatation, de fractionnement ou plus classiques», précisent Laurent Goudchaux et Sébastien Segers. Pour que ces joints cimentés soient mis en oeuvre a minima, ils n’ont pas lésiné sur les prototypes.

En fait, les architectes mettent l’accent sur la qualité du savoir-faire des sous-traitants choisis par l’entreprise générale : du fournisseur au poseur, en passant par le tailleur, «nous avons longuement discuté avec chacun d’eux», disent-ils.

Parmi les savoir-faire conditionnant la qualité de la réalisation, celui du tailleur est déterminant. «Nous lui avons demandé de nombreux prototypes». De blocs issus d’une carrière «qui fournit l’un des plus beaux blancs qui soit», l’artisan est parvenu à tailler des pièces dont quelques-unes comptent à peine trois centimètres d’épaisseur, «le minimum légal».

Ayant reçu la bénédiction de l’ABF dès les prémices du projet, le dessin de la façade du Madeleine est pourtant résolument contemporain. Des ouvertures de huit mètres de large d'un seul tenant n’y sont sans doute pas étrangères. Pour réussir la pose de tels éléments de verre, les architectes ont notamment dû revoir la trame structurelle de l’immeuble. «Nous avons supprimé un poteau sur deux», précisent-ils.

03(@SergioChavez)_S.jpgS’ils ne sont pas chargés de l’agencement intérieur des commerces - chaque enseigne aménageant l’espace qui lui est dévolu -, Laurent Goudchaux et Sébastien Segers ont entièrement restructuré les espaces intérieurs. C’est-à-dire supprimé la galerie commerciale, regroupé les surfaces de ventes, transformé les schémas de circulation et déplacé le hall d’accès aux bureaux (dont le design a été confié à Ora-Ito) situés au-dessus des commerces avec des mises à niveau réglementaires, sécuritaires et techniques. «Nous avons tout curé, modifié de nombreux porteurs et rationalisé les espaces», résument-ils.

Revenant à la façade, Laurent Goudchaux et Sébastien Segers assurent que travailler le marbre «n’est pas plus difficile» que travailler d’autres matériaux.

«Cela fait dix ans que les architectes n’utilisent plus le marbre excepté dans des palais au Moyen-Orient. Pourtant, ce matériau peut parfaitement être mis en oeuvre de manière contemporaine tout en étant exploité dans son épaisseur et non seulement sous forme de plaques». Le Madeleine en apporte la preuve.

In fine, béton, bois ou marbre, «ce qui nous intéresse sont les collaborations avec des artisans». Plus qu’une texture, le marbre de Carrare est l’histoire d’un savoir-faire.

Emmanuelle Borne

04(@SergioChavez)_S.jpgFiche technique

Programme : restructuration d’un immeuble à usage de commerces et de bureaux. Transformation des circulations, déplacement des accès et création de nouvelles façades
Surface : 33.538m² sur trois niveaux de commerces (dont un en sous-sol), six niveaux de bureaux et quatre niveaux de sous-sol (dont deux de parking automobile)
Livraison prévue en mai 2013
Maîtrise d’ouvrage : Quantum Sci
Asset Management : MGPA
Maîtrise d’ouvrage déléguée : Artequation
Architecte mandataire : Goudchaux Architecte & Associés
Architecte associé : Sébastien Segers Architecte sarl
Hall bureaux : design by Ora-Ito
Economiste : Tohier SA
Bureau d’études techniques : Facea
Préventionniste : Cabinet Casso & Cie
Coordinateur SPS : C2L
Bureau de contrôle : Qualiconsult
Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Ile-de-France - Rénovation privée

Réactions

Jean-Charles DARTIGUES | Expert marbrier | PARIS | 28-03-2013 à 19:18:00

Belle réalisation. Vous n'avez peut-être pas suffisamment insisté sur les extraordinaires moulurations qu'il faut vraiment voir de près. Leur dessin et leur profondeur donnent à cette façade un véritable cachet inconnu jusqu'ici dans ce marbre. Du luxe nouveau et de bon aloi. Cette galerie s'intègrera parfaitement dans le quartier et face à l'église de la Madeleine.
Elle est aussi la preuve que grâce aux machines à pilotage numérique, depuis quelques années, plus rien n'est impossible dans le marbre.
Félicitations aux deux architectes. J. Ch. DARTIGUES Expert marbrier

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