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Projet | Le Centre orthodoxe russe de Paris selon F. Borel, «entre tradition et modernité» (04-09-2013)

En 2010 avait lieu le concours pour la réalisation d’un Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, quai Branly, dans le VIIe arrondissement. Après rebondissements, l’équipe Wilmotte & Associés fut déclarée lauréate. Arrivé en seconde position, le projet de Frédéric Borel continue néanmoins d’être plébiscité par nombre de ses confères. Redécouverte.  

Notice Architecturale | Cultes | 75007 | Frédéric Borel

Notre projet s'inscrit parfaitement dans le skyline parisien qui se déploie le long des quais, de la Bibliothèque Nationale jusqu'au Front de Seine, tout en s'affirmant comme un véritable fragment de Russie. La coupole élancée de l'église maintient allumée la flamme de la religion, tandis que le toit protecteur du centre culturel s'offre comme un havre de paix, un lieu de rassemblement ouvert à l'ensemble de la communauté.

02(@NicolasTrouillard)_S.jpgLa ville et le territoire

Vu du pont de l'Alma, l'église et le centre culturel se présentent comme deux édifices jumeaux : l'un, élancé vers le ciel, l'autre, ancré dans le sol. Le premier s'affirme comme un signe perceptible de très loin, le second permet d'annoncer efficacement le départ de l'avenue Rapp.

L'église se met monumentalement en scène sur le quai Branly, destiné à devenir l'une des grandes promenades piétonnes du Paris de demain. Un long parvis jouxtant le Palais de l'Alma relie le quai au lieu de culte. Il se rétrécit à son extrémité pour accentuer la profondeur de la perspective et faire apparaître l'édifice plus grand, plus majestueux qu'il n'est réellement. Sa coupole élégante s'affirme comme un signal facilement identifiable et capable de dialoguer avec les autres coupoles laïques ou sacrées qui ponctuent le cours de la Seine.

Le centre culturel se donne plus prosaïquement comme un sol qui se soulève pour mieux recevoir et porter une vaste toiture débordante, rappelant les toitures traditionnelles des granges et des fermes russes.

Tradition et modernité

03(@NicolasTrouillard)_B.jpgNous avons respecté scrupuleusement les contraintes liturgiques millénaires de l'église orthodoxe. 

Nous sommes conscients que la religion est aussi un art du temps, un art de la mémoire. 

Et nous savons qu'un rituel immuable imposant des gestes codifiés et un calendrier parfaitement rythmé est nécessaire pour comprendre un monde qui, sans cela, s'affirmerait comme une pure succession d'évènements incontrôlables. 

Nous avons donc respecté l'axe du temps qui organise horizontalement l'espace d'Est en Ouest, du Narthex au Choeur, comme l'axe vertical du ciel qui relie la nef à la coupole.

Mais nous pensons aussi que cette organisation, pour être efficace, doit s'actualiser dans une écriture architecturale contemporaine.

Ainsi, à l'intérieur, les parois obliques se plissent et ondulent pour offrir de larges supports aux fresques et aux icônes. Elles se donnent à lire comme autant de bandes peintes qui s'enrouleraient autour de la communauté des fidèles pour la protéger et l'instruire. Plus que des murs, ce sont des drapés qui tissent un Saint Suaire posé sur la foule des croyants.

A l'extérieur, ces parois en béton blanc rappelant la pierre de Vladimir s'offrent comme des phylactères à de multiples inscriptions. Elles esquissent une enveloppe sinueuse et dynamique qui accompagne le surgissement du bulbe recouvert de feuilles d'or Sukhoï et sa croix cyrillique.

Si l'église est verticale et fonctionne comme une icône, le centre culturel marque d'une autre façon le territoire. Il dessine une horizontale de référence qui permet de cadrer et de porter à son paroxysme l'élancement du bulbe doré au-dessus des toits de Paris afin de lui permettre, selon certains angles de vue, de rivaliser avec la tour Eiffel.

A la fois traditionnel et moderne, le projet ose s'affirmer comme l'ambassadeur de la Russie, puissance immémoriale qui est aussi un pays moderne ouvert sur le monde et sur l'avenir.

04(@NicolasTrouillard)_S.jpgL’église

Le plan en croix grecque place l'abside à l'Est.

Le parcours des fidèles se déroule suivant un axe de progression à double temporalité : celle de leur propre existence et celle de l'existence de la religion chrétienne.

Cet axe du temps, à la fois physique et symbolique, commence par le narthex, espace dédié à l'ancien testament, se poursuit vers la nef, dédiée au présent et au nouveau testament, pour s’achever vers l'abside, espace du renouveau et de l'ère à venir.

Cette axialité temporelle et historique est complétée par l'axialité atemporelle et éternelle des cieux présente au coeur de l’église par la verticalité de la nef.

Au-dessus de la nef, baignée de lumière douce et indirecte, diffusée par les voiles plissés, la coupole et l'axe du ciel convergent vers l’image du Tout-Puissant Christ Pantocrator.

Frédéric Borel

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