Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Hérault Arnod Architectes ranime en musique la mine d'Oignies (26-06-2013)

Isabel Hérault et Yves Arnod poursuivent la reconversion de la fosse 9/9bis à Oignies (62), vingt-trois ans après sa fermeture. Ayant remporté en 2005 le concours de requalification de ce patrimoine minier préservé, les architectes proposent un projet conçu autour de la musique. Si d’anciens bâtiments trouvent à s’exprimer encore, un nouvel ouvrage - le Métaphone - devrait chanter.

Reconversion | Culture | Bâtiments Publics | Pas-de-Calais | Hérault Arnod Architectes

Creusée à Oignies (62) après la première guerre mondiale, la fosse 9/9bis est une ancienne mine de charbon du bassin minier Nord-Pas-de-Calais. Fermée en 1990, ses bâtiments furent classés monuments historiques quatre ans plus tard. Ayant remporté, en 2005, le concours de requalification de cette fosse préservée, Isabel Hérault et Yves Arnod ont conçu un projet articulé autour de la musique.

Depuis l’autoroute A1 Lille-Paris, ayant traversé un vallon verdoyant puis dépassé le terril 110, de découvrir sans transition «le premier bâtiment musical au monde» dans le carreau de la fosse 9/9bis à Oignies, à dix kilomètres de Lens. L’entrée du site, historiquement située à coté de l’ancienne cité minière, a en effet été déplacée par l’architecte et paysagiste Pierre Déat, responsable du volet aménagement paysager du projet, de façon à ce que le Métaphone devienne le point d’orgue de la zone.

La mine de charbon 9/9bis d’Oignies fut creusée dans le cadre des mesures de redressement économique mises en oeuvre après la Grande Guerre. Mise en activité en août 1933, elle fut fermée en 1990, laissant une population entière au chômage. Grâce à l’implication de l’Association pour la création du centre de culture scientifique et technique d’Oignies sur les sécurités industrielles (ACCCUSTO SECI), le site fut conservé et même classé 'Monument historique' en 1994*.

02(@Altimage)_B.jpgLa fosse 9/9bis fait partie du Bassin minier Nord-Pas-de-Calais inscrit au 'Paysage culturel évolutif' du patrimoine mondial de l’UNESCO** et représente l’un des 'Grands projets structurants' de la Mission Bassin Minier Nord-Pas-de-Calais***. 

Propriétaire du site depuis 2003, la Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin (CAHC) souhaitait valoriser un patrimoine chargé d’Histoire.

Lancé en deux temps par la CAHC, le concours pour la valorisation du site a permis dans un premier temps de définir un cahier des charges puis, en 2005, le concours pour la conception du projet détaillé à proprement parler fut remporté par Hérault Arnod Architectes.

Isabel Hérault et Yves Arnod ont choisi d’articuler leur projet autour de la musique, «très importante dans les traditions de la région, notamment sous forme de fanfares», précisait Isabel Hérault lors d’une visite de presse le 18 juin 2013. Une manière d’interpréter le bruit des machines et des voix des mineurs d’antan.

L’opération comprend le réaménagement des anciens bâtiments industriels, c’est-à-dire la salle des machines, les bâtiments administratifs, la salle des pendus et les chevalements, ainsi que la création du Métaphone, l’une des premières livraisons du site, inauguré la dernière semaine de juin 2013.

«Nous conserverons tous les bâtiments existants en les respectant totalement. Nous voulons faire les choses simplement et les refaire proprement. Les opérations contemporaines seront néanmoins bien distinguables et réversibles», souligne Isabel Hérault.

En 2015, les visiteurs seront accueillis dans l’ancien bâtiment des machines dont les façades et les toitures furent restaurées sous la direction de l’architecte en chef des monuments historiques Lionel Dubois en 2006. Hérault Arnod Architectes procèdera d’ici là à son aménagement.

03(@AndreMorin).jpgA l’intérieur, le hall d’entrée sera composé de la salle des ventilateurs, auquel succèderont un café-concert et une salle d’expositions temporaires située dans les anciennes salles des transformateurs. Le premier étage, composé des salles réservées aux machines d’extraction n°9 et 9 bis, de la salle des convertisseurs, du couloir électrique et de la salle de compresseur, sera dédié à un parcours patrimonial.

En attendant ces transformations, tout est conservé à l’état d’origine ; les machines sont posées sur le sol en briques polies, les portes en verre sont couvertes d’une épaisse couche de poussière. Bref, la salle des machines est chargée d’histoire, pour le visiteur d’un jour autant que pour les connaisseurs. Isabel Hérault et Yves Arnod visent ainsi à intervenir le plus discrètement possible, en conservant la mémoire du lieu, où des anciens mineurs, nostalgiques, viennent régulièrement «contrôler l’état des machines».

«Le site 9/9bis est le seul de la région où les machines seront conservées dans leur position d’époque», précise Isabel Hérault. «Nous voulons maintenir l’ambiance à l’état d’origine». Outre les machines pour évoquer l’histoire du lieu, des informations plus précises, sous forme de «discrètes écritures», composeront la scénographie conçue par le graphiste Gérard Plénacoste. «Nous n’utiliserons pas des panneaux car ils sont trop imposants», précise l’architecte. Les espaces seront connectés les uns aux autres par une passerelle accessible aux handicapés.

04(@AndreMorin).jpg«En plus du bâtiment des machines, nous avions également conçu un projet pour les deux chevalements mais les opérations ont été interrompues à cause de risques d’effondrement», poursuit Isabel Hérault. «Ces bâtiments seront tout de même impliqués dans l’opération générale avec leur parvis commun servant à accueillir des concerts».

Alors que la salle des machines et les chevalements témoigneront de l’histoire du site, la salle des douches sera réservée à des événements contemporains.

Cette 'salle des pendus', nommée ainsi en raison des crochets installés environ quatre mètres au-dessus des têtes destinés aux vêtements des mineurs, évitant ainsi non seulement les vols mais également d’encombrer les sols, fut dédoublée en longueur durant les années '60.

«Les crochets et les douches seront déplacés dans la partie plus ancienne du bâtiment et l’espace restant sera utilisé pour les salles de répétition de musique», explique l’architecte. «Nous voulons certes préserver l’histoire du site mais aussi l’utiliser pour des fonctions contemporaines». Isabel Hérault et Yves Arnod ont souhaité que tous les éléments neufs soient «distinguables et réversible». Ainsi, plutôt que cloisonner ou refaçonner l’espace, les architectes vont y aménager «des meubles» qui contiendront les nouvelles salles.

L’intention des architectes d’intégrer harmonieusement le contemporain à l’ancien se manifeste dans l’un des bâtiments administratifs, le BT01, réaménagé en 2009.

05(@AndreMorin).jpgIci, une nouvelle structure en inox poli forme un porte-à-faux au-dessus de l’ancien bâtiment, dont les vieilles briques se reflètent dans le matériau réfléchissant. A l’intérieur, la construction accueille des bureaux.

A terme, l’ensemble des anciennes constructions administratives accueillera des équipements liés à la pratique musicale aussi bien que les bureaux de la Télévision de l’Agglomération Hénin Carvin (ILTV).

Enfin mais non des moindres, pour compléter la nouvelle vocation musicale du site, l’agence Hérault Arnod a enrichi l’existant d’un bâtiment neuf 'à écouter autant qu’à regarder' : le Métaphone.

«Le Métaphone est un instrument de musique urbaine», assure Isabel Hérault. «Sa fonction n’est pas limitée à accueillir de la musique mais également à en produire». Ce bâtiment de cinquante-trois mètres de long est composé d’un volume en béton noir enveloppé par une structure en acier qui se prolonge sous forme de porche au-dessus de l’entrée. Sous le toit équipé de panneaux photovoltaïques, une salle de concerts peut accueillir 500 personnes assises et jusqu’à 1.000 personnes en configuration assis / debout. Emergeant à l’extérieur du bâtiment, en «continuation de la salle», une boîte rouge contient la régie des sons.

06(@AndreMorin)_S.jpgMais le clou du spectacle est ailleurs. Recouverte de panneaux en Corten, en verre clair, en verre opale et en mélèze, la façade du Métaphone est, selon Isabel Hérault, un «véritable instrument de musique». En clair, grâce à une savante installation sonore, le Métaphone chante.

Composant ses façades ouest et est, vingt-trois panneaux contiennent quatre moteurs audio pilotés depuis la régie. Par ailleurs, douze instruments de musique sont répartis à l’intérieur des façades et produiront un son continu. Se fier aux explications - hésitantes - d’Isabel Hérault et Louis Dandrel, journaliste, designer sonore et musicien car, lors de la visite de presse, les équipements sont restés muets.

Alors que la requalification de la fosse 9/9bis redonnera son souffle au site en lui conférant un nouveau rôle lié à la musique, la vocation du Métaphone est encore à voir... et surtout à entendre, sinon écouter.

Caterina Grosso

* Sur ce site classé, les chevalements et le bâtiment des machines sont classés monuments historiques, la salle des pendus et les bâtiments administratifs ne sont qu’inscrits monuments historiques
** Les 'paysages culturels évolutifs' sont, au sens de la terminologie de l'UNESCO, «des paysages représentatifs d'une région du monde. Oeuvres conjuguées de l'être humain et de la nature, ils expriment une longue et intime relation des peuples avec leur environnement»
*** La Mission Bassin Minier Nord-Pas-de-Calais est une association loi 1901 fondée en 2000 ; elle est un outil d’ingénierie, de développement et d’aménagement du territoire. Selon le site web www.missionbassinminier.org, elle est présidée par Gilbert Rolos, conseiller régional et vice-président de la Communaupole de Lens-Liévin. Une équipe composée de dix-huit personnes intervient sur les chantiers du territoire en s’organisant autour de trois pôles : 'observation-prospective', 'programmation-partenariats' et 'urbanisme opérationnel'.

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de DVVD

2018 est dans la continuité des années précédentes avec le démarrage de plusieurs chantiers : la couverture du central de Roland Garros, l’hôtel Meininger Porte de Vincennes, le cinéma MK2 Nation,...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de NBJ

En 2018, l’agence poursuit ses engagements multiples. Quelques concours perdus comme le groupe scolaire de Montpellier ou le projet Ville Port de La Grande Motte qui a été l’occasion d’une belle collaboration avec...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Bernard Desmoulin

Mes amis Pline, Cicéron, Tacite, César, Horace, Virgile, Aristote, Xénophon et Homère se joignent à moi pour souhaiter au Courrier de l’Architecte une digne année 2019. Bernard Desmoulin[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de NeM

NeM vous présente deux projets : la collection d’art africain de la Congrégation du Saint-Esprit et le Siège de WWF France.[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de OUALALOU + CHOI

2018. Un point tournant dans la trajectoire de l’agence OUALALOU + CHOI avec l’arrivée et avancement de plusieurs beaux projets en France, à vous dévoiler prochainement. Pourtant nos aventures architecturales et...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de B/NT

A Paris, à Vienne, à Toulouse...et même à Versailles. [Lire la suite]