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Visite | Un bâtiment, deux programmes à Saint-Cloud (92) : de KOZ à effets (27-10-2010)

L'architecture multicolore du centre sportif et de loisirs répond à la complexe articulation de deux programmes distincts. KOZ architectes (Christophe Ouhayoun et Nicolas Ziesel) développent ici une réflexion sur l'organisation des fonctions et des volumes au regard des problématiques de la séparation, de l'isolement et des communications visuelles.

French Touch | Couleurs | Bâtiments Publics | Sport | Hauts-de-Seine | KOZ architectes

Evidemment qu’il jouait au lego ! Christophe Ouhayoun se plaint de n’avoir eu d’ailleurs que des "briques de trois". Depuis il a grandi et, avec Nicolas Ziesel au sein de l’agence KOZ, ils ont imaginé à Saint-Cloud une surprenante architecture : un centre sportif et de loisirs aux atours ludiques d’un immense jeu de construction. Retour en enfance.

Le ciel était gris, l’ambiance un peu morne. Depuis la gare des Coteaux, deuxième rue à gauche, un festival détonnant de couleurs crée l’événement. Rouge ! Jaune ! Vert ! Surprise ! Le centre sportif et de loisirs affiche une façade de verre panachée. Après une courte séquence d’entrée, "on accède au vif du sujet ; on ne s’encombre pas d’un vestibule ou d’un hall", souligne Christophe Ouhayoun. Mise en scène de façon quasi théâtrale, la salle de sport apparaît alors sans transition. L’usage en est immédiatement révélé, le lieu offrant ainsi "le spectacle lié au fonctionnement".

Fin 2003, la municipalité de Saint-Cloud organise un concours pour la création d’un espace dédié aux sports et aux loisirs. Parmi quatre projets, celui de l’agence KOZ est retenu à l’unanimité. Le parti architectural affirmé et résolument contemporain a séduit l’équipe municipale plus que les trois autres propositions jugées "classiques". Eric Berdoati, alors adjoint au Sport et à la Jeunesse, actuellement maire de la ville, dénonce même "les stades de tôles" encore trop nombreux aujourd'hui. Il se souvient également des centres de loisirs où "le mercredi on enlevait les chaises et les tables d’une salle de classe".

Avec la ferme volonté d’ériger un équipement de qualité, il a donc choisi avec les autres membres du jury le parti architectural le plus gai, le plus contemporain mais aussi le plus surprenant. Il rappelle alors l’histoire de Saint-Cloud et sa destruction en 1870 par les Prussiens. Depuis, du "pavillon ouvrier à la villa californienne", cette tranquille banlieue de l’ouest parisien n’a jamais eu d’unité architecturale ; l’argument est tout trouvé pour justifier un choix audacieux. Si aucune opposition ne s'est manifestée, les réactions n'en ont pas moins été passionnées, précise le maire ; l'architecture décomplexée du centre ne laisse pas les clodoaldiens indifférents.

Quand l’agence remporte le concours, elle n’a alors à son actif que trois réalisations. Deux centres de secours, l’un à Joué-lès-Tours (37), l’autre à Dieppe (76) et un gymnase à Courbevoie. Mais l’expérience de ces bâtiments denses a conféré à l’agence l’habitude de gérer de grands espaces et leur rapport à la lumière. De cette disposition naît alors l’ingénieuse organisation d’un projet qui oblige pourtant la complexe articulation de deux programmes distincts : un centre sportif et un centre de loisirs (qu’il faudrait selon la nouvelle appellation désigner comme "accueil de loisirs").

02(@KOZarchitectes).jpg.jpg Il ne s’agissait pas seulement pour Christophe Ouhayoun et Nicolas Ziesel de mettre en coprésence deux programmes. "Superposer n’est pas isoler" paraît être le leitmotiv du projet. Les deux composantes s’imbriquent, s’observent, dialoguent pour former une unité visuelle. Néanmoins, l’autonomie fonctionnelle et administrative est respectée ; les entrées restent notamment distinctes.

Le parti formel découle des attentes de la municipalité en termes d’espaces et de services. Sans hésitation, la décision de construire sur les quatre limites de la parcelle est prise. Mais, très vite, la réflexion sur le cheminement de la lumière intervient. Travaillée, la masse est percée et fendue. Ouvertures et failles viennent alors apporter une lumière blanche, naturelle, en tout point d’un édifice qui assume depuis l'extérieur sa compacité.

Cette densité sert parallèlement l’identité de l’équipement autant que les façades multicolores qui affirment avec force l’autonomie du projet par rapport à son environnement. Au sein d’une ZAC "traditionnelle", entre une école années 30 en brique, un immeuble néo-haussmannien et un pastiche art déco, la présence du centre sportif et de loisirs contraste : une respiration.

03(@KOZarchitectes).jpg.jpg Multicolore, l’édifice se veut "un bâtiment pour jouer". Christophe Ouhayoun rapporte une surprenante question dont il plaisante : "Mais pourquoi n’avez-vous pas mis de blanc ?". "Parce que ce n’est pas une salle de classe !", répondit-il simplement. L’architecture s’adresse en priorité aux enfants, qui, de l'école maternelle ou du cours élémentaire, viennent s’y amuser. Les architectes assument toutefois mener un jeu pédagogique entre intériorité et extériorité ; le but est d’offrir un "bâtiment didactique". Subtilement, les bandes de couleurs déployées en façade s'étendent de la même manière à l’intérieur. Elles définissent un code couleurs systématiquement respecté. Ainsi est-il possible de situer dehors les espaces parcourus dedans... En somme, "une initiation au volume pour néophytes plus ou moins jeunes".

04(@KOZarchitectes)_B.jpg.jpg Le centre sportif et de loisirs : espace ou objet ? Là n’est pas la question. Nicolas Ziesel rappelle la primauté de l’usage et du lieu, Christophe Ouhayoun, son appropriation. Ils se plaisent à montrer au sein du centre de loisirs, ouvert depuis juillet, un espace résiduel, à la rencontre de la bibliothèque, de la cuisine expérimentale et des salles d'activités. Initialement lieu de passage, puis couloir élargi, le lieu a été finalement proportionné dans le secret espoir de voir s'y développer une aire de rencontre. Pari gagné ! Sofa et baby-foot ont déjà pris place devant la baie vitrée coulissante ouverte sur la rampe menant à la terrasse panoramique. Au sommet, cette cour de récréation, exigée par le cahier des charges, avait posé la question de son accès. Véritable enjeu pour les architectes qui, habilement, ont su proposer, en lieu d’un escalier, une rampe couleur soleil, toute de résine. Un "lieu en plus" qui offre le moyen idéal d’arriver là-haut sans bobo.

05(@KOZarchitectes).jpg.jpg Les enfants évoluant dans cet univers ludique peuvent, par quelques échappées visuelles, observer ce qui se déroule en contrebas, au sein du centre sportif. Ils pourraient y voir notamment s’exercer l’une des deux associations rattachées à l’équipement : l’une d’escrime ou l’autre d’escalade.

A en juger par son enthousiasme, le maire, ancien escrimeur, n’est pas peu fier d’un équipement enfin capable d’accueillir dignement les adeptes du fleuret. Autre objet de satisfaction : le mur d’escalade et la salle de pans promettent une belle réputation. A l’aune du concours, Christophe Ouhayoun et Nicolas Ziesel sont allés observer le fonctionnement du club d’Issy-les-Moulineaux et ont fait appel à un moniteur d’escalade pour offrir les meilleures conditions possibles aux futurs grimpeurs. Dans le mouvement, avec la même idée de fluidité et d’enchevêtrement des fonctions, la réunion du mur d’escalade et de la salle des pans avait été proposée. Freinés par une réglementation contraignante, les deux architectes durent renoncer à leur idée.

06(@StephanLucas)_S.jpg.jpg D'autres obstacles se sont présentés et non des moindres. Il fallu notamment, lors de la phase d'études, renoncer à une logique de construction en bois. La complexité de l'ouvrage imposait alors la préfabrication de modules en béton. Malgré tout, Christophe Ouhayoun, partisan du "préfa" s'enthousiasme pour cette technique "qui se rapproche du bois ou de la filière sèche. Nous aurions préféré le faire en bois", précise-t-il. "Nous étions alors à l'agence dans une phase expérimentale de maisons en bois". Mais les trop grandes portées, les problèmes acoustiques ainsi que les questions d'isolement et de sécurité ont contrarié cette ambition. Depuis, KOZ a pris sa revanche (toute proportion gardée) et parachève aujourd'hui un dojo tout en bois à Forges-les-Bains (91).

Les livraisons se succèdent, les projets se multiplient, la jeune agence lauréate du concours du centre sportif et de loisirs de Saint Cloud, née en 1999 d’une rencontre à l’école d’architecture de Paris Belleville, a depuis grandi. S'il est un retour en enfance pour qui l'approche, ce projet représente pour ses concepteurs une étape dans un processus d’émancipation, sinon une forme de maturité. "Se libérer des études !", respire Nicolas Ziesel.

L’audacieuse architecture "autonome" sonne alors comme une liberté enfin acquise et méritée. Néanmoins, une précision s’impose : "On ne fait rien gratuitement et tout doit se justifier, y compris la différence!".

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Saint Cloud
Maîtrise d'oeuvre : KOZ architectes - Christophe Ouhayoun - Nicolas Ziesel / Chef de projet : Ambrus Evva - François Kharatt - KOZ est une agence du collectif PLAN01
BET structure : EVP ingénierie
BET fluides : Delta Fluides
Economiste : Cabinet RPO
BET acoustique : Delphi Acoustique
Contrôleur technique : APAVE Coordination - Sécurité / Qualiconsult Sécurité

Calendrier
Concours : juin 2004
Etudes : 2005-2006
Chantier : 2007-2009

Surfaces
1.600m² SHON
Dimensions : 40mx22mx15m

Budget
3.800.000€ HT

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 23 septembre 2009

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