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Interview | 'Etre un bâtiment' : «que les mots de Zumthor fassent résonner ces lieux» (04-09-2013)

Inspiré du recueil 'Penser l’architecture' de Peter Zumthor*, 'Etre un bâtiment' est un spectacle mis en scène et joué par Anna Hohler et Hélène Cattin dans différents lieux publics. Après la Suisse, au tour de Paris d’accueillir cette étonnante création, du 17 au 19 septembre 2013**. Entretien avec Anna Hohler, journaliste à l’origine du projet.

Média | France | Peter Zumthor

Contexte
«On dit de lui qu’il est un ermite, reclus au coeur des montagnes suisses, dans son splendide atelier. Il a ramassé les prix à la pelle, ouvrant la voie à une expression architecturale primitive et tectonique», souligne le site du Festival de La Bâtie à propos de Peter Zumthor.
Vu sur celui de la Compagnie un tour de Suisse : «Lire ses textes, c’est un peu l’entendre réfléchir : Peter Zumthor se souvient, s’étonne, fait ses aveux. Dans une mise en scène ludique et sensorielle, Hélène Cattin et Anna Hohler donnent vie au travail du célèbre bâtisseur, au regard qu’il pose sur son métier. Pour la Compagnie un tour de Suisse, il s’agit [...] de jouer des espaces comme on jouerait d'un instrument, de montrer un patrimoine, d'osciller entre souvenirs et perceptions. Un monologue itinérant à la recherche de l’architecture perdue». Alors, au théâtre (de Zumthor) ce soir !
Dans un article paru le 11 mai 2012 dans le quotidien suisse Le Temps, Lorette Coen en est convaincue. «Le texte est servi non par un monologue mais par [un] dialogue tacite et c’est ce rapport, ainsi que celui qui s’engage avec le public et l’espace, qui permet de lui donner corps», écrit-elle.
Découverte.
EB

Le Courrier de l’Architecte : Pourquoi avoir choisi d’adapter cet ouvrage signé Peter Zumthor et pourquoi Penser l’architecture est-il devenu Etre un bâtiment ?

Anna Hohler : Etant critique de théâtre et d’architecture, j’étais en train de lire Penser l’architecture pour un article quand j’ai eu l’idée de le porter à la scène avec Hélène Cattin. 

En effet, les textes de Peter Zumthor sont non seulement écrits dans un style limpide mais ils évoquent par ailleurs des thèmes universels.

02(@P.Ottendoerfer)_S.jpgPar exemple, Peter Zumthor s’interroge : que faut-il pour créer une belle architecture ? Quelles maisons voulons-nous habiter ? Et pourquoi ? 

Lorsqu’il conçoit un projet, il cherche à créer le meilleur espace possible et c’est ce qu’il évoque dans cet ouvrage.

J’ai donné le livre à lire à mon amie la comédienne Hélène Cattin, avec laquelle je souhaitais travailler depuis longtemps. Nous avons commencé par des lectures à haute voix et elle a été très vite séduite. 

En effet, les textes de Penser l’architecture ne sont pas réservés à une élite. Ils ne sont pas théoriques mais poétiques et font référence à l’expérience du quotidien. 

En ce sens, ils nous interpellent tous. Même si ce n’est pas notre objectif, oui, cette pièce peut sensibiliser à l’architecture.

Quant au titre de la pièce, Etre un bâtiment est une expression extraite d’un passage où Peter Zumthor parle de la maison comme d’un corps organique qui accueille l’être humain.

Comment avez-vous choisi les extraits de l’ouvrage que vous avez mis en scène et quelles sont les lignes directrices de cette mise en scène ?

Nous avons tout simplement sélectionné les extraits qui nous interpellaient le plus. Quant à la mise en scène, Hélène Cattin joue les textes alors que j’endosse un rôle muet. Cela nous intéressait d’avoir deux personnages engagés dans un dialogue muet en terme de dramaturgie. 

Par ailleurs, au regard de nos moyens en matière de son et d’éclairage, qui sont réduits à l’essentiel, il nous fallait quelqu’un sur scène pour régler la technique. C’est d’ailleurs une vraie liberté que de faire un spectacle aussi 'léger', avec des accessoires et des costumes qui rentrent dans une voiture.

A propos des costumes, dans un premier temps, nous portons pantalons et chemises afin d’incarner les rôles que nous appelons, avec un sourire, 'appareilleuses de souvenirs'. Puis nous réapparaissons changées, avec de véritables costumes de scène de concert, à l’occasion d’un moment musical où nous interprétons un lied de Schubert.

03(@N.Nager).jpg Autre particularité de ce projet : l’architecture. Vous avez choisi de ne pas jouer sur une scène classique...

En effet, il nous paraissait évident qu’il ne fallait reproduire ni un vrai décor de théâtre ni la situation d’une conférence mais intervenir dans des lieux de vie tels un musée ou une bibliothèque afin que les mots de Zumthor fassent résonner ces lieux.

Nous tenions à voyager d’un lieu à un autre, à établir un rapport privilégié à l’espace, à nous adapter à l’architecture du lieu qui nous accueille.

Nous commençons toujours par visiter le lieu avant les représentations puis nous travaillons le texte avec des notes prises sur place, en imaginant les dix scènes qui le composent dans le lieu en question. Deux soirs avant la représentation, les répétitions deviennent plus intenses car alors nous travaillons in situ.

Nous nous adaptons toujours aux conditions du lieu. Par exemple, si la représentation a lieu dans une bibliothèque, nous ne pouvons répéter qu’après les heures de fermeture. Les contraintes pragmatiques font partie du projet, autant que la recherche des lieux.

A Paris, nous allons jouer dans le pavillon Le Corbusier de la Fondation suisse à la Cité internationale universitaire, sur invitation du Centre culturel suisse.

04(@P.Ottendoerfer)_B.jpg Depuis la première en mai 2012, vous avez joué Etre un bâtiment dans cinq lieux différents en 2012. Qu’en est-il en 2013 ?

Nous avions envie de continuer donc nous voilà parties dans une deuxième tournée avec Genève, Paris, La Chaux-de-Fonds et Lausanne. En décembre et janvier, nous donnerons des représentations dans la partie germanophone de la Suisse, en allemand. En effet, le texte original est en allemand. Nous tenons à jouer dans la langue du lieu qui nous accueille.

Nous sommes d’ailleurs en train de chercher un lieu pour une éventuelle représentation à Séville. Nous venons d’achever, avec l’aide d’une amie architecte sévillane, la mise au point de la traduction du texte en espagnol. En effet, la traduction espagnole était écrite dans un style trop élaboré ; or, nous voulions restituer le caractère parlé, car destiné à une conférence, de l’original.

Continuez-vous votre activité d’auteur ?

Oui, la Compagnie un tour de Suisse et ses tournées, où Hélène Cattin et moi-même nous occupons de tout, y compris de la recherche de fonds pour financer les représentations, forment l’une de mes deux activités ; l’autre étant, depuis bientôt quinze ans, le journalisme et l’édition, notamment dans le domaine de l'architecture***.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

05(@N.Nager)_S.jpg Adaptation et mise en scène : Anna Hohler et Hélène Cattin
Avec Hélène Cattin et Anna Hohler
Musique : Christian Garcia
Régie son et lumière : Pablo Fernandez, Colin Roquier
Durée : environ 60mn

Tournée 2013 :

  • > 14 et 21 septembre 2013 : La Bâtie-Festival de Genève, Pavillon Sicli
  • > 17, 18 et 19 septembre 2013 : Centre culturel suisse extramuros - Pavillon suisse Le Corbusier à la Cité internationale universitaire de Paris
  • > 3 et 4 octobre 2013 : Ancien Manège, La Chaux-de-Fonds
  • > 9, 10, 11 et 12 octobre 2013 : Anciennes halles aux locomotives, gare CFF, Lausanne 


Pour toute information et réservation : www.cieuntourdesuisse.ch

* Penser l'architecture, Peter Zumthor, Birkhäuser, novembre 2010, 14cmx23cm, 92 pages
** Etre un bâtiment, une création de la Compagnie un tour de Suisse, du 17 au 19 septembre à 20h à la Cité internationale universitaire de Paris, Pavillon suisse Le Corbusier. Entrée libre, réservation indispensable au 01.42.71.44.50.
*** Anna Hohler signe la direction d'un récent ouvrage consacrée aux projets suisses de Dominique Perrault : Dominique Perrault Architecture : Territoires et horizons, PPUR, coll. Architecture, 2013.

Emmanuelle Borne

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