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Visite | Tangram, désormais maître du jeu ? (26-06-2013)

Tangram, un nom familièrement méconnu. Pour ses associés, Emmanuel Dujardin et Christopher Green, deux projets emblématiques : l’un dans l’ombre de Norman Foster et de Michel Desvigne sur le Vieux-Port, l’autre dans les pas de Frank Gehry à la fondation Luma en Arles. L’Hôtel-Dieu à Marseille, livré en 2013, marque cependant une «transformation» de l’agence marseillaise.

Reconversion | Commerces et hôtels | Marseille

Retour à Marseille. Qui pour s’en lasser ? Depuis les bateaux en direction de la Pointe Rouge, de l’Estaque et des Iles du Frioul, comme depuis les 'traîne-couillons' de retour des Calanques, les bras levés, appareil dans les mains, d’aucuns s’étonnent, sur le J4, de la résille de béton. «C’est bien le MUCEM ? Au fait, y’a quoi dedans ?». La phrase est récurrente.

A quelques mètres, face au Vieux-Port, les arcades de l’Hôtel-Dieu. L’appareil, toujours en l’air. Clic clac. L’ancien hospice est immortalisé.

Depuis peu, l’édifice, classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, a été restauré, réhabilité et transformé. Pour ce faire, trois agences : Anthony Béchu, Tangram et Jean-Philippe Nuel, ce dernier ayant supervisé l’architecture intérieure.

Aux deux autres, la restructuration de l’Hôtel-Dieu. «Nous avons travaillé à 50/50. Lui, grâce à son diplôme d’architecte du patrimoine et en tant que mandataire sur la restauration, nous plutôt sur la mise au point du programme à l’intérieur», précise au Courrier Emmanuel Dujardin, qui mène la visite et s’exprime au nom de l’agence.

02(@DR).jpg«Anthony Béchu est venu nous chercher», poursuit-il. L’occasion était idéale, pour l’agence marseillaise, de parfaire ses connaissances tant sur le patrimoine que sur la conception hôtelière.

Tangram, à son habitude, est plutôt une agence de l’ombre, travaillant à l’exécution de plans conçus par quelques starchitectes incontournables. Parmi eux, Frank Gehry, Norman Foster ou encore Tadao Ando. La collaboration avec Anthony Béchu augure, quant à elle, de nouveaux horizons.

«Nous voulons désormais mener à bien nos propres réflexions, nous sommes en phase de transformation», souligne Emmanuel Dujardin. L’Hôtel-Dieu signe cette émancipation.

Tangram est né du rachat de l’agence d’Alain Amédéo. «Quand je suis rentré, il y a quinze ans à l’agence, nous étions douze. Quand nous l’avons rachetée, nous étions trente-cinq. Aujourd’hui, nous sommes plus de soixante-dix», note l’associé.

03(@DR).jpgEt dans tout ça, l’Hôtel Dieu ? «Un enseignement ! Nous sommes, malgré tout, une jeune agence. Aujourd’hui, nous pouvons partager cette référence», assure Emmanuel Dujardin.

Parmi les défis proposés par l’ambitieux projet hôtelier, le détail - l’exigence d’un cinq étoiles - et le contexte historique - «un casse-tête» -.

En tout et pour tout, 194 chambres. Pour équilibrer l’opération, 85 logements, conçus par les deux agences, ont été créés à l’arrière. «Quand la ville a dit vouloir transformer l’Hôtel-Dieu en palace, certains se sont insurgés contre le fait de donner aux 'riches' un élément fort du patrimoine marseillais», se souvient Emmanuel Dujardin.

In fine, «le projet a été porté sans grosse polémique», poursuit-il. Aujourd’hui, il est un des symboles du renouveau de la ville.

Sur place, les abords laissent encore à désirer. L’ancienne grille agrémente, tel un objet d’exposition, une pelouse. L’ensemble prend davantage les atours d’une aire de repos le long de l’autoroute que d’une place urbaine.

L’architecte s’en excuse. Marseille 2013 est en cause, obligeant les promoteurs du projet à ne pas réaliser de travaux pendant les festivités. Aussi, les aménagements ont-ils été remis à plus tard, avec la crainte, sans doute, que le provisoire ne dure.

04(@Voinot)_S.jpgDevant l’Hôtel, l’architecte est intarissable sur les détails d’un édifice conçu par Jacques Hardouin Mansart, petit-fils de Jules Hardouin Mansart, complété plus tard par l’architecte Esprit-Joseph Brun, puis par les architectes Blanchet et Nolau au XIXe siècle.

Ce qui, de loin, parait uniforme et harmonieux n’est en fait qu’une composition en deux temps. L’ambition classique était, en 1766, de réaliser un plan en H à l’image des Invalides. Impossible. La géographie du Panier est trop accidentée pour une telle ambition. Une seule aile a donc été érigée.

Complété au XIXe siècle dans le même style, l’édifice présente alors une symétrie parfaite. Toutefois, le matériau n’est pas le même. La partie en pierre de la Couronne construite au XVIIIe siècle est complétée par les constructions du XIXe siècle en pierre de Fontvieille, toute aussi blonde. Le contraste est saisissant pour qui découvre soudain le détail à peine perceptible.

Anthony Béchu, avec le soutien de la DRAC, a remis en couleur l’édifice comme à son origine. Dallages et ferronneries ont également été restaurés.

La distribution de l’édifice, quant à elle, n’a pas été reconstituée. L’hôpital, qui occupait les lieux il y a encore vingt ans, s’étendait sur l’ensemble du bâtiment. Des niveaux intermédiaires avaient même été au fil du temps ajoutés. «Nous les avons démolis pour les recréer», note Emmanuel Dujardin.

Reste l’un «des grands principes» de l’opération, l’inversement des circulations. Les grandes arcades scandaient jusqu’alors les coursives de l’hôpital. Elles abritent aujourd’hui les terrasses de quelques chambres. Prestige de la vue. Côté cour, des chambres, certes, mais aussi des couloirs.

05(@EricCuvillier)_S.jpgLes aménagements intérieurs ont fait l’objet d’un concours. «Aucun participant n’avait alors saisi ce qu’était une intervention au sein de l’Hôtel-Dieu. Marseille se résumait à la mer, au poisson et à la lavande. Avec Anthony Béchu, nous avions mis en place des thèmes, dont celui du 'mur habité'. Nous avons enfin décidé de contacter Jean-Philippe Nuel qui travaillait alors sur l’aménagement des chambres de l’ancien Palais de Justice de Nantes», se souvient Emmanuel Dujardin.

L’architecte d’intérieur accepte, quand bien même son agenda est complet. Il opte finalement pour un parti en harmonie avec la ville, en noir et blanc. En noir et blanc, comme la Bonne mère. En noir et blanc, comme la Major.

Et d’aucuns, depuis la suite présidentielle, de rêver et d’observer le ballet incessant des bateaux, des curieux les bras levés.

Clic clac.

Jean-Philippe Hugron

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