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Visite | D'une briqueterie un CDC : Philippe Prost a sublimé l'une et l'autre (29-05-2013)

Le 20 mars dernier à Vitry-sur-Seine (94), le nouveau centre de développement chorégraphique (CDC) du Val-de-Marne inaugurait ses quartiers entre les murs réhabilités de l’ancienne briqueterie de la ville. Un projet signé Philippe Prost, qui a choisi de mettre en valeur l’ancienne usine pour conférer tout son cachet à l’atypique centre de danse. 

Reconversion | Culture | Vitry-sur-Seine | Philippe Prost

«Composée d’un soubassement en pierre puis de briques et d’une charpente métallique sur deux étages, ce bâtiment fabriquait dans les années 1960 jusqu’à 120.000 briques par jour». Le 20 mars 2013, alors que la presse et les invités affluaient à l’occasion de l’inauguration de l’ancienne briqueterie Gournay réhabilitée en centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne, l’architecte du projet, Philippe Prost, s’installait quelques instants au calme dans l’un des nouveaux bureaux du bâtiment afin de conter au Courrier les enjeux du projet.

Si, selon ce connaisseur, «la capacité du patrimoine industriel à s’adapter à des nouveaux usages contemporains n’est plus à démontrer», reste qu’ici ni le programme ni le site n’étaient courants. En 2002, le Conseil général du Val-de-Marne avait décidé d’installer dans l’usine à l’abandon le centre de développement chorégraphique du département. La France compte désormais onze (plus deux en préparation) de ces incubateurs dédiés non pas à la représentation mais à la création et à la répétition. «C’est ici que les compagnies de danse viennent créer leurs spectacles», résume l’architecte.

«Parce que le programme était inhabituel, les entreprises adaptées furent difficiles à trouver», se souvient Philippe Prost qui estime néanmoins avoir eu «de la chance». En effet, «l’ancien directeur du CDC du 94 m’avait embarqué dans un tour de France des centres chorégraphiques et, à chaque fois, il me faisait part de ses commentaires». Ceci expliquant sans doute qu’à la Briqueterie, les tenants de l’impeccable détail seront comblés.

A l’inverse des autres candidats soucieux de caser dans le bâtiment un programme trop conséquent, Philippe Prost a choisi de conserver le volume existant et de le flanquer d’un second volume, en L, autour d’un espace résiduel devenu le jardin du centre chorégraphique. L’extension accueille 'un studio scène' composé d’un plateau de 15 mètres par 15 et de 180 places assises rétractables, sans compter les trois studios de répétition aménagés dans l’ancienne usine. Ayant commencé par restaurer les espaces industriels, Philippe Prost a relié le nouveau volume à l’ancien via une vaste galerie de circulation de soixante mètres de long.

«Nous étions les seuls à proposer cette option», se félicite l’architecte.

02(@AAPP)_B.jpg«J’ai travaillé le plan à la manière du dessin d’une maçonnerie de briques», précise-t-il. Un croquis vient parfaire l’image à l’origine du parti pris. Aux volumes dédiés à la danse, le corps de la brique tandis que les circulations correspondent aux joints entre les unités. D’avoir poussé le mimétisme jusqu’à peindre de blanc les surfaces des circulations, qui forment une double peau isolant les studios.

Non seulement Philippe Prost a satisfait les exigences du programme mais il a offert au centre chorégraphique de Vitry-sur-Seine des espaces 'en plus'. Ainsi, le long de la rue, un parvis couvert ponctué de gradins offrira aux riverains, au gré des répétitions, des spectacles vivants. Idem pour le jardin, dédié aux danseurs, qui fournira aux habitants des logements adjacents une vue imprenable sur le travail des artistes.

Dedans comme dehors, l’architecte a tiré parti du moindre espace. Par exemple, «nous avons creusé le sous-sol pour créer un double étage de bureaux là où, auparavant, n’existait qu’un seul niveau».

03(@LucBoegly)_B.jpgParcourant le bâtiment, de découvrir donc, outre une impeccable machine, des espaces généreux. Ici, le terme n’est pas galvaudé. Dans les studios de répétition dont la hauteur s’élève jusqu’à huit mètres sous plafond, l’architecte est parvenu à faire oublier le bâtiment au profit de l’espace... c’est-à-dire du corps en mouvement. Ainsi, l’attention du visiteur est captée par ces danseurs en train de répéter leur pas de deux.

Pourtant, la délicatesse du travail de réhabilitation n’échappera pas à l’oeil averti. Voir ces escaliers installés dans les espaces tampons afin de garder intacte la façade d’origine. Ou encore, tandis qu’à l’intérieur Philippe Prost et son équipe ont choisi de conserver le dessin des ouvertures, à l’extérieur, ils ont réuni en un seul cadre les étroites fenêtres d’origine ce qui «confère un aspect contemporain au bâtiment tout en donnant à voir le processus de transformation».

Une fois de plus, Philippe Prost souligne sa chance d’avoir travaillé au sein d’un corps existant. 

04(@LucBoegly)_B.jpgLà où d’autres auraient souligné les contraintes, lui met l’accent sur «des richesses qu’on ne peut pas s’offrir dans un bâtiment neuf».

Une fois déchaussés, aux visiteurs de tester les lieux. Un sol en bois qui rebondit ? «Les planchers sont montés sur des demi-balles de tennis», sourit l’architecte.

Lequel s’est montré tout aussi précis quant à la ventilation des espaces de répétition, où le déplacement d’air est réglé à hauteur d’homme afin d’éviter les risques de crampes musculaires.

«Nous avons tout conservé - la charpente métallique, les façades, les planchers - et simplement ré-enveloppé le tout en surélevant le toit», résume Philippe Prost à propos de la Briqueterie. 

Pourtant, en soignant le détail sans pour autant ménager son imagination, l’architecte est parvenu à conférer un lustre contemporain à une ancienne usine tout en créant de toutes pièces un lieu unique.

«J’ai procédé à une métamorphose, c’est-à-dire transformé l’endroit en centre chorégraphique tout en ramenant la Briqueterie à la vie», conclut l’architecte.

Emmanuelle Borne

05(@LucBoegly)_B.jpgFiche technique

Programme : studio scène, trois studios danse, administration, accueil
Surface : 3.400m² dont 1.300m² SHON de restructuration et 2.100m² SHON d’extension
Montant des travaux : 8M euros HT
Maître d’ouvrage : Conseil général du Val-de-Marne
Maître d’usage : La Briqueterie / CDC
Maître d’oeuvre : Philippe Prost - AAPP ; chef de projet études : Agnès Walter ; chef de projet chantier : Dominique Blanchon
Paysagistes : In-Folio Paysagistes
BET économie : GEC Ingénierie
BET structure : Bureau Michel Bancon
Scénographie technique : Scène
Signalétique : Pierre di Sciullo
1% artistique : Yann Toma oeuvre lumière

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