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Visite | Tadao Ando à Monterrey, de la lutte à l'espérance (15-05-2013)

Nuevo León, Mexique. Tadao Ando en Amérique Latine, l'ancien boxeur au pays de la «lucha libre» ? Un métissage surprenant. L'architecte japonais a inauguré le 24 avril 2013 le nouveau Centre Roberto Garza Sada de l'université de Monterrey. L'édifice, spectaculaire, semble marquer, au regard du grand oeuvre, un point d'inflexion.

Education | Bâtiments Publics | Monterrey | Tadao Ando

MONTERREY - Highways, freeways, motorways... autopistas ! Monterrey, près de quatre millions d'habitants, a des allures de métropole nord-américaine. Un paysage d’autoroutes et de gratte-ciel, de parkings et de garages, de 'suburbs' sans fin. Siempre Coca-cola ! Le piéton est mort. Bienvenue au royaume de l’automobile.

Les agglomérations de la Sunbelt ne sont qu’à quelques centaines de kilomètres mais les sommets de la Sierra Madre veillent à préserver les 'Etats-Unis du Mexique' de l’influence septentrionale.

Pour l’université de Monterrey, le regard se porte, un instant, vers l’Extrême-Orient. Parmi les plus importantes de la ville, l'UDEM, institution catholique et privée fondée par les filles de María Inmaculada de Guadalupe, les religieuses du Sagrado Corazón de Jesús, les soeurs de la Caridad del Verbo Encarnado et les frères Maristas, a choisi en 2006 de convoquer Tadao Ando pour réaliser les 'Portes de la Création'.

Il s’agissait alors de concevoir un ensemble capable d’accueillir les 500 étudiants en design industriel, stylisme, art et architecture. L’édifice se devait également de marquer l’entrée du campus. Pour ce faire, pas moins que la signature d’un Pritzker, qui plus est, inédite en Amérique Latine.

La rencontre parait improbable et, de son propre aveu, Tadao Ando avait, au début, émit quelques réserves. Peur de l’inconnu vraisemblablement universelle.

En route donc.

02(@Caroga)_S.jpgLa voiture, avec à son bord quelques journalistes, s’engage sur rocades et bretelles avant d’atteindre le centre Roberto Garza Sada, du nom du riche industriel, aujourd'hui décédé, longtemps mécène de l'UDEM. Poteaux électriques, stations-service, Seven / Eleven, Oxxo, ponctuent le paysage urbain. Un chewing-gum por favor ?

Au détour d’une avenue, un garde-barrière. Au-delà, enfin, le dernier né. Tout de béton, imposant, massif et élégant.

Lors d’une conférence de presse, sans doute pour séduire son auditoire qu'il photographie de temps à autre, l’architecte nippon venu inaugurer l'édifice n’a de cesse d’évoquer Luis Barragán, figure tutélaire de l’architecture mexicaine. Quel rapport entre la polychromie moderne de l’un et le froid brutalisme de l’autre ?

03(@JorgeTaboada)_S.jpgCertes, Tadao Ando, peu prolixe, joue des références et son interprète, plus loquace, surjoue l'explication. 

L’homme de l’art évoque l’aspect sans doute le plus méconnu de l’architecte mexicain, à savoir sa coopération avec Louis Kahn pour la conception des espaces extérieurs du Salk Institute à La Jolla en Californie.

Interstices, places et esplanades se devaient d’être, face à l’océan, «une façade vers le ciel». 

De l’expérience donc et Tadao Ando d'invoquer «l'espérance» que lui inspire le lieu. Une référence.

A Monterrey, l'architecte suggère, de fait, d’encadrer un vide face aux vertigineuses montagnes.

A la puissance du relief, il répond par la difficulté technique. La charge de béton ne repose qu’en deux points, au risque peut-être d’un effet de masse inopiné.

«La boxe est un sport sacré, il s'agit d'une lutte entre êtres humains, l'un contre l'autre. En ce sens, l'architecte se confronte à l'architecture tel un individu avec un organisme. Et tous ceux qui ont participé au chantier, qui ont, par exemple, réalisé une poutre, un toit, un étage, chacun s'est individuellement confronter à l’oeuvre et a, de fait, lutté», assure l'ancien boxeur.

«L’oeuvre exprime une souffrance. Réaliser cette 'porte' a été particulièrement difficile. Aussi, chaque étudiant au moment de se confronter à l'édifice et de traverser ce passage, devra prendre confiance en ce qu'il fera à l'avenir», indique Tadao Ando.

04(@RobertoOrtiz).jpgLe «message» de l'édifice n'est autre qu'inspirer aux apprentis un tant soit peu d'assurance. «Je ne suis diplômé d'aucune faculté ni d'aucune institution mais j'aime étudier. Il n'a jamais été facile d'apprendre l'architecture de manière didactique», rappelle-t-il.

Aussi, concevoir un édifice universitaire semble plus qu'un exercice de style. Tadao Ando laisse ainsi de nombreux espaces libres. Les volumes sont souvent disproportionnés, voire hors d'échelle. Ici, un amphithéâtre de plein air, là des ateliers aux hauteurs sous plafond considérables. Bref, autant de lieu «pour s'aider et se reposer», précise l'homme de l'art.

Il s’agit là sans doute de l’une des réalisations les plus étonnantes du maître. Si les espaces intérieurs semblent caractéristiques de son travail, le centre Garzia Sada, dans son esthétique fait de courbes, de mouvements et de gestes, signale un moment du grand oeuvre. Egarement, tentative ou revirement ? L'avenir en jugera.

05(@RobertoOrtiz)_B.jpgPar delà les éventails de béton, le massif de las Mitras. Sur les hauteurs, des amas de constructions informelles. Les «chabolas», lance le personnel de l'université. Un journaliste corrige : de bidonvilles, il n’y aurait presque plus. L’habitat reste informel, précaire, mais le temps de la tôle ondulée semble révolu.

Là-bas, de l’autre côté, selon les regards, la situation n’est jamais la même. La pauvreté est multiple et l'espoir donné par la monumentale Porte de la Création semble bien mince face à l'étendue des «villes perdues».

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

L'édifice de 13.115m² a nécessité un investissement de 45 millions de dollars soit environ 35 millions d'euros.
Le chantier a duré 34 mois et a réuni plus de 800 ouvriers.
L'édifice, long de 99 mètres et profond de 27, est composé de six niveaux en double hauteur (5,40 mètres).
Sa construction a nécessité 800 tonnes d'acier et 1.300m³ de béton.
Le projet a été initié en 2006. Tadao Ando, suite à sa visite du site en mars 2007, a remis une première esquisse en juin de la même année. La première pierre a été posée un an plus tard. Le chantier a pris fin en décembre 2012.

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