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Canada | Frank Gehry, sauveur de Toronto ? (19-06-2013)

Composé de trois tours, le projet de Frank Gehry pour ranimer l’artère principale de la ville de Toronto, au Canada, devrait devenir, si sa réalisation est actée, l’une de ses oeuvres les plus réussies. C’est du moins ce qu’écrit le critique Christopher Hume dans un article paru dans le quotidien canadien Toronto Star, le 5 juin 2013. De fait, Frank Gehry mettrait-il un soin tout particulier à concevoir pour sa ville natale ?  

Tours et gratte-ciel | Toronto | Frank Gehry

Contexte
Avec ce projet de réhabilitation d’un quartier de Toronto, s’il est réalisé, Frank Gehry n’en est pas à son coup d’essai dans cette ville de l’Ontario. Il a en effet livré en 2008 une extension de l’AGO (Art Gallery of Ontario), seul bâtiment à ce jour signé de l’architecte dans sa ville natale*.
Dans le Toronto Star daté du 13 novembre 2008, le journaliste Christopher Hume qualifiait déjà l’intervention de Frank Gehry à l’AGO de «chef d’oeuvre». En ce qui concerne le projet de King Street, il est question «d’icône architecturale majeure».
Est-ce à dire que le journaliste est un inconditionnel ou plus simplement que Toronto souffre d’architecture ?
En tout cas, selon le site dédié au projet (www. mirvishandgehrytoronto.com), «une synergie créative et puissante vise à transformer le quartier iconique de King Street. David Mirvish et Frank Gehry ont joint leurs forces pour créer une vision téméraire pour le 'corridor culturel' avec la création d’une nouvelle galerie publique et culturelle, des équipements éducatifs, résidentiels et des espaces de bureaux. Cette vision inspirée fera évoluer King Street en une communauté urbaine prospère et vivante, une belle adresse où s’installer ou expérimenter le meilleur de l’art, de la culture, du design et de la vie que peut offrir Toronto».
Si le projet est livré bien entendu.
EB

LE DERNIER PROJET DE FRANK GEHRY A TORONTO EST LE MEILEUR
Christopher Hume | Toronto Star

TORONTO - L’architecte superstar Frank Gehry, né et élevé à Toronto, ne se berce pas d’illusions à propos de sa ville natale. «Toronto s’est développée jusqu’à ressembler à n’importe quelle autre ville ratée», dit l'homme de l'art, âgé de 84 ans. Mais il a bien l’intention d’y remédier, précise-t-il. Et si David Mirvish obtient ce qu’il veut, l’architecte y parviendra.

L’impresario et bâtisseur David Mirvish a en effet l’intention de faire de Frank Gehry la star du plus gros 'spectacle' qu’il ait monté jusqu’à présent, c’est-à-dire la réhabilitation d’un bloc urbain au nord de King Street (traversant Toronto d’est en ouest, King Street est l'une des artères principales de la ville, ndt.).

Aujourd’hui, le site est occupé par des entrepôts datant du siècle dernier et par le théâtre Princess of Wales, que David Mirvish et Frank Gehry veulent remplacer par un extraordinaire ensemble qui contiendrait un trio de tours s’élevant depuis un podium en verre qu’ils appellent «le nuage».

02(@Mirvish-Gehry)_B.jpgLa première proposition, présentée en octobre 2012, portait sans conteste la patte Gehry ; comme attendu, des plans curvilignes rejoignaient le trottoir depuis un bâtiment qui semblait exploser au ralenti.

Le dernier projet, quoique tout aussi Gehryesque, explore un nouveau territoire architectural. Si la volonté de complexifier n’est pas moins évidente que dans le premier projet, cette deuxième proposition semble plus organique, intégrée et fluide.

En regardant attentivement les tours, de déceler quelque chose d’un ordre euclidien mais, pour l’essentiel, ces trois gratte-ciel - de 82, 84 et 86 niveaux - sont souples et asymétriques. 

Leurs surfaces ondulantes semblent se mouvoir vers l’extérieur et l’intérieur à un rythme à la fois urbain et idiosyncratique.

Ces tours forment un ensemble inégalé à Toronto ou même ailleurs. «Il est rare d’avoir trois bâtiments de cette échelle réunis», dit l’associé de Frank Gehry, Craig Webb. «C’est quelque chose que nous n’avons pas encore réalisé. Ces trois expressions individuelles émergent d’un podium qui a l’aspect d’un nuage. Nous ne voulons pas créer une autre tour de verre sombre ; nous voulons quelque chose de soyeux et de doux. Nous voulons de la légèreté».

Mais, de l’avis de la ville, les seuls sujets qui comptent sont la hauteur et le patrimoine. Les urbanistes veulent que chaque tour soit amputée d’au moins trente étages et que les entrepôts soient conservés sous une forme ou une autre. Alors que le présent projet continue d’ignorer ces demandes, Frank Gehry et Craig Webb admettent tous deux que la seconde itération est intéressante du point de vue de la ville.

«Nous avons réalisé différentes études», explique Frank Gehry. «Nous recherchons une manière d’exprimer le vieux Toronto sans faire de copier-coller. Faire un gratte-ciel n’est pas difficile, mais comment en faire un qui porte l’ADN de Toronto ? J’ai vécu non loin du site. Je me souviens des entrepôts. C’était une région industrielle où se tenaient les usines. Mais nous devons insuffler à l’endroit une nouvelle vie».

03(@Mirvish-Gehry).jpgLa dernière version du podium comprend des poutres en bois - horizontales, diagonales et verticales - comme autant de réminiscences des structures industrielles qui devraient être détruites afin de faire place au nouveau projet. 

A voir si les effets désirés par ce supplément de bois, quelle que soit notre affection pour ce matériau, seront réussis.

N’oublions pas qu’il y a deux types d’héritage : celui dont nous héritons et celui que nous transmettons. Les urbanistes de Toronto, ces garants des règles et des contraintes, n’ont pas encore compris que le projet de David Mirvish représente une opportunité qui n’advient qu’une fois dans la vie d’une ville. 

Ne devraient-ils pas mettre de côté leur liste de contrôle et faire tout ce qui est en leur pouvoir pour aider à réaliser ce projet ?

Les règles et les contraintes, bien sûr, sont faites pour êtres enfreintes. En fait, le problème n’est pas tant d’enfreindre les règles que de les enfreindre pour les mauvaises raisons. Cette fois-ci, la hauteur et la question du patrimoine sont surpassées par la possibilité de gagner une icône architecturale majeure, la première de Toronto au XXIe siècle.

Frank Gehry parle de concevoir «la quintessence du bâtiment torontois». Il est probablement le seul architecte vivant qui pourrait y arriver. Il est en tout cas l’un des rares que l’on veut voir essayer. Quintessentiel ou pas, le résultat serait définitif.

Christopher Hume | Toronto Star | Canada
05-06-2013
Adapté par : Emmanuelle Borne

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