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Suède | L'homme tient le crayon, la femme tient tout le reste (10-04-2013)

Qui de nous deux ? Alors ? L’Ordre des architectes suédois s’interroge sur la parité homme-femme. Dans sa revue Arkitekten, pour son numéro de mars 2013, il a confié à Jonas Lindgren la réalisation d’un article. Ce dernier, pour ce faire, a consulté Annika von Schéele, architecte implantée à Stockholm. «Ce sont encore les hommes qui signent les oeuvres médiatisées», déplore-t-elle.

Contexte
«Nous sommes toutes des Denise !».
La parité ? Question d’actualité. Pour preuve, le Pritzker Prize. Non pas celui décerné à Toyo Ito en mars 2013 mais celui couronnant Robert Venturi en 1991. Depuis quelques semaines, une pétition lancée par le groupe 'Women in Design' de l’université de Harvard propose que le Pritzker Prize soit attribué à Denise Scott Brown au même titre que son associé.
«J’ai déjà évoqué ce sujet à Martha Thorne [directrice du Pritzker] et elle m’avait dit ce qu’elle dit de nouveau aujourd’hui : c’est un jury et le jury a pris sa décision. Le temps est maintenant venu de prendre des décisions en ce qui concerne le règlement. Ils ont à repenser leur valeur. Je lui ai dit 'préférer parler avec quelqu’un de la famille Pritzker que de parler avec le jury'», affirme la femme de l’art dans Architect Magazine de l’Institut américain des architectes (AIA).
Aujourd’hui, la pétition compte plus de 5.000 signatures dont celle de Zaha Hadid, Rem Koolhaas et même Robert Venturi : «Denise Scott Brown est mon égale, mon associée», écrit ce dernier.
Au-delà de l’exception ? La Suède, souvent citée en exemple sur bien des sujets de société, a voté la parité il y a près de trente ans. Aujourd’hui, la revue Arkitekten revient sur la situation des femmes architectes.
JPhH

L’HOMME TIENT LE CRAYON, LA FEMME LE PROCESSUS
Jonas Lindgren | Arkitekten

STOCKHOLM - Il y a bientôt cent ans, la KTH (l’Ecole polytechnique royale de Stockholm) acceptait pour la première fois une femme, étudiante, en son sein. Il y a trente ans, la Suède adoptait une loi sur la discrimination. Depuis, que s’est-il réellement passé ? Nous nous sommes adressés à Annika von Schéele afin d’observer ce dernier quart de siècle sous l’angle de la parité.

Annika von Schéele affirme que de nombreuses agences d’architecture sont dirigées par des femmes, que ce sont les hommes qui tiennent le crayon alors que les femmes travaillent sur le processus du projet. Les femmes se sont davantage affirmées en tant qu’administratrices ou responsables de projet que dans le domaine de la direction artistique.

Qui détient le pouvoir dans les agences d’architecture ?

«Les femmes n’ont pas la responsabilité de la conception quand bien même elles ont de l’influence. Ce sont encore les hommes qui signent les oeuvres médiatisées», dit Annika von Schéele.

En d’autres termes, dans les agences d’architecture, ce sont toujours les filles qui gèrent le bazar des garçons artistes. Dans le même temps, Annika von Schéele observe un changement depuis qu’elle est, elle-même, sur le marché du travail. Autrefois, la hiérarchie professionnelle n’offrait que peu de références à ce sujet ; seuls les hommes montaient les marches avec l’âge. La pyramide s’est aujourd’hui égalisée.

Dans la vie professionnelle, il n’existe aucune idée de tradition et de tutorat

La part des femmes au sein de l’école a augmenté de 25%, depuis l’époque où Annika von Schéele a passé son diplôme à la KTH. Elle représente jusqu’à plus de 60% des étudiants aujourd’hui.

Les professionnelles femmes de l’époque avaient pour habitude d’aller visiter les écoles d’architecture pour parler avec les jeunes étudiantes en technologie, non pas pour proposer un tutorat, mais pour établir une prise de contact. Annika von Schéele et le groupe Atena se sont prêtées au jeu en allant discuter avec des collégiens.

Toutefois, il ne suffit pas d’avoir plus de parité dans le milieu de l’architecture

Même si un jour nous avons la parité dans les agences, le milieu du bâtiment et du monde qui l’entoure reste déséquilibré. La culture masculine y est ancrée.

Annika von Schéele décrit la manière dont elle a été accueillie en tant que maître d’oeuvre lors d’une réunion. Elle était alors accompagnée d’un ingénieur et d’un chef de projet quarantenaires. Une personne participant à la réunion s’est exclamée : «Ah, vous avez emmené votre secrétaire !». Vous pouvez vous imaginer de quel sexe était cette personne...

02(@aldenjewell)_S.jpgCes choses arrivent avec le temps. Nous avons évolué mais nous n’avons pas encore perdu tous nos préjugés

Il s’agit de convaincre le milieu du bâtiment et les commissions techniques que la question du pluralisme est un signe de progrès et de réussite. La femme de l’art prend comme exemple la maison Atena, un immeuble de logements construit par une équipe de maitres d’oeuvre femmes (parmi lesquelles Annika von Schéele), en marge du salon du logement à Orebro, en 1992. Le projet propose un habitat de grande qualité et ce, à un prix modéré.

Le centre de Staffanstorp pour lequel Eva Sörling obtint le prix du Plan, au début des années 90, est un autre exemple souligné par Annika von Schéele. Le projet est une réflexion non-traditionnelle et, par la même, une réussite : en centre-ville, un terrain de foot et une station-service ont été déplacés pour faire place à une échelle plus humaine. Cela montre combien la présence des femmes est importante à tous les niveaux pour permettre la prise en compte de leurs visions.

Il faut parfois une ligne droite pour que les idées ressortent : une femme politique, une femme à la direction et une femme chargée de mission

Aujourd’hui, un nombre considérable de commissions et de jurys sont 'multi-genres', les femmes et les hommes travaillent davantage ensemble aujourd’hui. «Espérons désormais un travail entre plusieurs âges et différentes origines», ajoute Annika von Schéele.

Les conditions des jeunes femmes architectes sont meilleures qu’elles ne l’étaient, assure Annika von Schéele. Avant de s’inscrire à l’école polytechnique, elle-même reçut le conseil de ne pas s’endetter, car cela serait un poids pour son mari quand elle serait mariée et femme au foyer.

Il est vrai que la situation a changé depuis. Les questions qui étaient d’actualité, au moment par exemple de la création de la revue Arkitekten par l’Ordre des architectes au milieu des années 70, sont toutefois toujours présentes : les salaires, le manque de reconnaissance et le temps de travail.

03(@can).jpgDans un des premiers numéros, Carin Hörlén et Gunilla Westlund résument leurs expériences par «sept conseils à une nana qui est tentée par le métier d’architecte».

Parmi ces conseils pleins de sarcasme, il y a : «Faites en sorte d’avoir de la famille dans la ville où vous trouvez du travail. Sinon mariez-vous avec quelqu’un qui en a une. Ne prenez pas le risque de vous retrouver à 300-600km de grand-mère ou de quelqu’un d’autre de serviable» et «faites en sorte de quitter l’école en période de prospérité».

Quelques années plus tard, une étude de l’Ordre des architectes montraient que la différence de salaires entre les hommes et les femmes est de 1.000 SEK (119 euros) soit près de 10%. Après 15 ans de métier, le salaire moyen des hommes est de 9.500 SEK (1.133 euros), celui des femmes est de 8.500 SEK (1.014 euros). La différence augmente en proportion avec la durée de l’emploi et du poste.

La question de la parité entre les femmes et les hommes concerne à la fois des données quantifiables comme le salaire ou le poste mais aussi les qualités défendues respectivement par les femmes et les hommes. Ce dernier aspect est plus difficile à remettre en question car il implique souvent une confusion entre des personnes ou des expériences particulières

Pour éviter des malentendus, la généralisation demande une argumentation bien formulée et une connaissance profonde.

Très tôt, la rédaction de la revue a choisi de faire le portrait de femmes occupant des postes de direction. Par rapport à la part totale des femmes au sein de l’Ordre, celles qui avaient atteint ce niveau étaient rares. Que pouvait trouver Arkitekten de commun chez les cinq femmes présentées ? Elles se sont toutes intéressées aux questions d’organisation.

Du point de vue représentatif, la situation s’est améliorée l’année dernière, quand nous avons observé la part de femmes dirigeantes dans les onze plus grandes agences. Nous avons remarqué qu’elles occupaient 43% des postes supérieurs.

Toutefois, les mêmes questions demeurent d’actualité. S’est-il vraiment passé quelque chose ?

«Mais oui, bien sûr !», assure Annika von Schéele.

Jonas Lindgren | Arkitekten | Suède
01-03-2013
Adapté par : Marie Kraft

Réactions

Rusty | architecte DG | Parisienne | 27-06-2013 à 23:23:00

simple constat: le nombre de "vraies" agences d'architecture dégringole.
en cause: pas de numerus clausis, plus de barème, cout salarial trop élevé, auto entrepreneuriat... bêtise des profs de facs d'archis qui poussent les jeunes à s'installer le plus tôt possible en leur faisant miroiter monts et merveilles.
pour pouvoir se mettre à son compte et monter sa propre agence, je pense qu'il faut au moins 10 à 15 ans d’expérience.
le nombre de jeunes architectes sans expérience qui montent leurs agences à la va vite est une des causes de l’augmentation du nombre de sinistre. Alors qu'il y a bien des années, prendre un architecte était un gage d'avoir un bâtiment bien fini, de nos jours, ce n'est plus le cas, loin de là.
je dirais un peu crûment que les femmes sont plus nombreuses installées en architecture que les hommes, par appât du gain, et non par passion.
et puis, cela fait bien sur une carte de visite.
L'ère des architectes passionnés avec des connaissances innombrables et profondes est révolue. Les derniers dinosaures disparaissent, les nouvelles générations ne connaissent rien à l'acte de bâtir.
vous, jeunes architectes sans connaissances réelles de l'acte de bâtir, ne croyez pas votre enseignement, renseignez vous auprès des architectes qui sont vos pair et profitez encore de leur expérience et de leurs avis!
le métier d'architecte disparaitra, absorbé par les entreprises de construction, et par la politique aveugle de l'ordre, par aussi les volontés absurdes des syndicats, et la politique d'assistanat de nos gouvernements qui s'enrichissent sur le dos des entreprises et des salariés aussi (bien qu'ils n'y voient que du feu!!).......
et dire que les petits nouveaux osent écrire, in salaire de xxx pour 35 heures!
en agence d'archi, 35 heures, calà n'existe pas et n'a jamais existé. c'est une aberration sociétalo-syndicalo-communiste que les employés on gobés, et qui fait réellement "chier" les agences d'architecture !
il n'y a plus de conscience professionnelle!
la police du travail, les syndicats, services juridiques et tout le "toutim" sont les protecteurs des salariés qui s'estiment dans leur droit par la loi, sans regarder la réalité du travail dans les agences d'architectes, ou dans plus de 90% des cas les architectes associés ne gagnent guère plus qu'un chef d'agence salarié chez eux. pas étonnant que ceux qui ont compris celà ne veulent ^plus donner, et que nombre d'entre eux préfèrent arrêter, fermer leur agence et rester en libéral tout seul....au moins, ce qu'ils gagnent c'est pour eux!
travailler 18 heures par jour pour assurer les salaires et pouvoirs payer les charges, j'ai donné! jusqu'au jour ou suite à un audit, il est apparu que je ne gagnait pas plus qu'un dessinateur......après 25 ans d'exercice......et des dizaines d'employés dans l'agence.
ayant tout fermé par dégout, je suis aujourd'hui à l'étranger, ou j'ai ouvert une autre agence depuis 2 ans, avec des salariés consciencieux, qui ne regardent pas les heures, qui gagnent bien leur vie, et ou je vis bien aussi !
Architecte en France? à part quelques plaisirs d'autosatisfaction sur quelques projets, c'est une dérision !
vous allez travailler pour l'état, vos salariés, les divers organismes qui vous aspirent littéralement les honoraires que vous rentrez......!!!
un salarié en agence coute tout confondu et lissé sur un an: 2.96 fois sont salaire net !!!
ce qui reste va à 80% et plus à l'état, le reste aux frais divers non prévus, et en gros il vous reste 1% à 2% des honoraires que vous avez rentrés!
j'aurais tant à dire, mais là, c'est prêt..!!


Ana | Paris | 22-04-2013 à 10:44:00

Bonjour,

La profession tend à se féminiser en France et en 2012, pour la première fois, il y a plus de femmes que d’hommes parmi les nouveaux inscrits au Conseil Régional de l'Ordre des Architecte d'Ile-de-France.

Anne-Marie


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