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Visite | Ricciotti, de la geôle au J4, le spectacle (12-06-2013)

Une expo, un film, une conférence de presse... Le spectacle est incessant. La Provence en a fait ses gros titres. Rudy Ricciotti en garde à vue. Scandale. Depuis, le MUCEM a été inauguré en grande pompe présidentielle.

Culture | Bâtiments Publics | Marseille | Rudy Ricciotti

«Rudy Ricciotti a donc été mis en examen pour travail dissimulé et recours au travail dissimulé, pour avoir embauché les ouvriers à son propre compte. Il est aussi poursuivi des chefs de construction et destruction sans permis, sur un site classé. Autant d'infractions pour lesquelles il a été soumis à un contrôle judiciaire», résume Romain Luongo, journaliste, dans les colonnes du quotidien régional*.

Une affaire qui tombe à pic. Le calendrier de l'homme de l'art était jusqu'alors seulement marqué par une série d'inaugurations médiatiques : une exposition à la Cité de l'Architecture à Paris, l'ouverture au public du MUCEM à Marseille. Les télés, les radios, les gazettes... Trop c'est trop ?

Au J4, à Marseille donc, plusieurs centaines de journalistes se l'arrachent. Rudy prend la pose, Ricciotti commente. Face caméras : «alors, j'ai une gueule de voleur de poules ?». Aux poulets de répondre.

En conférence de presse, de l'Affaire, il ne dira rien. L'homme se ronge les ongles, s'agace d'un micro capricieux. «Et merde !», lance-t-il. The show must go on.

02(@JPHH).jpgL'ascension du musée débute. Parade avec cour et courtisans (oups, une cohorte de journalistes). Au sommet, la terrasse, magnifique. Midi sonne, les pique-assiettes de tout acabit laissent libre le musée.

Une visite plus intimiste peut avoir lieu avec, en tête et en préalable, quelques critiques.

Schizophrène, le MUCEM. De loin, au sens propre comme au sens figuré, les plus sceptiques y verront un maniérisme néo-nouille. Les grandes colonnes de béton, organiques, n'ont rien à envier aux ossements métalliques des édicules Guimard du métro parisien.

Plus contrariant sans doute, la localisation même du MUCEM. Pourquoi ici, face au noble fort Saint-Jean ? Quel besoin de venir se greffer sur la géométrie militaire pour faire événement ? La faute, sans doute, à l'Etat plus qu'à l'architecte.

A l'entrée du Vieux Port, le MUCEM signale sa présence. Pour qui arrive en bateau, d'odieux murs rideaux ! Pourquoi donc cette façade anonyme en guise d'accueil ? Incompréhensible parti pris.

04(@JPHH)_S.jpgSchizophrène, le MUCEM, car, une fois à l'intérieur, le plus cynique détracteur oubliera ses griefs. La rampe, la rampe, encore la rampe. Dans les deux sens. Une inspiration géniale. Précisons qu'il est question, ici, d'architecture et seulement d'architecture.

Car du programme, il demeure aussi flou aujourd’hui qu’hier. Un musée. Quel musée ? Des Arts et Traditions Populaires, que restent-ils ? Marseille a son événement architectural, sa boîte magique, son aimant à touristes... Encore fallait-il le remplir.

Le transfert des ATP et leur reconversion en civilisations de l'Europe et de la Méditerranée ne lasse pas d'étonner. Le résultat est absurde. Temporaires ou permanente, les expositions relèvent du bricolage pédagogique mêlant objets et aphorismes. Passons.

Les chemins de l'architecture sont autrement plus séduisants. La rampe, surtout, la rampe. Un espace public, offert à tous, autour du musée. Les colonnes, la résille, les ombres, les reflets. Un spectacle enivrant.

La mission de l'architecture n'est sans doute pas de faire spectacle. L'époque en décide toutefois autrement. Faut-il s'y résoudre ? A défaut de programme, la déambulation et la découverte.

Aussi, du Panier, chaque Marseillais pourra dorénavant traverser le Fort Saint-Jean en empruntant les fac-similés du Pont du diable et rejoindre ainsi le MUCEM.

03(@JPHH)_S.jpgAu passage, il découvrira les aménagements des paysagistes APS qui redonnent au Fort son chemin de ronde. Paysage et points de vue sont mis en valeur, pourquoi donc les agrémenter de gesticulations de métal et d'acier Corten ? Machins et bidules, froissés, tressés, troués, perforés... Il manque au décor la vigne vierge en fonte néo-provençal. Quel ABF pour autoriser ça ?

Retour au MUCEM. La résille étonne encore et toujours. Avec l'heure, les atmosphères changent. Sur la rampe d'aucuns montent, descendent. L'expérience, enthousiasmante, prime toutefois sur la signification des lieux. Après tout, pourquoi ça, ici, maintenant ?

Le discours de François Hollande, retranscrit sur le site de l'Elysée dans une rhétorique fleurie, rappelle que «ce site - je le disais - est un symbole. C’est ici, pas loin d’ici, que les bateaux accostaient pour apporter les immigrations que j’évoquais tout à l’heure pour que le labeur humain puisse s’organiser ici».

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De symbole, celui d'une architecture contemporaine où l'expérience visuelle, auditive, chimique prévaut sur le tout. Rudy Ricciotti peut faire le kakou, le MUCEM n’a plus besoin de lui.

05(@JPHH)_S.jpgReste en suspens le mythe. Le prix. Le prix de l'expérience. Rudy Ricciotti et ses collaborateurs répètent à l'envi, y compris sur la vidéo présentée actuellement à la Cité de l'architecture que le MUCEM ne coûte pas plus qu'un immeuble de bureaux. Onze ATEX pourtant. Quelques 2.000 euros du m², assure-t-il. Ah bon ?

Le dossier presse, lui, donne deux chiffres. Un coût de construction, 102,42 millions d'euros et une surface, 15.700m². 6.523 euros/m²... Onéreux, l'immeuble de bureaux.

Un mensonge répété dix fois reste un mensonge. Répété dix mille fois, il peut, pourquoi pas, devenir vérité... Mais à quoi bon ce mensonge ?

In fine, le MUCEM ou Ricciotti, c’est la même chose. Face à lui, des reproches ? La séduction opère et désarme l’impétrant.

Jean-Philippe Hugron

* 'Marseille : Rudy Ricciotti mis en examen pour travail dissimulé', de Romain Luongo. La Provence, édition du 15 mai 2013

Réactions

Greg | architecte | rhone alpes | 12-06-2014 à 08:48:00

La rampe oui, mais qui débouche ou? dans le couloir des chiottes au lieu d'ouvrir de façon formidable sur l'espace public.. plus on la parcoure, moins le parcours est subtil et plus on sent que ca va mal se terminer. Un virage a 90° dans un bas couloir qu'on dirait arrière scène d'un théatre, obligation de transiter dans le hall..quelle déception.
L'autre critique c'est le dessin arbitraire sans génie ni intemporalité de la peau en ductal..n'est pas plasticien qui veut, et il eut mieux valu choisir un motif géométrique ( cf IMA) que des formes pseudo aléatoires qui seront démodées très vite.

les con seront heureux!! | forestier | var | 29-06-2013 à 12:59:00

mais quel bande de connard, si vous voulez du pratique et du vrai allez à la campagne ou en foret, mais barrez vous de la ville!!!
Ricciotti c'est le défendeur du sud face au bureaucrate parisiens. On vous amène un musée national vous rallez, on vous amène de l'art de la culture, vous donnée de la haine et du mépris.
Les vrais marseillais serais être fière, les connard comme vous jourrons les rabat joie jusqu'a ce que leur connerie les emporte au fond de la tombe.

boaffreville | sans | RHONE ALPES | 20-06-2013 à 18:05:00

Bonjour,
L'incompétence lié à une certaine laideur, des "coursives" sombre, froide de par les matériaux employés, et ne menant nulle part ailleurs qu'à l'endroit que l'on duquel on est parti, sans avoir rien vu, la carence des informations et parcours fléchés vont mener cette pseudo oeuvre d'art à la catastrophe financière. Le couronnement en sera les découvertes éventuelles des divers délits lesquels mettront en évidence certaines autres incompétences voire autre qualificatifs qui pourront parfaitement coiffer certaines autorités administratives n'est-ce pas?
Notre journée a été complètement gâchée par ces constatations désastreuses. Pauvre ville de MARSEILLE !

messire | 13-06-2013 à 09:36:00

très beau showroom lafarge!

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