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Italie | Chipperfield et Bofill ou l'homogénéisation architecturale ? (10-04-2013)

Quelle différence entre deux projets conçus par le même architecte, David Chipperfield, l’un en Italie, l’autre en Espagne ? Aucune, selon Andrea Lupi et Pierluigi Morena. Dans un article publié le 18 février 2013 dans Il Fatto Quotidiano, les deux journalistes soulignent que «cette analogie est sans doute le signe le plus ostentatoire d’une contemporanéité vulgaire».

Justice | Italie | David Chipperfield

Contexte
Le même architecte, presque le même projet, et pourtant, en Italie et en Espagne, deux chantiers signés David Chipperfield donnent des résultats très différents.
L’impossibilité de livrer les chantiers en Italie est toujours plus évidente. Surtout au regard d’autres villes européennes. La 'villette de la justice' de Salerne, conçu par David Chipperfield en 1999, n’est toujours pas terminée. Le chantier, commencé en 2003, devait être livré en 2005. Dès le début, les travaux furent interrompus en raison d’excavations de vestiges archéologiques puis, à nouveau en 2008, l’entreprise de construction ayant fait faillite. Les travaux ont repris en 2010... et ne sont toujours pas terminés.
A Barcelone, la 'City of Justice', conçue par David Chipperfield en 2002, fut livré en 2009. Véritable pôle judiciaire, la villette catalane est également devenu le lien entre la capitale et la petite ville d’Hospitalet.
Selon l’analyse des journalistes Andrea Lupi et Pierluigi Morena, non seulement les chantiers italiens ne progressent pas mais les villes d’aujourd’hui perdent de leur identité.
CG

SA MAJESTE BETON : SALERNE COMME BARCELONE
Andrea Lupi, Pierluigi Morena | Il Fatto Quotidiano

BARCELONE - D’errer dans les rues de Barcelone, à bord d’une Vespa impeccablement rénovée. De parcourir les circuits urbains envahis par les touristes qui assiègent la ville de manière pacifique, néanmoins bruyante.

De traverser l’Avenida del Carrilet, une artère à trois voies en direction du sud, au coeur de L’Hospitalet de Llobregat, village voisin aujourd’hui phagocyté par la capitale [de la Catalogne, ndt.].

Tout à coup, se déploie sous nos yeux un scénario qui nous projette en Italie. S’élèvant dans une zone de plus de 200.000m², dix-sept bâtiments font penser sans détours à la gare de marchandises de Salerne.

A Barcelone, les dix-sept énormes boites en béton, leurs formes, géométries, ouvertures symétriques, couleurs et panneaux préfabriqués rappellent le grand chantier qui donne sur les quais du fleuve traversant la ville de la Campanie.

02(@ComunediSalerno)_B.jpgLa 'Citadella giudiziaria' de Salerne et la 'Ciutat de la Justicia' de Barcelone portent le même nom, servent la même fonction, bref, sont des projets comparables. La signature 'David Chipperfield' lie la ville tyrrhénienne et la capitale catalane au moyen du béton.

La similitude entre les deux projets est confondante, à l’image d’une robe faite sur mesure mais portée par une autre personne que son propriétaire. Cette analogie est sans doute le signe le plus ostentatoire d’une contemporanéité vulgaire.

La mondialisation de l’économie a en effet conduit à exposer des produits identiques dans les vitrines de magasins situés à des latitudes différentes. Les boutiques historiques - lesquelles, pendant des siècles, ont élégamment décorées les rues - laissent de plus en plus place à des franchises. Aujourd’hui, les rues du monde entier se ressemblent toutes.

L’architecture n’est pas différente de comportements sociaux qui font disparaitre l’identité et se dégrader l’unicité. Au contraire, l’architecture favorise parfois l’homogénéisation mondiale, synonyme de vulgarité.

Il y a une seule différence entre les projets de Salerne et de Barcelone : alors que celui de la ville catalane est livré, le chantier de la villette italienne est fermé depuis des années, bloqué dans les méandres de la bureaucratie et dans les marécages du politique...

La reproduction en série de morceaux de villes a apparemment besoin d’un 'starchitecte' de renom. Lequel est un alibi pour cacher les opérations spéculatives, sources d’aveugle consommation du sol, d’enrichissement injustifié, d’uniformisation urbanistique et d’éradication culturelle.

03(@PierLuigiMorena)_S.jpgPar ailleurs, cette réplication de morceaux de villes est un prétexte utile pour justifier le provincialisme des administrateurs locaux, qui appréhendent les projets signés comme des habits à montrer le dimanche.

In fine, David Chipperfield aura accompli la même tâche que celle assignée par Salerne à Ricardo Bofill : tracer sans cesse un signe identique. Le Crescent, énorme immeuble de logements privé, basé sur une lourde colonnade dorique, cachera un précieux morceau de la côte tyrrhénienne, autrefois protégée. Un air de déjà-vu : la même enveloppe post-moderne existe à Savone, à Stockholm et dans plusieurs localités françaises.

Des villes photocopiées. Au nom de Sa Majesté le Béton.

Andrea Lupi, Pierluigi Morena | Il Fatto Quotidiano | Italie
18-02-2013
Adapté par : Caterina Grosso

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