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Exposition | Le Grand Pari(s) d'une scénographie 'boîteuse' (27-10-2010)

Un monolithe blanc disposé entre les prestigieux moulages du Musée des Monuments Français de la Cité Internationale de l’Architecture et du Patrimoine. L’image apparue furtivement dans la presse laissait présager une scénographie intéressante. Visite in vivo de l'"exposition des 10 scénarios (sic) pour la métropole parisienne", avec Jean-Philippe Hugron.

Grand Paris | Cité de l'Architecture et du Patrimoine | Scénographie | Architecture intérieure | Paris | Jean-Christophe Quinton

Signée Jean-Christophe Quinton, la présentation articule 10 modules contemporains. Chaque équipe investit l’espace à sa façon pour révéler ses propres stratégies, afin de donner forme à la métropole de l’après Kyoto : Le Grand Paris.

Premier jour d’exposition. Le temps d’une courte visite à Chaillot permet d’apprécier la chose. L’idée d’offrir le Grand Pari(s) en présence des monuments moulés de l’Histoire de l’Architecture française... une glorieuse idée ! Le choc aurait été bienvenu dans une ère si frileuse qui regarde la Pyramide du Louvre avec nostalgie.

Mais cachez ce Grand Pari(s) que je ne saurais voir ! Chaque architecte est mis en boîte. Boîte de conserve ? Cercueil pour une mort annoncée ? 'Sarkophage' ? Packaging inapproprié !

Les dix modules délimitent dix espaces exigus. Nous savions que la Cité de l’Architecture attirait moins de visiteurs qu’elle ne l’espérait, mais les dimensions accordées à chaque équipe annoncent la confidentialité de l’événement. A 5 ou 6 dans un module, la tête en l’air pour lire ou respirer, les choses se compliquent. Pardon Mademoiselle... Excusez-moi Monsieur...

Une exposition pour cinquante personnes qui vagabondent de boîte en boîte dans une Galerie des moulages encombrée... de boîtes...

En souhaitant "donner une identité au Grand Paris", en cherchant le maximum de flexibilité pour présenter chaque équipe, le parti scénographique tente de "soulager l’espace" (sic) en créant une "urbanité" ; un discours très éloigné de toute expérience.

Le message délivré est alors confus. Les dix équipes se sont, jusqu’à présent, efforcées de souligner un travail réalisé en commun. L’incroyable opportunité de réunir autant de personnalités des mondes artistique, politique et scientifique, dans le dessein de réaliser la métropole de demain, a permis de révéler quelques concordes. Les architectes, figures de proue, ont abandonné leur ego ; le propos, anecdotique, a été de nombreuses fois répété lors de la présentation des dix projets.

La scénographie prend pourtant le parti de morceler les travaux et de compartimenter les équipes. Un choix peu à propos : la boîte Nouvel jouxte la boîte Maas, etc., etc. Des conteneurs sans transparence, sans confrontation. Une co-présence inappropriée à l’aune d’une transversalité glorifiée.

Le Grand Pari(s) se dévoile dans chaque module et ce, dans une curieuse pénombre, une étrange nudité parfois. La métropole de l’après Kyoto se découvre de l’intérieur. Ne s’agissait-il pas d’ouvrir les horizons ? Paris sur sa banlieue, sur l’extérieur, sur le monde,… vers le Havre ? Riquiqui ! Claustrophobes, abstenez-vous !

Les boîtes sont jolies. Nous savons combien l’esthétique et la beauté comptent officiellement, mais la scénographie aurait sans doute mérité une plus grande attention. L’espace de la Galerie est gâché. Une mauvaise leçon pour un Grand Paris qui prétend élaborer des stratégies de gestion intelligente de l’espace. L’inadéquation du contenu et du contenant est manifeste.

Au rendez-vous manqué de la présentation au public, s’adjoint désormais cette scénographie, gratuite, qui ne rend aucunement hommage à la réflexion portée. La Cité de l’Architecture était le lieu central où devait s’organiser une exposition sur le Grand Pari(s), à l’échelle du Grand Paris. Lieu des confrontations, du passé évoqué par les tympans romans et autres ornements gothiques, avec le futur dessiné par les dix équipes, la Cité devait décrypter la richesse des propositions.

Au-delà, l’exposition rêvée aurait été celle qui nous aurait conduit sur les lieux du Grand Paris. A la Défense, au Port de Gennevilliers, à Ivry. Il aurait fallu, de plus, utiliser ces espaces partagés que sont stations de métros, gares, jardins ou musées pour diffuser la réflexion.

Le Grand Pari(s) était l’occasion de porter ainsi un projet d’exposition en réseau, de mettre à contribution la métropole, de faire jouer des proximités, de révéler l’espace qui est le leur aux grand-parisiens. Cet événement devait être une prise de conscience comme une étape fondatrice en participant à la création d’un nouvel imaginaire associant Paris et sa Banlieue. En lieu de cela, dix p’tites boîtes, toutes petites, au coeur du XVIe arrondissement. Grand-parinianiste, n’est-ce pas ?

M’enfin ! Faites attention ! Vous me marchez sur le pied ! C’est malin ! Je 'boîte' à mon tour.

Jean-Philippe Hugron

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 22 mai 2009.

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