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Suède | Quand la diversité devient monotone (05-06-2013)

En France, le mal des ZAC est de collectionner les morceaux de bravoure. La crise des flacons n'est pas le propre de l'hexagone. En Suède, les nouveaux quartiers, en apparence hétérogènes, font débat. Johan Johansson, architecte basé à Stockholm, compare dans le n°7 de la revue Arkitektur, paru en novembre 2012, deux quartiers : Enskedefältet et Arstafältet, l'un construit en 1930, l'autre promis, un temps, en 2012.

Urbanisme et aménagement du territoire | Stockholm

Contexte
Le quartier d’Enskedefältet est la première cité-jardin municipale de la ville de Stockholm, née dans les années 30. 80% des 500 logements sont des maisons individuelles. Sous la gestion de la coopérative Enskede trädgårdsförening, la plupart des pavillons en bois ont été auto-construits à partir des plans de maisons types, dessinés par l’architecte Edvin Engström.
Arstafältet est un quartier proche. En 1994, la commune décide d’y aménager un parc naturel et en 2001, un plan détaillé prévoyait autour du parc l'aménagement d'un quartier mêlant logements et activités économiques.
En raison des risques géologiques - notamment de glissements de terrain - et d’une situation écologique exceptionnelle, le conseil régional a exigé en avril 2013 un arrêt du projet qui avait fait l'objet d’un concours d’architecture international en 2009.
Derrière les considérations environnementales, un autre débat : celui de l'illusion et de la diversité. En Suède, l'architecture trompe.
MK

QUAND LA DIVERSITE DEVIENT MONOTONE
Johan Johansson | Arkitektur

STOCKHOLM - Les logements planifiés sur le site d'Arstafältet et les pavillons qui ont été construits il y a près de 80 ans à Enskedefältet se retrouveront à proximité. Les premiers illustrent une volonté contemporaine d’architecture diversifiée, alors que les seconds présentent une monotonie rassurante. Johan Johansson souhaite un cadre urbain où toutes les expressions ne soient pas programmées dès le départ.

Lorsque de nouveaux quartiers sont pensés à Stockholm, l’un des objectifs est de créer un environnement le plus diversifié possible et d’éviter la monotonie et les répétitions. Les directives politiques proposent souvent de diviser les quartiers en plusieurs parties de dimensions inférieures et si possible de varier les hauteurs des constructions. Des programmes de «mise en forme» sont élaborés, surtout pour les plus importants programmes de constructions neuves afin d’assurer une certaine diversité.

Dans le quartier d’habitation prévu à Arstafältet, tout a été mis en oeuvre dans l'objectif de créer justement un environnement urbain diversifié. Les édifices comme les rues prennent des formes irrégulières, les hauteurs des maisons varient de deux à quatorze étages. Fenêtres, baies vitrées et balcons sont placés de manière irrégulière sur les façades habillées par la plupart de matériaux contemporains. Le plan est infiniment détaillé tout en donnant l’air d’un projet libre et aléatoire. Une spontanéité maîtrisée, où l’ennui est banni.

L’environnement présenté par les esquisses semblent complètement hétérogènes, comme pour la plupart des quartiers neufs construits ces dernières décennies. Ce n’est pas si étrange ! A partir du moment où un petit nombre de maîtres d’ouvrages construit la quasi totalité d’un quartier avec les mêmes logements destinés à une cible d’occupants définie à partir d’études de marché, seuls les emplacements irréguliers des ouvertures garantissent à l’environnement un semblant de diversité.

L’homogénéité est renforcée quant à elle par des stratégies de commercialisation et d’entretien mis en place par ces maîtres d’ouvrages, mais aussi par le fait que les architectes ont tous les mêmes inspirations et les mêmes références. Aucun programme de «mise en forme» ne pourra donc changer quoi que ce soit.

02(@HolgerEllgaard).jpgA proximité d'Arstafältet est situé Enskedefältet où, dans les années 30, des pavillons identiques d’un étage et demi ont été construits le long de rues rectilignes. Un environnement plus monotone est difficilement envisageable. Mais chaque maison est construite sur un terrain indépendant et grâce à une réglementation relativement libre et un système de construction simple, tous ces pavillons ont pu être transformés au point que plus aucun ne ressemble à l'autre. 

La vie des habitants, leurs besoins et leurs envies ont produit une certaine diversité. Enskedefältet a pourtant été planifié pour un développement rationnel. Le plan urbain laissait également une grande liberté quant à d'éventuels changements à venir. Aujourd’hui, la plupart des quartiers sont planifiés de manière inverse.

Quelques rares opérateurs construisent des projets gigantesques qui demandent de produire des unités visuelles variées afin de cacher l’importance de l’échelle. Les règles de la planification et les programmes qualitatifs définissent l’apparence des maisons afin d’empêcher tout changement, comme si l’architecture garantissait les qualités d’une vie urbaine.

La grande échelle n’empêche pourtant pas la possibilité de planifier des quartiers comme Enskedefältet. Un seul maître d’ouvrage pourrait faire construire un quartier entier, avec des maisons types, dessinées par un seul architecte. A partir du moment où ces constructions sont sur des terrains indépendants et que le plan urbain laisse de la place au changement, elles peuvent être réaménagées ou transformées selon les besoins, voire même démolies ou remplacées et ce, indépendamment des propriétés avoisinantes. Une production à grande échelle ne doit pas empêcher un développement à petite échelle.

03(@Malter).jpgPar ailleurs, la comparaison entre la planification d'Arstafältet et celle de Enskedefältet soulèvent d’autres questions que celle de la diversité des fonctions et des apparences. La confrontation entre un environnement où chaque détail est planifié dès le départ et celui qui laisse s’exprimer une pluralité de volontés pose une autre question, plus importante et plus difficile : la ville se construit-elle à partir de la vie qu’elle engendre, ou est-elle la prescription du comment y vivre ? A Arstafältet, la réponse à cette question est d’une clarté désolante.

Johan Johansson | Arkitektur | Suède
01-11-2012
Adapté par : Marie Kraft

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