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Espagne | Les amours théâtrales de Zamora selon MGM (10-04-2013)

Dans un entretien non signé publié le 14 février 2012 dans le quotidien La Opinión de Zamora, l’architecte sévillan Juan González Mariscal de l’agence MGM revient sur un projet ayant duré près de vingt ans : le théâtre Ramos Carrión à Zamora même. Sur deux décades, le dessein s’est enrichi et, par voie de conséquence, complexifié. En cause, l’administration.  

Bâtiments Publics | Culture | Zamora | MGM

Contexte
En 1995, la municipalité de Zamora, à quelques kilomètres de Valladolid au nord-ouest de l'Espagne, organisait un concours pour la réhabilitation du théâtre Principal, alors reconverti en cinéma.
A l’issue du processus, l’agence sévillane MGM, fondée par José Morales, Sara de Giles et Juan González Mariscal avec l’architecte zamoran Angel Fernández Poyo, est désignée lauréate.
En 2012, soit 17 ans plus tard, l’édifice est à peine achevé et porte le nom de Ramos Carrión, en hommage au dramaturge et humoriste natif de la ville. Changement de programme, ambition revue à la hausse, fouilles archéologiques et aléas administratifs ont allongé le temps du projet. 
JPhH

BIEN QUE DANS UN ABYSSE LEGAL, L’ESPACE DU 'RAMOS' EST EXTRAORDINAIRE
La Opinión de Zamora

ZAMORA - Un des auteurs du projet original pour réhabiliter le théâtre Ramos Carrión, Juan González Mariscal, s'est montré ému lors de la visite officielle des installations dont les travaux sont à 95% terminés. Pour l'architecte sévillan, le Ramos sera beaucoup plus qu'un théâtre.

Quand a démarré pour vous le projet de nouveau théâtre Ramos Carrión ?

Juan González Mariscal : Le président [de la province de Zamora, ndt.], Martínez Maíllo, a affirmé lors de la visite de la semaine dernière [en février 2012] que nous avons porté le projet dix ans durant. Il ne se réfère ainsi qu'à la seule période du chantier ; nous avons gagné le concours en 1995...

Cependant, le projet désigné lauréat est assez éloigné du résultat final...

Et ce principalement parce que nous avons trouvé une machinerie totalement obsolète. Il y avait un intérêt particulier à la démolir et les spécialistes en la matière nous ont assuré qu'elle était absolument inadaptée. Nous avons donc dû gérer la destruction du corps de la machinerie tout en respectant le patrimoine.

L'actuelle machinerie était indispensable ?

Pour qu’un théâtre de ce type fonctionne, elle est indispensable. La taille de l'orchestre est une fois et demie celui du théâtre principal, l'espace de la machinerie est le double et son volume le quadruple.

Pourquoi cet espace équivalent à un immeuble de sept étages ?

C'est très simple, il s'agit d'une règle de trois. Pour célébrer n’importe quel spectacle, nous devons ajouter différentes dimensions. La scène doit pouvoir accueillir, par exemple, un opéra, ce qui génère divers besoins que nous devons respecter, comme la structure du rideau ou celle de la galerie supérieure.

Dans quelles mesures pouvons-nous déceler dans l’actuel projet les premières intentions ?

Le projet a été modifié du fait des nécessités apparues après le concours. Aujourd’hui, seul le pavillon d’entrée et le noyau circulaire témoignent du premier dessin, contrairement à la construction à l'arrière. Quand la machinerie nous a imposé la destruction de l’ancien immeuble d’ateliers, un nouvel espace nous est apparu. Nous l'avons mis au niveau de la rue. Il y a même des habitants qui se souviennent d’avoir joué en ce lieu, à côté de là où se situait l’ancien orphelinat municipal.

Comment est née cette proposition ?

Cet édifice exigeait la construction d'une nouvelle machinerie. La précédente n’avait aucune valeur particulière et nous avons donc obtenu du Patrimoine sa destruction. Grâce à cela, nous avons pu dégager une vue impressionnante sur le Duero. De cette façon, la nouvelle structure est visible ; une perspective qu’aucun immeuble ancien ne vient boucher.

02(@JesusGranada)_B.jpgGrâce à la nouvelle place, des spectacles en plein air sont désormais possibles...

Cette place occupe le vide laissé par l’immeuble détruit. A l'achèvement de l'opération, la municipalité a pris conscience de cet espace. Elle a donc voulu créer un édifice plus ambitieux.

Comment expliqueriez-vous aux Zamorans cette partie arrière, actuellement paralysée ?

C’est un problème très complexe et difficile. Quand les excavations ont été réalisées, nous avons découvert un pan de murailles. Il nous a paru préférable de nous en saisir et de le consolider, ce malgré l’hiver et les pluies importantes. De fait, nous avons dépassé le planning prévisionnel et sommes arrivés à une situation véritablement complexe.

Si elle est complexe pour vous...

La gestion du problème est complexe par la solution. Il y a beaucoup d’administrations impliquées et chacune a une compétence bien distincte de l'autre. Qui plus est, ces changements interviennent au moment de la réalisation et non de la conception. 

Par ailleurs, il est apparu à la municipalité que les dix-huit places de parking étaient une stupidité sans nom ; nous étions d’accord sur ce point. Nous avons donc décidé de transformer la destination de cet espace alors que les fondations étaient déjà faites. Nous avons alors donné plus de volume que ne le permettait le plan d'urbanisme. Et voilà où réside la complexité. Elle est de type administrative et juridique et non technique. Et là, nous touchons aux limbes alors que l'édifice est spectaculaire et n'est en aucune façon un outrage au patrimoine zamoran, bien au contraire.

Vous souhaiteriez que cet espace soit un centre de congrès ?

Grâce à cette opération, là où il y avait avant un parking, nous créons un espace extraordinaire. Il est possible d'y faire n’importe quoi. Au début, d’aucuns parlaient d’un atelier de théâtre et maintenant il est question d’un palais d’expositions et de congrès. Toutefois, je tiens à préciser que l’édifice conçu en 1995 portait précisément cette dénomination ; nous avions conçu un projet très large qui dorénavant se rétro-alimente.

En prenant en compte tous ces aspects, le coût a-t-il augmenté ?

Sans multiplier le coût par cinq, nous avons réussi à faire en plus un palais des congrès, une place, un théâtre de plein air et un bâtiment d’activités culturelles.

03(@JesusGranada)_B.jpgLe même problème s'est-il posé quant à la question de l’esthétique ?

Lors du processus de conception du projet, il y a eu plusieurs changements. Celui qui a été approuvé proposait des matériaux dont le fameux verre en 'u-glass'. Quand nous avons débuté le chantier, nous avons noté quelques problèmes. Une autre variante, plus adéquate, multipliait le prix par trois. Pour ne pas dépasser le budget, nous avons opté pour le même type de verre mais, cette fois-ci, le matériau a gagné en consistance de par la forme. Pour aller au bout, c’est avant tout un exercice de pliage ; la forme est la meilleure structure. En étant plié, le matériau gagne en rigidité.

Dans la visite institutionnelle de la semaine passée, quelques-uns ont été surpris par l’espace réduit de l’orchestre au regard du volume de l’édifice ; que dites-vous à ce sujet ?

L’édifice n’est pas qu’un théâtre et je jure que la salle est la même que la précédente. Avant, il y avait une série de loges et de décorations qui ont disparu dans les années 70 alors que le lieu était transformé en cinéma. L’espace est le même. Certes, il y avait à l'époque le double de sièges parce qu’ils étaient plus petits et qu’il n’y avait pas de norme européenne quant à la sécurité incendie. Il est toutefois évident qu'en comparaison, le volume actuel appelle l’attention ; il est bel et bien nécessaire pour que le théâtre fonctionne. La scène fait 120m² quand l’ancienne du Principal n’atteignait pas les 30m², soit le salon de n’importe quelle maison.

04(@JesusGranada)_B.jpgCôté spectateur, que vont ressentir les Zamorans quand ils iront au théâtre ?

Je ne peux pas répondre à cela car je ne suis pas impartial. Personnellement, je suis enthousiaste et ce théâtre me parait réussi. Si je ne pensais pas ainsi, je l’aurais fait autrement. Il serait absurde de parler de la valeur de mon fils qui, bien entendu, est le plus intelligent de sa classe.

En définitive, le Ramos Carrión est beaucoup plus qu’un théâtre...

Pour moi oui, il représente toute ma vie professionnelle et pour la ville un projet de vingt ans. Si les gens ne l’aiment pas et protestent, cela me parait être également une bonne chose car cela signifie que ce bâtiment importe aux Zamorans.

La Opinión de Zamora | Espagne
14-02-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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