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Présentation | Le Palais de Justice de Foix (09), de K Architectures (27-10-2010)

Le site, adossé à un coteau boisé tourné vers le versant Est de la vallée de l’Ariège, est actuellement un pré habité par trois chevaux. Le voisinage est pavillonnaire et paisible. La ville paraît loin. A première vue, il est assez étonnant d’imaginer qu’un tribunal se construira là. C'est ce qu'ont pourtant fait, avec justesse, Karine Herman et Jérôme Sigwalt.

Bâtiments Publics | Justice | | K-architectures

"Allier le devoir de solennité d’un palais de justice à la quiétude de la nature est sans conteste un exercice qui s’engage dans un contexte favorable". K Architectures

Un classicisme émanant

Le palais se présente comme un édifice vaste et compact. Inscrit dans un parallélépipède quasiment carré, le volume bâti se lit comme un monolithe partiellement enchâssé dans le terrain. Deux dalles cadrent le socle et la toiture du tribunal pour souligner son horizontalité et amplifier son décollement.

Un péristyle protocolaire de poteaux ceinture l’ensemble suivant une réinterprétation libre de l’ordre néoclassique grec intimement lié à l’archétype du tribunal XIXème en France. Cependant, ce péristyle est plus dense. Les colonnes de pierre ont fait place à des poteaux en bois disposés aléatoirement comme les troncs d’une futaie.

Derrière ce péristyle, l’édifice s’écrit en volumes simples et épurés. Les matériaux s’expriment sans fard ni revêtement de protection. Les espaces sont neutres et contemplatifs. Là, le bâtiment fait appel à la solennité d’un classicisme plus récent, celui de l’architecture moderne du milieu du XXème. Une architecture dont le minimalisme sophistiqué est sublimement résumé par la célèbre phrase de Mies Van Der Rohe, "less is mor".

L’ensemble flotte sur un emmarchement monumental qui s’étend sur toute la largeur de la façade principale. Cet escalier invite le public à s’élever vers l’entrée qui se dévoile comme un vaste hall à ciel ouvert au coeur de la salle des pas perdus. Un grand drapeau tricolore y flottera. Au sommet, le public franchi un large sas de verre pour se retrouver dans le hall intérieur face au Guichet Unique de Greffe (GUG).

La salle des pas perdus

Ce monolithe donc, est creusé, évidé, érodé comme une carrière de pierre. De ce travail, que l’on pourrait qualifier aussi de terrassement, apparaît une sorte de canyon central qui ouvre largement l’édifice sur sa façade principale. La salle des pas perdus s’y loge tout naturellement. Elle est vaste, fluide et accueille les citoyens avec générosité et dignité. Elle est baignée de lumière naturelle et offre une vue panoramique sur le versant montagneux de la vallée. A l’ouest, cette vue se prolonge partiellement sur le coteau boisé. Dans ce lieu, l’intérieur se confond avec l’extérieur ou plutôt, l’extérieur se prolonge à l’intérieur. Le site et la nature y sont invités et seule une fine verrière opère une limite qui n’est quasiment que climatique. Les poteaux du péristyle habitent les deux côtés de cette limite et contribuent substantiellement à la dématérialiser.

02(@KArchitecture)_S.jpgL’acoustique de ce lieu sera particulièrement travaillée pour amplifier la solennité à l’aide d’un effet d’écho feutré. Les matériaux seront bruts et sobres. Les tons seront homogènes, lumineux, mats et très discrètement colorés.

Les salles d’audience

Les salles d’audience sont disposées au nord et au sud de la salle des pas perdus. Des portes en bois monumentales font saillie et marquent clairement leurs entrées. Les salles sont de géométries simples et, à l’image du projet, cultivent la sobriété. La cour surplombera légèrement la barre et l’assistance sans pour autant user d’un autoritarisme ostentatoire. Les meubles seront menuisés dans des bois gris à peine pigmentés. Les parois seront claires et mates dans la continuité de la salle des pas perdus. Evidemment, l’acoustique sera particulièrement travaillée pour rendre les échanges verbaux fluides et limpides. La hauteur sous plafond sera généreuse pour donner de l’ampleur au lieu mais aussi aux sons. La lumière sera tamisée mais plus intense sur les tables et les pupitres pour permettre une parfaite lecture.

Un léger effet de contre jour sur la cour ajoutera de la magistralité. La lumière naturelle contribuera à l’éclairement général à l’aide de baies zénithales protégées des rayons solaires directs. Quelques baies verticales offriront des vues anecdotiques sur l’environnement extérieur. Néanmoins, une animation lumineuse qui pourrait faire l’objet d’une intervention artistique renforcera de manière subtile et quasi scientifique le rythme d’une journée dans chacune des salles.

03(@KArchitecture)_S.jpgArchitecture intérieure

De manière générale, les espaces intérieurs et en particulier les bureaux, seront une déclinaison des thèmes développés dans la salle des pas perdus et les salles d’audience.

Paysage

Pour accentuer la façade urbaine du palais, son parvis est entièrement minéral. Il alterne des bandes en béton érodé pour l’axe de l’entrée, en enrobé hydro décapé pour les bandes de roulement et en terres stabilisées à la chaux pour le reste. Dans l’idéal, ce système se prolongera sur la voie publique. Une grille en serrurerie clôturera la parcelle vis-à-vis de la rue (non représentée sur l’image principale pour facilité la lecture).

La toiture est sans conteste un élément majeur du paysage. Conçue comme un jardin, elle est quadrillée par des allées minérales formées tantôt par de larges acrotères et tantôt par des édicules techniques disposés en bandes et au même nu. Cette grille dessine des petits 'lopins' qui sont soit plantés de végétations soit évidés en cours arborées ou encore, 'cultivés' de parterres de cellules photovoltaïques.

Le reste de la parcelle est planté d’une prairie naturelle fauchée en bandes intermittentes pour favoriser la continuité de l’écosystème.

04(@KArchitecture).jpgBioclimatique

Sans être un laboratoire bioclimatique, le projet développe des principes simples et de bon sens pour réduire sensiblement sa consommation d’énergie et améliorer son confort d’été.
Le premier est celui de la ventilation à double flux. Il s’agit de récupérer l’énergie de l’air évacuée avant rejet. Aujourd’hui, certaines machines, notamment scandinaves, récupèrent plus de 80% de cette énergie.

Le deuxième, purement bioclimatique, est celui du puits provençal. Là, il s’agit de tempérer l’air par l’énergie de la terre avant de le pulser dans le bâtiment. Ce puits provençal, tel que nous l’avons conçu, offre de l’air jusqu’à 8° plus chaud que la température extérieure en hiver et 8° plus frais en été.

Le troisième, moins quantifiable mais tout aussi efficace, est celui de la captation des masses d’air rafraîchies par les sous-bois du coteau. Celui-ci dévale la pente naturellement pour remplacer les masses d’air chauffées par la vallée. Le projet, décollé du sol, laisse passer cet air à travers son soubassement poreux pour le capter dans les cours et au pied de la salle des pas perdus. Ces frigories sont ensuite acheminées par simple ventilation naturelle notamment dans la salle des pas perdus.

Le quatrième et dernier concerne justement la salle des pas perdus qui est en partie conçue comme une serre. L’été, les verrières sont largement ouvertes par un système de vantelles de verre pour éviter toute surchauffe. L’hiver, le lieu travaille comme une serre et se préchauffe naturellement toute la matinée. Seuls des systèmes de chauffage radians d’appoint maintiennent une température de confort au sol. Il est inutile de maintenir l’ensemble du volume en chauffe et les verrières sont en simple vitrage.

05(@KArchitecture)_S.jpgCombinés à une isolation performante, ces quatre principes bioclimatiques rendront ce bâtiment naturellement tempéré l’été et l’hiver, l’apport calorifique nécessaire au confort des utilisateurs sera minime.

Conçue pour intégrer jusqu’à 4.000m² de cellules photovoltaïques, la toiture pourra se transformer en une véritable petite centrale solaire. Il est probable que, suivant les objectifs d’investissement, le bâtiment puisse atteindre un bilan production / consommation d’énergie équilibré. Autrement dit, il pourrait prétendre potentiellement au titre de bâtiment à 'énergie-zéro'.

Matières et matériaux

Le béton est largement représenté. Il constitue les voiles et les dalles structurels comme le revêtement extérieur et intérieur de parement des façades. Il s’agira d’une double peau de voiles béton préfabriqués en usine et matricés suivant un appareillage précis. Le bois ne sera pas en reste et constituera l’ensemble des poteaux porteurs ainsi qu’une grande partie du revêtement des parois intérieures.

Karine Herman et Jérôme Sigwalt

Fiche technique

Palais de Justice de Foix

Concours remporté en août 2008
Mission : mission de base + génie environnemental
Maître d'ouvrage : Ministère de la Justice
Surface de plancher : 6.000m²
Coût estimatif : 9 millions d'euros

Design Team
Charlotte Brussieux, architecte chef de projet
Karine Berger, Sébastien Fiore, Charles Detilleux, architectes assistants
Génie Civil : Batiserf
Economie : Fabrice Bougon
Génie environnemental : ACT
Eq. Techniques : BETHAC
Acousticien : ALTIA

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 26 février 2009.

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