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Colombie | Incrédulité et violence, le passé de Guayaquil (28-08-2013)

Les centres-villes des grandes agglomérations sud-américaines sont, bien souvent, déshérités de toute attention. Aujourd’hui, la tendance semble toutefois s’inverser, au risque, peut-être d’une gentrification prochaine. Pour l’heure, l’embellie suscite les louanges. Aussi, le quotidien colombien El País, dans un article signé de la rédaction, est revenu le 10 avril 2013 avec l’architecte Douglas Dreher sur la revitalisation du centre de Guayaquil.

Urbanisme et aménagement du territoire | Colombie | Douglas Dreher

Contexte
Les Farallones de Cali. Le relief domine la vallée du Cauca et la ville de Santiago de Cali, communément appelée Cali. Troisième ville de Colombie, à quelques 450km au sud ouest de Bogota, l’agglomération ne compte pas moins de 2,5 millions d’habitants... environ. Comme dans nombre de villes sud-américaines, le centre souffre d’une sur-spécialisation tertiaire et la banlieue se fait tentaculaire.
De l’autre côté de la frontière, en Equateur, la ville de Guayaquil, de taille et d’importance similaire, a su, en une décennie, se transformer en une destination touristique. Le fait est suffisamment exceptionnel pour qu’il fasse désormais exemple.
Outre la transformation physique, l’architecte équatorien Douglas Dreher évoque la naissance d’un sentiment d’appartenance nouveau à Guayaquil.
Pour les lecteurs colombiens d’El País, la perspective d’un tel changement est séduisante. Pour d’autres, elle parait peu vraisemblable : «Il n’y a aucun sentiment d’appartenance à Cali, notamment parce que nombre de gens arrivent du Pacifique ; la ville ne leur importe donc pas», réagit l’un des lecteurs dénonçant, outre les narcotrafiquants, les narcomessagers, les narcopolitiques, les narcobordels...
Aux dernières nouvelles, les habitants de Cali militent contre les nids de poules, pestent contre le manque de feux tricolores, dénoncent les nouvelles décharges publiques illégales, tentent de maintenir propres, tant bien que mal, les espaces verts de la ville... et que dire des 36.000 familles venues s’installer en toute illégalité sur les hauteurs de la ville ? Ainsi va la ville en Colombie.
JPhH

L’ARCHITECTE QUI A CHANGE LA FACE DE GUAYAQUIL EVOQUE MAINTENANT CALI

CALI - Douglas Dreher, architecte spécialiste en régénération urbaine, évoque la manière dont Guayaquil a retrouvé son centre-ville ; un processus similaire est aujourd’hui en cours à Cali.

Guayaquilène, de père italien, l’expression rapide, passionné quand il aborde la manière dont les villes croissent et se transforment, Douglas Dreher, architecte de 39 ans, qui a participé au processus de régénération urbaine du centre de Guayaquil (Equateur), raconte aujourd’hui que ses habitants sont passés de la honte à la fierté dès qu’il s’agit de leur ville.

02(@ahip)_S.jpgVoilà l’une des expériences de régénération urbaine les plus concluantes d’Amérique Latine, notamment grâce à la revitalisation de l’environnement du fleuve Guayas, le long d’un corridor de quatre kilomètres. D’un paysage déprimé, le site est devenu moteur du tourisme régional.

Aujourd’hui même, Cali connait également une phase de changement. La ville ambitionne de retrouver sa zone centrale. El País revient sur le sujet avec ce spécialiste en régénération urbaine, lequel souligne la nécessité de revenir habiter ces espaces centraux qui sont l’âme des villes.

03(@EcuadorTrip09)_B.jpgGuayaquilEl País : Le coeur de Guayaquil était, il y a plus de dix ans, chaotique et gris. Aujourd’hui, il attire des centaines de touristes. Qui plus est, ses habitants utilisent cet espace mais aussi, en profitent. Que s’est-il donc passé dans cette ville pour qu’un tel changement ait eu lieu ?

Douglas Dreher : Jusqu’en 1994, la ville avait souffert des conséquences désastreuses de gouvernements locaux improvisés et démagogiques. Puis León Febres-Cordero*, ancien président (ingénieur), a été élu maire.

Un virage politique donc...

Complètement. Au cours de son premier mandat est née l’initiative d’un groupe privé intéressé par la régénération d’un secteur important de la ville, des rives du fleuve Guayas jusqu’à la zone centrale, comptant beaucoup d’éléments historiques et patrimoniaux d’importance. Mais voilà la situation : d’importants investissements pour des constructions de 41 étages allaient donner sur un espace public dégradé, insécurisé, la nuit et laid. Depuis les années 60, le centre s’est spécialisé dans l’offre de services. De fait, il fonctionne de 9h00 à 18h00. Après cette heure, il est abandonné d’où l’insécurité et la négligence.

04(@eutrophication&hypoxia)_S.jpgVoilà qui est similaire à ce qui arrive à Cali où le centre a été vidé progressivement de ses habitants. A ce sujet, le nouveau POT cherche à densifier la zone pour y attirer, de nouveau, la population...

La théorie de la régénération urbaine dit que nous ne devons plus créer de pression à la périphérie de nos villes parce que nous sommes en train de pressurer par là-même ce qui nous soutient écologiquement (à savoir là d’où nous extrayons notre nourriture et là où sont nos arbres). Toutefois, dans le cas des villes modernes, nous migrons vers les périphéries notamment pour tenter de fuir l’insécurité.

La dégradation des centres urbains vient justement de sa haute spécialisation en commerces et services ; ce qui fait qu’il fonctionne en des horaires bien déterminés et qu’il est abandonné la nuit. L’ambition est d’apporter un usage mixte au centre urbain en le revitalisant via une régénération dans laquelle doit primer la revalorisation du capital architectural, environnemental et culturel afin d’attirer les gens pour qu’ils viennent vivre dans ces centres. Il est possible d’habiter en haut et d’avoir sa boutique en bas, ceci faisant que chacun pourrait être proche de son travail ; il n’y a pas ainsi à se déplacer et la pollution n’en serait que moins importante.

05(@OmarUran)_B.jpgGuayaquilEn plus de récupérer l’espace public, de quels autres outils dispose une ville pour peupler son centre ?

Cela dépend beaucoup de la régulation des municipalités pour favoriser ces actions. Il est possible de stimuler les promoteurs immobiliers avec certains avantages. Il faut aussi réguler et créer de nouvelles ordonnances pour catégoriser ces zones, changer les usages du sol quand nécessaire, exonérer d’impôts. Quand une zone se régénère - pour prendre un exemple, le cas du Malecón** de Guayaquil -, des millions de personnes la visite tous les ans, ce qui convertit ces efforts en un bénéfice très important pour tous les riverains de l’axe qui longe le fleuve. Beaucoup de gens ont souhaité revenir vivre là et il y a maintenant de grands projets immobiliers. Il s’agit ensuite, dans chaque ville, comme à Cali, d’analyser les points forts, les faiblesses et les opportunités de ces centres urbains que nous pouvons sauver. Si je veux revitaliser le centre de Cali, je dois créer des règles pour le repeupler.

Dans le cas de Guayaquil, un des points clés a été la participation des gens ; comment est-ce possible ?

Il y a eu un grand intérêt du secteur privé qui a convergé avec un moment politique particulier. Une stratégie en différentes phases a été conçue pour gagner progressivement en crédibilité face à la population. Un plan de donations a été généré selon lequel les citoyens pouvaient diriger 25% de leurs impôts vers des projets en particulier. Le jour où la première étape du Malecón a été inaugurée (1999), chacun a pu voir le projet devenir réalité ; les donations ont augmenté de façon impressionnante.

06(@marplar).jpgCaliComment ont fonctionné ces 'dons' ?

Il s’agissait simplement de donner ce que vous deviez payer d’impôt sur le revenu, du moins 25% que vous pouviez allouer à des travaux. C’était volontaire. 80% des citoyens de Guayaquil ont été donateurs. Voilà une manière de faire participer la société. Il y a eu un monument aux donateurs et les gens se sont sentis fiers de faire partie de cette oeuvre qu’ils ont vu se concrétiser. Les Latino-américains sont fatigués des politiques qui promettent monts et merveilles et n’accomplissent rien. Il y avait beaucoup d’incrédulité.

Vous dites qu’au-delà de la transformation physique, l’esprit même de la ville a changé...

Le changement fondamental à Guayaquil n’est pas le fait que le Malecón soit passé d’un état de dégénérescence à un espace régénéré mais que la société entière a changé. Nous sommes Guayaquilènes, nous avons reconstitué une identité et nous avons rétabli cette appartenance en tant que citoyen. Nous avons donné de la fierté à ceux qui se sentaient honteux d’être Guayaquilènes. Ensuite, chacun a commencé à ne plus jeter de déchet dans la rue et à préserver l’ordre. C’est un processus sur des années qui permet, à travers des projets qui ont impliqué tout à chacun, de recouvrer l’auto-estime d’une société.

07(@luigig)_B.jpgCaliUne autre lutte fut celle menée contre l’apathie et la méfiance vis-à-vis du secteur public...

La crédibilité et la transparence sont très importantes, c’est un problème au niveau de toute l’Amérique latine où nous sommes davantage habitués à ce qu’ils nous volent. Le modèle de gestion a été, ici, de créer une institution spécialement dédiée à la planification, à la construction et au maintien de cet espace public et ce, à l’image d’une fondation : 'Malecón 2000', sujette à la surveillance de l’Etat et des services de contrôle.

08(@BenBowes)_B.jpgCaliLe projet de Guayaquil a limité la hauteur des édifices privilégiant les arbres au béton...

La masse arborée a été respectée à 100%, la conception du projet a pris soin de la végétation existante. La condition numéro un était que les arbres et la végétation devaient être respectés. Par exemple, dès qu’il y avait des édifices autour du Malecón, notre norme spécifiait de ne pas être plus haut que les arbres existants.

En plus, nous avons fait des zones les plus marginales des destinations touristiques, ce qui, en soit, n’est pas une recette nouvelle. A ce sujet, il me vient toujours à l’esprit la bibliothèque qu’ils ont réalisée dans cette commune déprimée de Medellín. J’irai, un jour, la visiter seulement pour voir l’oeuvre architecturale, primée et reprises par toutes les revues spécialisées. Tout ceci a eu pour résultat que, du jour au lendemain, à Guayaquil, nous avons eu 20.000 personnes parcourant la zone en faisant du tourisme, ce qui a, de fait, généré des sources de revenus pour beaucoup.

El País | Colombie
10-04-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* León Febres-Cordero (Parti Social Chrétien) a été président de la République de l’Equateur de 1984 à 1988 et maire de Guayaquil de 1992 à 2000. Né en 1931, l’homme s’est éteint le 15 décembre 2008
** Le Malecón est la promenade située le long du fleuve Guayas

Réactions

La rédaction | 24-10-2013 à 15:25:00

Bonjour,
Cela prête à confusion mais nous indiquons généralement en têtière le pays dont est originaire l'article. Ici, le quotidien colombien El Pais revenait sur l'exemple équatorien de Guayaquil.
Bien à vous,
La rédaction

Sebastian Morales | IDF | 24-10-2013 à 14:37:00

Bonjour,

Guayaquil correspond a l'Equateur, pas a la Colombie

Cordialement,

Sebastian Morales

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