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Présentation | T&T, bois noir et centre de traitement des eaux (02-10-2013)

Une agence, T&T Architecture, Saint-Paul, La Réunion. Deux lettres qui évoquent autant la figure du nombre pi que Tif et Tondu, les héros de bande dessinée. En guise de protagonistes, ici, Eric Hugel et Pascal Marcé. Une mission : architecturer un centre de traitement des eaux. Un lieu : Sainte-Suzanne, à quinze kilomètres à l’est de Saint-Denis. Livraison : 2013.

Architecture industrielle | | T&T Architecture

Nationale 1000. La deux fois deux voies est «l’artère de l’île». A hauteur de Sainte-Suzanne, depuis la chaussée, le centre de traitement des eaux des Trois Frères est à peine visible. Camouflage !

Des arbres, un bosquet de bois noir et, par delà, «un jeu de mikado». Qui pour dénoncer ici la présence d’un centre de traitement des eaux ? «Voilà un programme qui peut être très vite délaissé. Nous avons pourtant le moyen d’y apporter une plus-value par l’architecture», note Eric Hugel.

Un travail d’escamotage donc. «Il s’agit de travailler le contexte et le volume», lance-t-il. Certes, mais quelle liberté dans un édifice technique ? «Notre intervention consistait en la conception d’un plan masse et dans la réalisation du traitement architectural du 'process'», explique-t-il. En sus, un concours en conception-réalisation-exploitation soit une mise en concurrence «loin des concours d’architecture», assure-t-il.

Par 'process', entendre l’aspect irrémédiablement technique du programme sur lequel l’homme de l’art n’a aucune prise. «Nous avons déjà réalisé deux stations d’épuration, l’une à Mayotte, l’autre à La Réunion. Il s’agit à chaque fois de volumes extrêmement techniques qui ont des contraintes liées au traitement gravitaire de l’eau», précise l’associé de T&T.

«Nous sommes ici dans une situation paysagère, près du littoral, afin de pouvoir récupérer toutes les eaux d’un bassin versant», reprend-il. L’intention n’était pas pour l’agence de «poser là un bloc de béton».

«Nous voulions fondre le bâtiment à la masse végétale», dit-il. Pour ce faire, deux solutions : la première, intimement liée au plan masse. «Nous avons positionné l’édifice sur un plateau derrière un ensemble boisé fait d’espèces indigènes. Pour créer les voies d’accès au centre, nous avons travaillé sur des 'virgules' qui déportent la percée tout en maintenant le front végétal», explique Eric Hugel.

02(@HerveDouris).jpgQuant à la masse du centre, il s’agissait de la faire «vibrer» voire de la «décomposer». «Nous avons travaillé sur un brise-soleil sous forme de mikado de bois. Un fondu s’opère entre les branches des arbres et la façade du centre», indique-t-il.

«Cette composition est faite de manière aléatoire. Nous voulions reproduire le jeu d’ombre des arbres et apporter de la profondeur. Nous ne voulions pas une traduction littérale de quelconque forme végétale», précise l’architecte. Au diable les faux-semblants.

A l’intérieur, les maîtres d’oeuvre n’avaient qu’à répartir bureaux et vestiaires. «Nous ne voulions pas disperser ces éléments sur le site». Un édifice compact donc.

Compact, protégé et ventilé naturellement. «Nous ne devions pas proposer d’apport solaire à l’intérieur», précise l’architecte. «Nous avons travaillé à augmenter l’inertie», assure l’homme de l'art. Pour ce faire, coque en béton, bardage en tôle avec finition cuivrée et brise-soleil. La ventilation naturelle est assurée par de larges ouvertures et une organisation traversante des locaux.

03(@HerveDouris)_S.jpg «Les enjeux posés par l’île sont intéressants. Nous sommes sur un territoire limité. L’île se développe vite. Aussi magnifique soit-elle, elle est condamnée à s’urbaniser. Comment donc gérer la rencontre de la ville et du paysage ?», soulève Eric Hugel.

Pour l’agence, le travail d’insertion et la réflexion quant à la qualité paysagère est quasi systématique. «L’accès à la matière première est difficile. A part le galet de basalte, nous avons une filière bois embryonnaire. Nous devons donc tout importer ce qui génère un coût et des contraintes», précise-t-il. Bien utilisés, le soleil et les vents sont des atouts.

«Nous pouvons ainsi rendre nos constructions le moins énergivore possible. Les architectes de La Réunion ont de réelles compétences sur le confort d’été», note Eric Hugel. La montagne et les hautes altitudes impliquent, quant à elles, une autre approche.

«Nous devons être inventifs. Il s’agit de penser pour ces régions un autre type de vocabulaire et de mettre en oeuvre une autre conception du projet», explique-t-il.

04(@HerveDouris)_S.jpgL’agence T&T Architecture, créée en 2005 par Eric Hugel et Pascal Marcé arrivés tous deux, cinq ans plus tôt de Paris, voit pour l’heure un carnet de commandes de bonne facture : logements et bureaux sont en chantier.

Objectif métropole ? «Il nous est difficile d’y faire des candidatures. Tout est possible dans un sens mais pas dans l’autre. Aujourd’hui, La Réunion connait un fort dumping et la concurrence y est difficile. Ni plus ni moins les mêmes problèmes qu’ailleurs», assure Eric Hugel.

Objectif Mayotte ? L’Afrique ? «Mayotte en terme de production est un territoire très intéressant. L’Afrique, quant à elle, est plus délicate à aborder notamment du fait des problèmes normatifs. Quelques associations tentent toutefois de créer des passerelles», explique l’architecte.

In fine, les possibilités d’évolution pour T&T sont multiples et La Réunion, par sa variété de paysages, permet à l’agence de confronter son savoir-faire à tout type de contexte.

A suivre.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Concession de travaux et de service public pour l’épuration des eaux usées de la commune de Sainte-Suzanne
Maître d’ouvrage ou assimilé : CINOR
Groupement : SAUR - STEREAU - TT - EGIS
Architecte : T&T architecture
SHON : 792m²
Station : 25.000EH (équivalent habitant) extensible à 37.000
Coût des travaux : 4.478.000€ HT
Livraison : 2013

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