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Compte-rendu | Patrick Bouchain et l'infime moment du bonheur et du malheur (23-05-2013)

Lundi 15 octobre 2012, Patrick Bouchain debout. A L'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bordeaux, il donnait une conférence 'inaugurale' sur le thème de l'appropriation. Celle du logement par son habitant ? Peut-être. Mais avant tout, celle de l'architecte, de sa présence tout au long de «la chaîne» du projet. Une heure aura suffit à Patrick Bouchain pour définir le «socle d'un métier».

Vie étudiante | ENSAP Bordeaux | Bordeaux | Patrick Bouchain

Patrick Bouchain débute son propos par un hommage dissimulé à Pierre Lajus, présent dans la salle, ainsi qu'à André Lefèvre, notamment pour «ses maisons très modestes sur la côte d'Azur». Ceci étant dit, l'architecte tente de s'émanciper de l'exercice oratoire convenu. D'images il n'y aura pas. De communication, pas plus.

«Je travaille sur l'appropriation depuis quarante ans. L'architecture est un métier artisanal que l'on débute jeune et termine vieux», affirme-t-il à son auditoire estudiantin. Le processus est long et la chaîne victime des changements. «L'ensemble se transforme sans cesse. Il s'agit de rentrer encore et toujours dans un mouvement», poursuit-il.

Selon Patrick Bouchain, la société moderne a rompu cette chaîne. En d'autres termes, la proximité de l'artisan avec son objet n'a plus lieu. «La société est cloisonnée et disloquée», lance-t-il. A chacun sa compétence, à chacun sa niche... et la «chose de passer de main en main».

Aussi, le projet architectural ne semble être désormais qu'une succession de «phases». Les propos de l'homme de l'art transpirent le regret. «La proximité entre le désir et la réalisation existe dans une société plus petite», concède-t-il. A l'architecte, sans doute, de recréer le microcosme.

A l'architecte aussi d'«intervenir» et d'«expérimenter». «Sans cela, l'architecture est vide de sens, elle n'est qu'une architecture d’exécution, une architecture coercitive, une architecture criminogène. Elle produit un espace qui n'est pas approprié à la pratique sociale et au sentiment culturel de l'habitant».

Patrick Bouchain se prémunit de tout discours convenu lequel accumulerait bons mots et expressions d'usage. Aussi, il revient sur son «histoire».

02(@CyrilleWeiner)_B.jpgEn quatre décennies, les projets culturels ont dominé sa pratique. Les «sujets plus traditionnels», à savoir, l'habitat, ne sont venus que tardivement. La raison ? «En 1967, en sortant de l'école, tous allaient faire du logement social. J'ai, pour ma part, refusé de construire du neuf pensant qu'il valait mieux partir de l'existant», raconte-t-il.

La vision moderne outrepassée, l'heure est aujourd'hui «aux logements moins chers et participatifs». L'adjectif semble galvaudé et l'architecte s'en excuse presque : «Il n'y a pas là de démocratie bavarde. Je n'entends pas mieux que les autres», assure-t-il.

Ce qu'invoque Patrick Bouchain n’est pas tant la participation de l'habitant ou du citoyen mais celle de l'architecte. Question d'appropriation, vraisemblablement.

A Venise, à l'occasion de la Biennale d'Architecture de 2006, le pavillon français est transformé en «métavilla» pour répondre au thème du commissaire d'alors, Richard Burdett, «métacité».

«Je ne connaissais pas le terme. J'ai donc proposé d'habiter notre pavillon», indique Patrick Bouchain. L'ambition est alors de déléguer la commande reçue de l'Etat. «Je souhaitais me mettre dans une position de filtre et de confiance», assure-t-il. Exist, un groupe d'anciens étudiants, est venu prêter main-forte.

«Métavilla, c'était aussi 'mets ta vie là'. Nous sommes devenus le pavillon des pavillons parce que nous habitions le pavillon. Des étudiants sont venus résider, des visiteurs se reposer. Nous proposions 36 couchages. L'équipe devait être en permanence sur le site. J'y allais une semaine sur deux pour tout remettre en état, faire les courses, le linge...», se souvient-t-il.

L'architecte évoque l'installation comme une «maison de l'hospitalité» ou encore un «pavillon de la sécurité». Après trois mois passés en Italie, le retour en France s'annonce avec une nouvelle problématique en tête, celle du logement social.

«Nous avons fait le tour des villes qui nous avaient aidés pour Venise. Nous leur avons dit : 'donnez-nous une chose impossible, quelque chose que vous ne savez pas faire mais qui relève de l'obligation'», relate-t-il.

Avec l'accord du politique, celui de l'opérateur technique et avec leur complicité culturelle, Patrick Bouchain s'engage sur un projet de rénovation urbaine à Boulogne-sur-Mer. En marge d'une zone ANRU, soixante maisons surpeuplées. «Les pavillons isoleraient les cas sociaux», ironise l'architecte.

La situation est pour lors délicate et les moyens minimes. A peine 30.000 euros par logements. Patrick Bouchain souhaite alors appliquer «la permanence architecturale», à savoir user du temps long et de la présence quotidienne : «il s'agit d'être dans cet infime moment du bonheur et du malheur».

Pour ce faire, il demande à l'une de ses collaboratrices, Sophie Ricard, de devenir une habitante du Chemin Vert. «Je n'allais pas jouer les papas-gâteaux sur le site», dit-il. Par cette présence, la volonté est de «redonner envie d'habiter».

Entreprises et artisans locaux sont mis à pied d’oeuvre. L'architecte recherche alors la «liberté d'usage», mais la norme dicte et contraint. En guise d'exemple, la couleur des logements : blancs à l'origine, ils ont été progressivement repeints. Réhabiliter impliquait de retrouver la teinte initiale, le secteur étant protégé.

Daniel Buren est appelé au secours. L'artiste signera les façades pour qu'elles arborent le titre «d'oeuvre». Deux poids, deux mesures mais qui relèvent de la nécessité.

Etudiants, architectes et paysagistes viennent tour à tour donner tantôt des cours sur la pratique des couleurs, tantôt sur la réalisation d'un jardin, et ce «sans langage savant».

«Cela peut paraître le rôle d'Emmaüs ou encore celui d'un animateur social, mais c'est pourtant le socle du métier d'architecte», confie Patrick Bouchain.

03(@Construire).jpgL'architecte invite alors ses orateurs à lire le code civil, à s'emparer des «lacunes» du texte. Il s'engage alors dans une comparaison du mobilier et de l'immobilier, du principal et du secondaire, de la valeur de l'un et de celle de l'autre.

Les exemples fusent. Un évier considéré comme objet immobile, une fresque de Guernica considérée comme oeuvre secondaire. Et la valeur de l'appropriation ? L'homme de l'art appelle à une «accession progressive» ; «toute personne dans un logement l'enrichit en l'entretenant».

Patrick Bouchain se montre plus engagé que jamais. Il dénonce, entre autres, «l'inapropriation sociale», à savoir le «crime» que constitue le renvoi d'une personne de son logement sous prétexte que sa situation ne lui correspond plus. La veuve et l'orphelin.

Dernier projet évoqué, celui d'une «université foraine» pour être au plus près des objets d'études. Rennes semble avoir répondu favorablement à l'ambition. Reste à savoir si elle sera mise en oeuvre, voire si l'idée sera elle-même, in fine, appropriée.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

moi-même | ancien élu local | Bretagne | 30-05-2013 à 08:46:00

On aura beau tenter de remplir le vide par une fécalité verbales il restera toujours creux.

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