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Présentation | De la 'naturalité' au «manifeste», par Régis Botta (10-07-2013)

«J’ai conçu cet appartement comme un objet d’architecture, un 'manifeste' de mon esthétique», explique Régis Botta à propos d’un logement de 200m² livré au printemps 2013 dans le XVe arrondissement de Paris. «Il s’agit d’une réinterprétation des codes de l’appartement parisien à travers le filtre de la naturalité», précise le jeune architecte. Notice.

Notice Architecturale | Architecture intérieure | 75015 | Régis Botta

Contextualisation

Dans l’imagerie collective, l’appartement parisien évoque les parquets, les moulures et les miroirs. J’ai réinterprété ces thèmes et j’ai souhaité mettre en forme de manière épurée et contemporaine la notion de 'chic parisien'.

La demande des clients

M. et Mme W. souhaitaient «de la nature» dans leur appartement. J’ai répondu à cette demande en introduisant la notion de naturalité, c’est-à-dire le caractère de ce qui est à l’état de nature, qui n’a pas été conçu ou travaillé par la main de l’homme.

Concept

Il s’agit donc d’une réinterprétation des codes de l’appartement parisien à travers le filtre de la naturalité. Dans la première étape de l’étude, un maillage régulateur orthogonal est mis en place dans l’appartement pour rationaliser les espaces et y intégrer la structure du bâtiment. Un poteau existant hors trame et décalé par rapport aux autres poteaux permet d’introduire le concept de naturalité.

J’ai admis de manière abstraite que ce poteau contraignant était un élément issu de la nature et non conçu par l’homme. J’ai ainsi déformé mon premier maillage orthogonal pour y intégrer ce poteau existant.

La déformation produite évoque subtilement des formes issues de la nature : ailes d’insectes, nervures végétales, etc. Le maillage ainsi déformé devient l’élément fondateur du projet. Ce maillage, par le jeu de la projection sol / plafond, devient un exosquelette qui construit et structure l’espace. Au sol, il est matérialisé en parquet à la manière d’une grande marqueterie. Au plafond, il devient 'moulures' lumineuses.

02(@LucBoegly)_B.jpgTonalité

La monochromie est la seule expression décorative. Pour moi, elle n’est pas synonyme de monotonie. Au contraire, elle devient très riche et subtile lorsque la tonalité est juste. Elle crée une atmosphère à la manière d’un parfum.

Matières

Il y a une rationalisation maximale des matières. Ma quête de justesse passe par la rigueur dans le choix des matières utilisées ; chaque matière doit avoir une application précise et justifiée.

Ainsi, un parquet en chêne massif est mis en oeuvre telle une marqueterie sur l’ensemble des sols des zones sèches. Chacune des lames est réalisée sur mesure pour que les seules découpes visibles soient créées par le grand maillage.

Une quartzite brute, pierre servant à réaliser les pavés parisiens, est utilisée pour les sols et les murs des zones humides. Elle est polie pour le plan de travail de la cuisine et son ilot ainsi que pour les plans vasques des trois salles de bains.

Une luxueuse laque texturée (de l’atelier Martin Berger) sert pour les agencements des espaces principaux, notamment les bibliothèques. J’ai travaillé le contraste entre l’étagère, élément de base de l’agencement, utilisée dans sa forme la plus simple, et cette matière très sophistiquée qui lui est appliquée.

Par ailleurs, sont mis en oeuvre une laque mate pour l’ensemble des agencements dits fonctionnels (dressing, cuisine, etc.), un cuir pour gainer le bureau, les assises intégrées et les deux pupitres du grand dressing de la suite parentale, de l’inox brossé pour tous les éléments métalliques (robinetterie, serrurerie, etc.), des miroirs extra-clairs pour créer des effets de perspectives et des échappées visuelles.

Enfin, un rideau végétal en Tillandsia est positionné au niveau du bow-window. Cette plante également appelée 'fille de l’air' a pour particularité, entre autres, de ne pas avoir de racines et d’avoir une teinte argentée très proche de la tonalité générale de l’appartement. Par la mise en place de cette nuée végétale, j’ai souhaité réinterpréter le bow-window qui, dans les appartements, est le lieu traditionnellement dédié au vivant.

03(@LucBoegly)_B.jpgLumière

Le maillage perfore le plafond en staff. Il en résulte un réseau lumineux sur variation qui éclaire l’ensemble de l’espace. La lumière ainsi sculptée participe à la construction de l’espace. Trois 'écailles' disparaissent dans le plafond pour différencier trois espaces : l’entrée, le foyer et la cuisine. Quant à la lumière naturelle, elle est filtrée par des stores encastrés, sinon sculptée à l’image de la suite parentale où trois prismes lumineux jalonnent le parcours.

Technique

Outre la mise en place d’un important système d’isolation phonique vis-à-vis des tiers en sol et en plafond, j’ai procédé à la mise en place de plinthes encastrées pour assurer la perfection des alignements et de l’effet de projection sol / plafond. Sans oublier la mise en place de murs chauffants.

Par ailleurs, l’éclairage est intégré au plafond via des gorges, une grande paroi coulissante permet de diviser le séjour et de créer une suite pour invités, deux parois coulissantes permettent de privatiser le bloc de service au centre de l’appartement. Ce bloc contient l’espace lingerie, de nombreux rangements et la centrale d’aspiration.

04(@LucBoegly)_B.jpgDeux parois coulissantes permettent de multiplier les configurations de la suite parentale, qui est constituée d’un couloir dressing, d’une zone lit / bibliothèque, de toilettes et d’une grande salle de bains.

Enfin, j’ai procédé à la mise en place de double-stores automatisés, au niveau de chacune des fenêtres, stores constitués d’un filtre solaire et d’un occultant.

Bref, ce projet intègre des procédés innovants afin de ne pas seulement réinterpréter des codes esthétiques mais également des principes techniques. Ceci a été rendu possible grâce à la qualité des différents intervenants qui ont oeuvré pour la réalisation de ce projet.

Régis Botta

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