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Présentation | Une tour dans une barre : à Casablanca, l'agence Kilo se fait alchimiste (04-09-2013)

Créer une tour de bureaux dans une barre de logements ? Les associés de l’agence Kilo, Linna Choi et Tarik Oualalou, l’on fait. Livré en juin 2013, le projet 'Re-tour' résulte de la 'dé-résidentialisation' partielle d’une barre emblématique du patrimoine moderne de Casablanca (Maroc). Soit environ 6.000 mètres carrés SHON pour «le tronçon le plus visible, celui qui donne sur le rond-point Saint-Exupéry». Un exercice passionnant pour une agence qui compte plus d’un projet atypique à son actif. 

Bureaux | Tours et gratte-ciel | Casablanca | Oualalou+Choi

«Nous avons appréhendé l’édifice comme un squelette en exacerbant son rythme vertical ; tout l’inverse d’une opération de façadisme», résume Tarik Oualalou à propos du projet surnommé 'Re-tour' lors d’un rendez-vous avec Le Courrier de l’Architecte dans les locaux parisiens de Kilo, en juillet 2013.

L’édifice en question est une barre de logements construite par l’architecte Alexandre Courtois en 1954, face au Parc de la Ligue Arabe, au coeur de Casablanca. «Si nous avons l’habitude de travailler sur des sites patrimoniaux (outre la réalisation du musée archéologique Volubilis à Meknès en 2009, l'agence Kilo est notamment chargée de la transformation du Palais Dar el Bacha à Marrakech en musée, ndlr.), nous ne nous étions jamais attaqués au patrimoine moderne».

Une dimension emblématique qui n’était pas pour déplaire à Tarik Oualalou, qui rappelle avoir fait partie de l’équipe ayant créé, en 1995, l’association 'Casamémoire', chargée de valoriser le patrimoine du XXe siècle de Casablanca.

Par ailleurs, Linna Choi et Tarik Oualalou ne cachent pas leur enthousiasme d’avoir pu intervenir, pour la première fois, en plein centre-ville. Ce grâce à l’un de leurs clients, la compagnie d’assurance CNIA, dont ils ont ainsi aménagé le siège dans la partie réhabilitée de la barre Courtois.

02(@Kilo)_B.JPG «Nous voulions montrer qu’il est possible de réaliser une intervention redonnant du souffle au centre-ville». 

Précisément, «les Casablancais ont l’habitude ici d’interventions mineures, là de massacres à la tronçonneuse», sourient les associés de Kilo. 

Comprendre que les interventions révélant le patrimoine sans l’altérer se font plus rares. Bref, l’objectif était de transformer le bâtiment «sans le pervertir, tout en respectant son intégrité».

Alors, de proposer à CNIA de «cannibaliser» le bâtiment existant en injectant une tour dans la barre.

Pour y parvenir, Kilo a choisi d’effacer la trame des logements tout en accentuant le dessin vertical composant le rez-de-chaussée et le premier étage du bâtiment. 

«Nous avons déposé la façade et retravaillé la modénature pour glisser une tour de verre dans une ossature de béton», précisent les architectes.

Lesquels ne se sont pas contentés de peaufiner la face la plus visible du projet. L'agence Kilo s’est également attaquée à la façade arrière, auparavant hermétique. «Là, nous avons choisi de retourner la tour, de tenir l’angle du bâtiment en accentuant le dispositif de caissons existant».

03(@HakimBenchekroun)_S.jpg De greffer au nouveau dessin un monumental escalier de secours. «Nous n’avons pas hésité : le bâtiment est fin et nous voulions un élément spectaculaire pour le consolider».

Quant aux transformations intérieures, même si elles se résument à la création de quinze plateaux de 180 mètres carrés chacun, elles ont sans doute concentré l’essentiel des efforts.

«Il a fallu tout refaire», acquiescent les architectes. C’est-à-dire fabriquer un noyau de toutes pièces. 

«Techniquement, la réhabilitation du patrimoine moderne est plus lourde que celle du patrimoine ancien car elle implique une remise aux normes de bâtiments qui, souvent, ne tiennent que par la peinture», observe Tarik Oualalou.

Pourtant, la principale difficulté de 'Re-tour' n’a pas tant résidé dans ces défis techniques que dans l’obtention du permis de construire auprès des autorités. «Elles n’ont pas l’habitude de transformations sur le tissu récent», poursuit l’architecte.

D’où l’importance, explique-t-il, dans le cadre de 'Casamémoire', de travailler à la fois la règle - en mettant en place des règlementations protégeant le patrimoine - et le modèle, en s’attachant à des réhabilitations tel le projet 'Re-tour'.

04(@HakimBenchekroun)_S.jpg Si leur enthousiasme à l’égard de cette opération est aujourd’hui communicatif, Linna Choi et Tarik Oualalou avouent avoir hésité un temps avant de se lancer dans le projet. «Il fallait une réalisation d’une grande finesse et non pas une tête de pont reléguant le reste de la barre au titre de parent pauvre».

In fine, d’estimer avoir réussi à concilier «intervention forte et empathique à la fois» et, effectivement, offrir, en une tour, des lettres de noblesse à une barre.

La résidence du Parc «offrait suffisamment d’inertie pour absorber une telle intervention». Ou de la résilience en architecture. «Parfois, il faut tout changer pour ne rien changer», conclut Tarik Oualalou.

Emmanuelle Borne

05(@HakimBenchekroun)_S.jpg Fiche technique

Livraison : juin 2013
Lieu : Casablanca, Maroc
Maitre d’ouvrage : compagnie d’assurance CNIA
Maitre d’oeuvre : Kilo architectures (Linna Choi et Tarik Oualalou)
Budget : 4M€
Surface : 6.800m²
Calendrier : 2006-2013

Réactions

ALEXANDRE COURTOIS | ARCHITECTE DESA | BAYONNE | 05-09-2013 à 21:04:00

Mea culpa, après relecture de l'article, la première ayant été trop rapide, peut-être par émotion et souvenir d'une période de ma jeunesse et par respect et admiration pour mon père, un architecte puriste et de talent que Jean Louis COHEN apprécie beaucoup, mais peu reconnu dans les articles ou études sur l'architecture des années 50 au Maroc...mon sang n'a fait qu'un tour...son nom est bien cité comme l'auteur de ce batiment.
KILO peuvent me joindre j'aurai plaisir à en parler avec eux.
Alexandre COURTOIS

COURTOIS ALEXANDRE | ARCHITECTE | BAYONNE | 05-09-2013 à 11:08:00

Quel étonnement à la lecture de cet article, et quel peu de respect pour l'auteur initial de cet ensemble, Alexandre COURTOIS architecte 1er GPR , complètement oublié, non cité comme l'auteur de ce batiment, tout comme son fil, également architecte
Qu'en est-il du droit d'auteur? Ceci n'est pas une critique de la réhabilitation ou de la transformation, que j'ai pu découvrir lors d'un de mes déplacements fréquents et régulier à Casablanca.
Alexandre COURTOIS Architecte DESA à Bayonne France.A transmettre aux auteurs de cet article.

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