Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Un avion par-dessus le centre, Aéroville de Philippe Chiambaretta (29-05-2013)

Aéroville. Il y a un peu de Jacques Tati dans ce nom. Monsieur Hulot n'a qu'à bien se tenir, voilà un archétype moderne en construction : un centre commercial. Son auteur, Philippe Chiambaretta, a conçu en un temps record, quatre mois, l'un des plus importants pôles au nord de la capitale. Les principes sont les mêmes : une boite introvertie mais une boite, cette fois-ci, ô combien élégante. Livraison promise en octobre 2013.

Commerces et hôtels | Roissy | Philippe Chiambaretta Architectes / PCA

Il y a huit ans, une première esquisse circulait ici et là. Un dessin signé Christian de Portzamparc. Unibail, maître d’ouvrage, promettait alors une livraison pour les Jeux Olympiques de Paris en 2012, dixit une dépêche du 10 mai 2005.

Depuis, Londres a été sacrée et le célèbre Pritzker français, écarté. 2008, la crise, 2009, l'abandon. La tentation était trop grande et le territoire attire les convoitises. «Une ville virtuelle de 110.000 employés». Ainsi Philippe Chiambaretta résume-t-il l'aéroport Paris-Charles de Gaulle.

Beaucoup l'ont compris, Immochan parmi les premiers. A Gonesse, Europa City s'annonce comme l'apogée du style ; un contre-exemple de la ville européenne historique. Le Grand Paris, qu'ils disaient.

Il fallait alors pour Aéroville un nouveau projet. Impossible pour Christian de Portzamparc de reprendre la plume. Faire table rase de son propre travail semblait délicat.

02(@JPhMesguen)_B.jpgAussi, un autre nom est choisi : Philippe Chiambaretta. L'architecte avait d'ores et déjà quelques antécédents commerciaux, notamment un projet d'étude pour le même investisseur. Début mai, un carton d'invitation proposait aux journalistes de visiter la fin du chantier. Direction, le nord de Paris.

A cheval sur les communes de Roissy-en-France et de Tremblay-en-France, le nouveau centre se devait de répondre aux attentes reformulées de la maîtrise d'ouvrage.

«Il fallait un projet plus sobre, du XXIe siècle, sans aucun étage. Nous avons minimisé le nombre d'escalators», indique Philippe Chiambaretta, en chemin.

L'architecte, fraîchement désigné pour la réalisation du projet, devait faire face à un calendrier «court». «Il nous fallait repartir à zéro, même après huit années de gestion administrative et de démarches», dit-il. De Christian de Portzamparc, il ne reste rien.

Le programme a, d'un côté, changé. Un cinéma est à l'ordre du jour. La parcelle n'est aussi plus la même, plus grande encore. L'ambition était, en janvier 2010, de réagir vite. «La demande de permis de construire a été déposée en mai 2010», précise l'architecte.

Trois ans plus tard, les grues ont disparu. Sous le ballet incessant des avions, Aéroville est en cours d'achèvement, ou presque. Sur place, bottes et casques sont encore obligatoires. Le gros oeuvre est terminé, les façades sont posées.

03(@JPhMesguen)_S.jpgA l'intérieur, une galerie de béton brut. Fin de chantier ? Très bientôt pour Philippe Chiambaretta qui assure toutefois la réalisation des aménagements intérieurs, conçus par Saguez & Partners. Quelques échantillons, posés ici et là, témoignent de choix... commerciaux.

Séduire, convaincre ! La seule recette. Des Quatre Temps aux Halles, en passant par Parly 2, la musique est la même. Une boite autiste, introvertie. La déambulation ne se fera qu'entre vitrines.

«La logique habituelle des 'malls' est critiquable d'un point de vue urbain», soupire l'architecte. La commande exige avant tout «l'efficacité des flux». «Tourner une boutique vers l'extérieur peut entraver la dynamique», précise-t-il.

D'urbanité, en marge de Roissy, il n'y a pas. «Nous sommes ici dans une zone aéroportuaire. Il n'y a pas d'espace public digne d'intérêt. Nous nous devions de créer une intériorité», souligne Philippe Chiambaretta.

Il reste toutefois le spectacle des carlingues, énormes, allant et venant. Air France, British Airways, Air Jordania... et l'invitation au voyage. «Je voulais retrouver le charme de voir décoller les avions», concède l'homme de l'art. Détourner le chaland de son objectif ? Nenni.

Mais à force de conviction, Philippe Chiambaretta obtient la création de cinq «plugs». Ces excroissances, censées évoquer les bras articulés permettant l'accès aux avions, sont autant de grandes baies vitrées tournées vers l'extérieur. Leur usage ? Encore indéterminé.

04(@JPhMesguen)_S.jpgL'intérieur présente des proportions inhabituelles pour ne pas dire monumentales. Les halls, nus, exhibant toute leur tripaille, seront d'ici peu encombrés de cache-sexe. «Nous nous sommes interrogés sur un parti laissant à nu la structure mais il y a énormément de tuyauterie et l'idée s'est avérée impossible à mettre en oeuvre».

Entre 11 et 13 mètres sous plafond pour les allées, entre 5 et 7 mètres pour les boutiques. «Nous voulions compenser le fait d'être sur un seul niveau. Nous voulions donner un confort de promenade», note l'architecte. Pour l'heure, un grand palais de béton brut.

Reste à Philippe Chiambaretta d'avoir su proposer, en guise de boîte commerciale, un élégant écrin de verre. La double façade sérigraphiée joue d'effets graphiques et cinétiques signalant depuis l'autoroute la présence du centre. Ici, Aéroville. 

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Martin Duplantier Architectes

Des idées, des envies. De ville, de pièce. Une association, un renouveau. Un livre, une histoire. Des mots, des formes. Dessus, dessous. Loser, winner. [Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Bruno Rollet

2018, une année innovante. Deux maisons connectées à Bezannes alliant domotique, télémédecine, et économie d’énergie : une façon nouvelle d’appréhender son lieu de...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Bruno Gaudin Architectes

Parmi les belles actualités de l'agence Bruno Gaudin Architectes, deux équipements culturels singuliers qui s'inscrivent dans une démarche de valorisation du patrimoine ont été récemment livrés. Un...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de CFSA

Il n'y a aucune excuse pour faire quelque chose qui ne soit pas d'une beauté frappante - William Morris[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Jean-Pierre Lott

2018 a été une année « sudiste » qui a vu l’achèvement de deux projets monégasques, le Stella et les Cigognes, le démarrage de la Villa Troglodyte toujours à Monaco. Mais aussi 2...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Margot-Duclot

Le mois de décembre 2018 prolonge une année très occupée par des chantiers et des concours avec le suivi de 5 opérations simultanées : la dernière ligne droite pour la Caserne de Reuilly à Paris...[Lire la suite]