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Cahier Spécial - Pierre

Rencontre | Identité croate, coeur de pierre et grandes orgues pour Nikola Basic (27-03-2013)

Le parti est simple, résolument contemporain. Nikola Basic, architecte croate originaire de Zadar, sur la côte dalmate, prône la continuité quand bien même l’histoire du pays est faite de ruptures et d’accidents dramatiques. L’architecte fonde ainsi sa pratique aux origines de l’identité nationale retrouvée. Pour ce faire, un matériau : la pierre.  

Pierre | Croatie | Nikola Bašić

L’orgue de mer retentit dans les couloirs de la Cité de l’Architecture, souvent bien trop longs pour qui les parcourt. Cet hiver, les austères murs convexes et concaves des sous-sols ont été le support d’une exposition consacrée à trois projets de Nikola Bašić*. L’architecte croate, en marge de l’événement, avait convenu d’une rencontre avec Le Courrier.

A ses côtés, un ami d’enfance, francophone et linguiste, se fait interprète le temps de la conversation. Aux tonalités slaves du Croate succèdent les accents latins du Français.

«J’ai fait mes études à Sarajevo et je suis maintenant architecte à Zadar et professeur à Split», raconte Nikola Bašić. L’homme est originaire de la côte. Né en Yougoslavie, il officie désormais en Croatie. Un thème désormais l’obsède : l’identité même de son pays, indépendant depuis 1991.

«Je n’ai pas réussi l’examen d’entrée à l’école d’architecture de Zagreb. Je suis donc passé par Sarajevo avant de retourner à Zadar», se souvient-il. Les différences étaient alors importantes entre les deux facultés.

«Zagreb était plus académique et l’architecture moderne se fondait sur l’expérience centre-européenne du rationalisme. Sarajevo laissait plus de liberté à ses étudiants et s’inscrivait dans un axe Venise-Constantinople», résume-t-il.

L’architecte évoque les noms de Zlatko Ugljen ou encore de Juraj Neidhardt, ce dernier élève de Behrens et collaborateur de Le Corbusier. «Le Corbusier a eu une influence sur l’école de Sarajevo. Dans les années '60, la modernité était forte, les principes corbuséens n’étaient pas remis en question mais repris comme une vérité architecturale», explique Nikola Bašić.

«La postmodernité a ouvert une brèche dans le monolithe de la modernité. Elle était une proposition hérétique vis-à-vis du fonctionnalisme et de la norme académique», poursuit-il.

05(@NikolaBasic)_S.jpgAussi, l’architecte ne se définit nullement comme un «fondamentaliste moderne». «Sarajevo m’a permis de ne pas m’enfermer dans des formes préconçues. Cette école m’a permis de former ma propre personnalité architecturale», convient-il.

La vie est une «lutte» dans laquelle chacun reçoit «des coups». De nouveaux élans ? Une rupture ? «Je n’ai jamais changé», affirme-t-il.

Aujourd’hui, l’homme de l’art fait des mots «continuité», «contextualité», «communication» un leitmotiv. Vu d’ici, les termes semblent convenus pour ne pas dire galvaudés, déshérités de toute signification propre.

«Après la libération et l’indépendance, l’architecture a suivi les mouvements nationaux. Cette continuité avait été brisée après la Seconde guerre mondiale par le communisme», explique Nikola Bašić.

«Il s’agit avant tout de la communauté nationale à laquelle j’appartiens. Aujourd’hui, j’ai une disposition intérieure pour former un espace à même de devenir la scène d’une nouvelle société», poursuit-il.

02(@StipeSurac)_S.jpgAux yeux de l’architecte, le Champ de Croix (2010) de l’île de Kornat illustre au mieux cet esprit. Les photographies aériennes du projet présentent un relief insulaire aride, pelé. Sur l’une des pentes, douze croix de pierre ont été érigées à même le sol en hommage aux «soldats du feu» morts dans des «circonstances inexpliquées».

«La construction de ce monument a engagé la communauté. De cette façon, l’architecture n’est pas seulement une scène pour les nouvelles formes de communication et les nouveaux rituels sociaux, elle est aussi une 'co-création'», indique Nikola Bašić.

Parmi les intérêts de l’architecte, «les substances immatérielles» mais aussi la volonté d’«abolir le projet architectural comme acte autoritaire et déterminatif». Dont acte.

La prise de conscience de l’autre et de son environnement est l’objet de toutes les intentions. Les aménagements du port de Zadar en sont le témoin. Ce projet est «un acte culturel». L’espace public devient «une pièce de théâtre» mais aussi «un concert».

04(@StipeSurac)_B.jpgLa place et les emmarchements cachent un orgue de mer (2008). Un dispositif souterrain fait de tubes émet une variété de sons en surface. «D’une façon générale, nous étions presque indifférents à l’environnement. A la suite des événements des années 90, le besoin de compenser et de construire - de construire notamment ce qu’il n’y avait pas avant - s’est fait ressentir».

«Dans une communauté aussi petite, l’appartenance confessionnelle est un élément important pour se définir», précise l’architecte qui a, à son actif, plusieurs églises et bâtiments religieux.

«Je ne suis guère motivé par les raisons de foi. Je souhaite seulement témoigner de ma culture et de ma communauté nationale. Je suis persuadé qu’il est nécessaire pour moi de faire cet effort afin de mieux me comprendre moi-même», assure-t-il.

06(@NikolaBasic)_S.jpgLa chapelle Notre Dame du Carmel à Okit (1998) n’est pas, au goût de son auteur, la plus représentative. Toutefois, elle porte en elle l’idéal de l’architecte.

L’état communiste avait interdit la reconstruction sur ce site de l’église disparue. La guerre retarda davantage le dessein. In fine, Nikola Bašić récupère le projet. «Il y a un contexte culturel marqué par la tradition des églises paléocroates des VIIe et VIIIe siècles. Des recherches ont démontré que malgré leur aspect primitif, ces structures décelaient un code fondé sur l’astronomie et les mathématiques», explique l’architecte.

Aussi, codes et secrets déterminent les nouveaux plans. «L’église est incontestablement moderne dans sa forme. Elle n’est pas une citation d’images anciennes. Elle réalise un contact, un lien sémantique avec notre époque», dit-il.

03(@FilipBrala)_B.jpgPoint commun entre ces trois projets : la pierre. «Le choix d’un matériau n’est pas que technique, il est aussi symbolique», explique l’architecte qui se refuse toutefois à toute monomanie.

La pierre exprime un «retour aux sources», «aux racines de la culture de mon pays natal». L’architecte mentionne les murs de pierres sèches de Pag et de Kornat, les maisons d’Istrie et de Dalmatie. «L’histoire de mon pays est inscrite dans la pierre dalmate», dit il.

Dans un texte qu’il consacre à la pierre, Nikola Bašić se remémore un chant : 'Que ton coussin soit en pierre !' dit un père à son fils. Détrompez-vous si vous pensez que «le père rudoie son fils ! Il le supplie au contraire de rester sur sa terre natale, toute rocailleuse et rude qu’elle soit !», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

* L’exposition, présentée du 19 décembre 2012 au 25 mars 2013 dans le cadre de la Saison croate, invitait à découvrir l’oeuvre de Nikola Bašić à travers trois projets : Le Champ de Croix, Mémorial aux soldats du feu (Île de Kornat, 2010), la Chapelle Notre-Dame du Carmel (Okit, Vodice, 1993-1998) et l’Orgue de mer & Salut au soleil (Zadar, 2005-2008).

Réactions

mori7 | commis | québec | 01-05-2014 à 23:46:00

J'ai découvert l'orgue marin par le canal évasion et l'émission à deux c'est mieux ce qui m'a amené a`votre article . C'est fantastique est-ce que ça empêche aussi les dégats de l'érosion???? wow J'en veux un pour mon île

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