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Costa Rica | L'entreprise, la norme et l'innovation (19-06-2013)

La révolution technologique au Costa Rica est née de l’esprit d’entreprise, de l’industrie de la construction et de la norme. Dans la revue costaricaine Habitar, Carlos Alvarez Guzman, architecte, ancien président du Collège des Architectes du Costa Rica, propose un riche exposé en trois volets. Le deuxième, publié en avril 2013 dans le n°80, revient sur «les étapes du développement moderne».

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LA REVOLUTION TECHNOLOGIQUE
Carlos Alvarez Guzman | Habitar

SAN JOSE - L'essor de l'industrie de la construction - et par là-même, sa phase de développement technologique - est postérieur à la Seconde République*. Il est tant le produit de nouvelles politiques que de la nationalisation du système financier. Il s'agissait de stimuler la production industrielle nationale et de créer le Collège Fédéré d'Ingénieurs et d'Architectes du Costa Rica.

Etapes de développement moderne

Pour l'historienne et architecte Ilena Vives, la modernité de l'architecture costaricaine se comprend en trois périodes importantes : La première, entre 1910 et 1924, correspond à deux importants séismes. Cette époque est marquée par une profonde révision des processus constructifs, par le développement technologique, ainsi que par les débuts de l'urbanisation du pays, conséquence de l'exode rural qui a généré, entre autres, le développement de la Valle Central.

Une seconde période, entre 1924 et 1940, est marquée par la mise en oeuvre de politiques d’assainissement urbain et social. D'importants chantiers sont menés, tous aux styles et aux langages architecturaux reconnus par les secteurs du pouvoir.

Une troisième période, entre 1940 et 1955, se caractérise par l'essor de la modernité comme langage proposé par les professionnels costaricains, ceux ayant étudié à l'étranger notamment. Les références au Mouvement Moderne, dénommé plus tard Style International, conduisent à la révision et à la transformation des typologies fonctionnelles comme à la volonté de venir à bout des nouvelles nécessités sociales d'un pays en constante transformation.

02(@Axxis10)_B.jpgBureaux, Sécurité Sociale costaricaineA cette époque, l'architecture est l'objet d'expérimentations tant à travers la transformation des techniques que des lois promouvant le financement et le développement de l'industrie nationale.

Par là même, de nouveaux corps de métier, formés à l'étranger, font leur entrée sur le marché national, popularisant schémas techniques et conceptuels appris dans nombre de pays.

Le Costa Rica entrait ainsi dans la modernité.

Enfin, les codes de la construction tentent de garantir la sécurité de tous, notamment le code sismique réalisé en 1972 lequel a eu pour conséquence l'usage généralisé du béton armé comme matériau privilégié. [...]

L'industrialisation de la construction

S'il est certain que la matière première pour moderniser l'industrie de la construction était rare, il existait toutefois de sérieuses tentatives pour atteindre une forme d'indépendance quant à l'importation des matériaux provenant, à l'époque, d'Angleterre, d'Allemagne, des Etats-Unis et du Japon.

A partir de cet objectif, des entreprises se sont consacrées à la production d'éléments de ciment pour la construction, tous de dimensions standardisées, permettant ainsi leur usage extensif.

Pionnier, l'ingénieur Lesmes Jiménez, avec son épouse Adela et plus tard avec ses fils, a créé l'entreprise qui fut, entre 1906 et 1947, la plus puissante du pays. Dans son usine, blocs et tubes de béton étaient produits et ce, jusqu'en 1936. D'autres éléments reproduisaient même la rugosité de la pierre ce qui, selon Carlos Altezor, créait une nouvelle typologie urbaine et suburbaine, caractéristique des pavillons avec jardin, porche, colonnes et balustrades. Ces éléments donnaient à l'ensemble un caractère classique conçu, lui aussi, par l'entreprise.

[...] A partir de 1936, une compagnie de construction routière s'est dotée d'un département technique pour la conception architecturale. Y travaillaient notamment Luis Llach et Francisco Gabriele en tant qu'architectes et Enrique Silva et Luis Meza en tant qu'ingénieurs. L’entreprise s'est alors convertie non pas en société de construction mais en industrie de production totale assurant conception et direction technique. [...]

Cette situation a engendré de fortes pressions sur le marché de la construction.

03(@AntonioSolera)_S.jpgElle a, par ailleurs, généré nombre d'opportunités en vue de professionnaliser le milieu de la construction, chacun ayant décidé de tenter sa chance pour intégrer cette nouvelle donne.

Parmi eux, Francisco Tenca. En 1906, l'homme s'est converti en représentant de différents fabricants italiens pour vendre des produits européens.

La diversité des finitions proposées sur le marché ne faisaient alors qu'augmenter. De nouveaux styles architecturaux étaient désormais possibles.

En 1910, Juan Monso et l'architecte Fernando Gabriele, d'origine italienne, ont élargi cette offre en se consacrant à l'importation de matériaux, de finitions et d'ornementations qui, selon eux, étaient du dernier cri en Europe.

A cette situation s'ajoute, en 1919, l'architecte Jose Francisco Salazar, parvenu à représenter quelques compagnies new-yorkaises de matériaux de construction. Plus tard, il s'unit à El Ingenio, entreprise de Francisco Jimenez Ortiz qui, en 1932, fabriquait des éléments de béton. L'architecte Jose Maria Barrantes en a fait de même avec l'entreprise d'Umberto Bertolini et plus tard, Agathon Lutz avec Luis Llach en consortium avec l'entreprise de Doña Adela, veuve de Jimenez, en vue de construire l'ensemble Mexico en 1930.

Ainsi allaient les choses. Architectes et visionnaires ont uni leurs efforts pour pouvoir être compétitifs sur un marché chaque fois plus exigeant mais surtout en plein essor. Par là même, les techniques constructives se sont développées. Toutes étaient promues par ces mêmes entreprises qui réussirent à créer une véritable industrie. Cette dernière, à partir d'un processus linéaire de production, de vente de produits, de fabrication de matériaux, a permis la constitution d'un modèle fordiste assurant la réduction des coûts ainsi qu'une offre importante.

Cependant, cette prospérité est affectée par la Seconde Guerre Mondiale et, vers 1946, des sacs de ciment sont importés des Etats-Unis, d'Europe et d'Amérique du sud, causant l'effondrement de vingt entreprises de construction.

Cette crise se reflète également dans l'approvisionnement de fer et de métal importés d'Angleterre et d'Allemagne, toutes deux en conflit, via l'entreprise Krupp qui, en 1928, fournissait le chantier de l'Eglise de Coronado.

S'ajoute à cette situation, à la fin des années 40, une crise politique au Costa Rica s'achevant en guerre civile. Ce n'est qu'après cette période que l'industrie de la construction s'est vue encouragée par une série de lois et d'investissement en vue de dynamiser le secteur.

04(@ArquiWHAT)_B.jpgCollège des architectes du Costa RicaEn ce sens, en juin 1948, le gouvernement de Jose Maria Figueres Ferrer a nationalisé le secteur bancaire afin de permettre la création de nouvelles entreprises. Il s'agissait à la fois d'investir dans l'industrie et de densifier la production nationale, en recherchant surtout l'indépendance, notamment face aux importations. [...] Un vaste programme de chantiers publics, dont l'objectif était de moderniser le pays, est alors lancé dans le même temps que nombre de programmes de logements sociaux. Au Costa Rica, le secteur de la construction débutait une nouvelle ère de prospérité qui allait durer jusqu'aux années 70.

Parallèlement, en novembre 1949, la Loi des Constructions était instituée. Elle normalisait et unifiait les critères techniques quant à l'usage des matériaux et réglementait le processus de construction et l'exercice professionnel.

[...] Dans les années 60, la situation financière du pays n'en était que plus consolidée ; la banque de développement portait ses fruits. Les principales entreprises de matériaux de construction ont été alors fondées, donnant ainsi au pays une certaine autonomie. [...]

Lois et règlements ont marqué la construction, l'échelle et la technologie

Pendant presque toute l'histoire coloniale et républicaine du Costa Rica, le thème des tremblements de terre a été la cause de législations successives élaborées par différents gouvernements. A travers lois, décrets, règlements et code, d'aucuns ont essayé de résoudre les problèmes causés par les épisodes sismiques. Cette législation est aujourd'hui encore en constante révision.

05(@Axxis10)_S.jpgLe XIXe siècle est marqué par les premières ébauches d'une codification et d'une norme. Elles avaient pour fin de garantir la vie humaine du mieux possible et ce, avec les paramètres technologiques disponibles.

Ainsi, le 22 octobre 1841, l'Orden XI avait pour ambition de définir la manière de construire. Ce document était destiné aux maçons et aux charpentiers qui étaient considérés alors comme maîtres d’oeuvre responsables de toute construction.

[…] Cet 'ordre' fut en vigueur jusqu'en 1865. Il est alors annulé par Francisco Morazán dans le but de légiférer à nouveau sur le thème de la construction. Il était, entre autres, interdit de construire des maisons le long de la rue publique. Elles devaient être robustes, constituées de poteaux solides, faites d'adobe ou de bahareque** bien aggloméré et devaient toutes prendre en considération la ventilation naturelle, la lumière et la sécheresse du sol.

Il fallut attendre 1910 pour qu'un nouveau code paraisse. La raison n'est autre que le tremblement de terre de Cartago. Cette nouvelle législation interdisait l'adobe et encourageait l'utilisation de matériaux plus légers et plus résistants. Les toits en tuile étaient également prohibés. Ils devaient être substitués par du métal, du fibrociment ou n'importe quel autre matériau recommandé par l'ingénieur municipal. L'usage du zinc, du bois et de toutes autres structures métalliques était favorisé.

Les effets de la loi de 1910 ont été ressentis jusqu'en 1972. Ce n'est qu'après le tremblement de terre du Nicaragua qu'est né le premier code sismique. Il est entré en vigueur en 1974.

Le code se fonde sur les premiers paramètres scientifiques et propose la manière de réaliser une construction qui puisse garantir la sécurité de tous et plus encore, qui puisse rester intact après un épisode sismique d'importance. Par la même, les constructions en béton armé étaient privilégiées, portant l'architecture à son étape de développement moderne comme l'illustre les édifices institutionnels de l'époque.

De nombreux ingénieurs ont participé à ce premier code, formant par la suite une commission permanente au Collège Fédéré des Ingénieurs et des Architectes du Costa Rica. Le nombre d’articles et de chapitres a, de fait, augmenté ; les principes structurels et la conception n'en ont été qu'améliorés.

06(@EricTGunther)_B.jpgAéroport de San JoséEn 2010, d'autres codes sont venus se greffer, comme l'Electrico, le NFPA ou encore de nouvelles lois comme Ambiente, 7600.

En résumé, l'innovation, en ce qui concerne matériaux et processus constructifs, ne vient pas seulement du développement industriel et technologique mais aussi des lois qui limitent l'exercice professionnel comme la portée des manifestations esthétiques que nous pouvions atteindre.

Carlos Alvarez Guzman | Habitar | Costa Rica
01-04-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Suite à une guerre civile et plusieurs tentatives de coups d’Etat, la seconde république prit forme définitive le 7 novembre 1949 avec l’accession au pouvoir d’Otilio Ulate Blanco, candidat élu, déchu, puis réhabilité de la désastreuse élection de 1948. Source : costa-rica.fr
** Il s’agit, peu ou prou, d’une technique de construction où des poutres de bois et/ou de bambou constituent la structure fondatrice du mur tandis que des lattes sont fixées de chaque côté de la paroi. Les intervalles sont ensuite remplis de boue mélangée à de la paille puis le mur est généralement enduit de boue. Des dictionnaires proposent parfois 'clayonnage' ou 'maison en bois tressé' (ndlr).

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