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Cahier Spécial - Pierre

Entretien | Alberto Campo Baeza construit avec l'air autant qu'avec la pierre (27-03-2013)

En 2012, l’architecte Alberto Campo Baeza livrait les bureaux du Conseil de Castilla y León à Zamora, en Espagne, face à la cathédrale de la ville. De fait, il a choisi d’ériger «un véritable hortus conclusus», c’est-à-dire un enclos à ciel ouvert composé d’une même pierre faisant écho à celle des murs de l’église. Au sein de ce périmètre, l’architecte s’est fixé comme défi de construire «avec de l’air» en érigeant une boîte de verre. Un projet où la matérialité le dispute à l’invisibilité.  

Bureaux | Verre | Pierre | Zamora | Alberto Campo Baeza

Le Courrier de l’Architecte : à qui sont destinés ces bureaux ?

Alberto Campo Baeza : Le client est le Conseil Consultatif de Castilla y León, c’est-à-dire un conseil composé de personnes d’une importance particulière qui, ayant pris leur retraite, jouent un rôle de consultants sur différents thèmes. Ce conseil peut être comparé au conseil des anciens ou des sages d’une tribu. En tout cas, ces gens qui sont de tous les bords politiques travaillent et donnent leur avis dans ces bureaux, lesquels résultent d’un concours gagné en 2004.

Quelle était la demande de votre client et quel est le concept principal de ce projet ?

Ainsi que le montrent les plans, le programme était des plus simples. Il est composé de bureaux individuels et de bureaux communs ainsi que de salles de réunion et d’une salle de conférence. Nous y avons répondu tant que possible avec clarté et flexibilité, en y intégrant la possibilité de pouvoir changer d’usage si nécessaire.

L’idée principale de ce bâtiment est de répondre adéquatement avec un édifice contemporain à la ville historique dans laquelle il s’inscrit. Le titre que nous avions choisi lors du concours exprimait bien cette idée : 'Hortus conclusus' (qui signifie jardin clos en latin, ndlr).

Nous avons créé un enclos de pierre à ciel ouvert, réalisé avec la même pierre que celle qui compose les murs de la cathédrale implantée en face de notre bâtiment. A l'intérieur de cette boîte de pierre, nous avons installé une boîte composée de verre transparent, c’est-à-dire ouverte sur le paysage intérieur de ce jardin enserré de pierre et d’arbres feuillus.

02(@JavierCallejas)_B.jpgDe quelle pierre s’agit-il ?

Souhaitant établir un dialogue direct avec la cathédrale, nous recherchions une pierre dans les mêmes tons. Nous avons donc disposé plusieurs échantillons sur la façade de la cathédrale puis appelé un groupe de citoyens afin de sélectionner, avec eux, la pierre la plus semblable à celle de la cathédrale. Tout le monde fut d’accord pour choisir la pierre que nous avons finalement mise en oeuvre. Il s'agit d'un grès beige.

Nous avons choisi cette pierre non seulement pour des raisons liées à la mémoire de la ville mais également parce que c'est un matériau hors du temps, en mesure de répondre à la fois à l'architecture la plus ancienne comme la plus contemporaine. A ce titre, Mies van der Rohe avait utilisé la même pierre qui se dresse à Stonehenge pour construire ses bâtiments les plus sophistiqués.

Quels sont, selon vous, les contraintes et les avantages de la pierre et travaillez-vous régulièrement avec ce matériau ?

Son principal inconvénient est son prix élevé. Je compare toujours la pierre à la lumière qui, quoique non moins dotée en matérialité, est gratuite.

Sinon, l’avantage de la pierre est qu’elle répond à la fois très bien au temps qui passe ainsi qu’à la ville historique.

C’est un matériau que j’ai utilisé à maintes reprises. Je suis en train de construire une maison à Zahara, dans la province de Cadix, entièrement en travertin romain. J’aime la pierre parce qu’elle conserve les traces du temps à l’instar d’un palimpseste.

Pourquoi avoir choisi de réaliser une boîte en verre au sein d’un enclos de pierre ?

03(@JavierCallejas).jpgPour deux raisons : D'une part, je voulais un maximum de transparence. 

Dans le 'Hortus conclusus', nous avons donc érigé cette boîte en verre extra-clair qui, à l’image d’un mur trombe, est composée d’une double façade en verre dans l’épaisseur de laquelle il est possible de circuler.

Nous avons utilisé les dimensions maximales offertes par l'industrie aujourd'hui. 

C’est-à-dire que la peau extérieure de cette façade est composée de panneaux de verre mesurant 600 par 270 centimètres et joints les uns aux autres grâce à une ingénieuse solution en silicone structurel. 

De fait, aucune pièce métallique ne vient structurer la boîte. Qui donne ainsi l’impression d’être entièrement faite d’air.

Nous avons construit là un bâtiment durable. Cette double façade est une chambre chaude en hiver et fraîche en été qui climatise bien le bâtiment. C’est ce que Le Corbusier appelait 'un mur climatisé'.

Quel fut le défi principal de ce projet ?

J’ai intitulé le mémoire du projet 'Construire avec de l’air'. Telle était ma tentative ici : construire avec de l'air. Et je pense que nous y sommes parvenus.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

04(@JavierCallejas)_S.jpgFiche technique

Architects : Alberto Campo Baeza, Pablo Fernández Lorenzo, Pablo Redondo Díez, Alfonso González Gaisán, Francisco Blanco Velasco
Client : Junta de Castilla y León. Consejería de Hacienda
Competition : 2004
Construction : 2008-2012
Area : 12.100m²
Architects collaborators : Ignacio Aguirre López, Miguel Ciria Hernández
Other collaborators : Alejandro Cervilla García, Emilio Delgado Martos, Petter Palander, Sergio Sánchez Muñoz
Structural engineer : Eduardo Díez - IDEEE
Mechanical engineer : Urculo Ingenieros
Cuantity surveyor : Juan José Bueno Crespo
Glass consultant : Pablo Calvo Busello

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