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Iran | Le gros bazar du Prix Aga Khan (03-07-2013)

Marco Polo y faisait son shopping. Aujourd'hui, ayatollahs et pro-Khomeini y discutent à l'ombre des voûtes de briques. Le ton est léger. Green Prophet, site Internet présentant des informations concernant le développement durable au Moyen-Orient, revient, le 23 mai 2013, via la plume de Laurie Balbo, sur l'un des projets en lice pour le prix Aga Khan 2013 : le bazar de Tabriz.

Divers | Iran

Contexte
Les collines aux roches ferrugineuses dominent Tabriz, capitale de l’Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l'Iran. Tours et barres grignotent désormais les franges d'une métropole abritant plus d'un million d'habitants.
Parmi les symboles de la ville : le Maqbaratoshoara. En d'autres termes, le mausolée des poètes. La spectaculaire structure de béton érigée au milieu des années '70 tente de réinterpréter les codes de l'architecture islamique.
Depuis, la ville s'est modernisée, cédant aux archétypes de l'Occident. Aussi, les gratte-ciel se multiplient et scandent l'horizon. Depuis 2010, l'ancien bazar, reconstruit au XVIIIe siècle après un tremblement de terre, compte parmi les monuments classés au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.
La fondation Aga Khan, cherchant à «identifier et à encourager la construction d’édifices qui répondent avec brio aux besoins et aspirations de communautés où la présence musulmane est significative», a présenté le 30 avril 2013 une liste de projets en lice pour le prix 2013.
Parmi eux, deux projets iraniens : le premier est un ensemble de logements résolument contemporains conçus à Téhéran par AbCT - Architecture by Collective Terrain, agence coréenne ayant ses bureaux à Séoul ; le second, enfin, n'est autre que la restauration du bazar de Tabriz, menée de front par les bazariis avec les autorités locales et nationales. Le jury du prix Aga Khan y voit un exemple de coopération entre acteurs de tous niveaux, alliant l'ambition publique de grande échelle aux initiatives privées et particulières.
JPhH

DES ARCHITECTES EMBRASSENT L'HISTOIRE DE L'IRAN AU BAZAR DE TABRIZ
Laurie Balbo | Green Prophet

En suivant la direction du coeur des villes du Moyen-Orient, d’aucuns trouvent près d’un centre animé, commercial, habituellement à l’ombre d’une importante mosquée, le bazar. Un bazar iranien avec une incroyable histoire (Marco Polo y faisait affaire) pourrait même gagner le prix Aga Khan en 2013.

A l’origine composé de structures reliées entre elles par de labyrinthiques couloirs et de vastes espaces intérieurs, le bazar de Tabriz est à la fois simple et complexe. Des siècles durant, coins et recoins ont été le lieu d’échanges commerciaux mais aussi de rencontres sociales, voire politiques.

Peut-être avez-vous vu les plus grands bazars du monde ? A Istanbul, le labyrinthe du Grand Bazar est, avec ses 15 millions de chalands annuels, le site le plus visité d’Europe ; Khan el Khalil, au Caire, qui avait la mainmise sur le commerce des épices au Moyen Age, incita Christophe Colomb à prendre le large ; le Grand Bazar de Téhéran où les bazariis (propriétaires de boutiques) conservateurs et pro-Khomeini aident au financement de la révolution islamique.

02(@AKAA-AmirAnoushfar)_S.jpgEn quoi Tabriz se démarque ?

Le bazar historique de Tabriz a été le berceau d'échanges culturels et commerciaux des siècles durant. Et pour cause, il est en plein coeur de la route de la soie. L'explorateur marocain Ibn Battûta a visité l'endroit et s'est extasié devant les esclaves créant des bijoux destinés aux femmes des riches Turcs. Marco Polo était un client régulier.

Tabriz est une ville ancienne dont les origines remontent à l'âge de bronze. Elle est la capitale de la province iranienne de l’Azerbaïdjan oriental. Son histoire est fascinante : base militaire importante au IXe siècle, par deux fois capitale d'Azarbin, elle est devenue le 'spot' incontournable des artistes et des philosophes au XIVe siècle.

Vers 1600, l'artisanat s'est développé et diversifié (tissus, métallurgie, armes, cuir, savon) ; le commerce n'en a été que plus étendu.

La ville a connu des moments difficiles. Tamerlan l'a mise à sac, puis au tour des Iraniens, des Ottomans et des Russes. Même Mère Nature a fait des siennes, avec notamment tremblements de terre et inondations. Malgré tout, le bazar est resté un centre commercial et économique tant à Tabriz que dans tout le nord-ouest de l'Iran.

03(@DR)_B.jpgL'ensemble porte les cicatrices de l'Histoire. Sa dernière reconstruction fait suite à un tremblement de terre dévastateur en 1780.

En 1975, le bazar est officiellement protégé par l'Organisation Iranienne du Patrimoine Culturel, de l'Artisanat et du Tourisme qui supervise la protection des monuments. Les occupants du site ont alors entrepris une réhabilitation mineure grâce à une politique intelligente de subventions et d'exonérations fiscales. En 2010, le complexe a été intégré à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

La structure en brique, spectaculaire, couvre sur 67 hectares presque 6,5 kilomètres de boutiques et de 'sous-bazar' aux produits spécifiques comme l'or, les tapis, les chaussures ou la nourriture. Les lieux accueillent également les fêtes Islamiques, comme le jour de l'Achoura où les marchands cessent toute activité commerciale pendant dix jours. Le bazar abrite alors des cérémonies religieuses.

Il est de plus en plus rare au Moyen-Orient que le développement urbain passe par le patrimoine en tant que catalyseur. Plutôt que d'abandonner le bazar pour y construire un marché moderne ou d'en faire un usage mixte, une «lifestyle destination», les occupants ont préféré offrir au bazar de Tabriz une cure de jouvence en préservant son histoire.

04(@AKAA-AmirAnoushfar)_B.jpgL'ensemble qui s'est développé au cours des siècles reste ainsi fidèle à sa fonction de base, à savoir un complexe économique, social, politique et religieux où activités et cultures sont intégrées dans un cadre de vie unique. Bravo à ce projet donc pour avoir su maintenir le riche passé de l'Iran.

Laurie Balbo | Green Prophet
23-05-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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