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Chronique | Fontainebleau, l'émoi et moi et moi... (02-10-2013)

Tout un fromage. Une farandole de noms, de signatures, de pointures. Un lexique ambitieux : «carnage», «assassinat»... De quoi parle-t-on déjà ? Ah oui, de la regrettable destruction de la halle du marché de Fontainebleau... Et ?

Fontainebleau

Si la cause interpelle, le bruit exaspère. Certes, le sujet passionne. Un ouvrage confidentiel, un défi technique, le père du CNIT... Autant d'arguments valables sinon audibles pour réveiller les consciences. Sauf celle d'une ministre plus ou moins sourde ; allons bon, est-ce si surprenant ?

Ramdam. A force de pétitions, d'articles, de mails, de blogs, de touites, l'overdose !

Régulièrement, une destruction mobilise l'opinion. Et voilà que ça pétitionne. Les grands plaident, les autres parlent, débattent... A condition que l'oeuvre détruite ne cède la place à l'une de leur réalisation. Patrick Berger ira-t-il jusqu'à signer la pétition pour la préservation de l'ancien siège Sandoz à Rueil-Malmaison conçu dans les années 60 par Bernard Zehrfuss ? Qui pour en douter ? Pour rappel, l'auteur de la célèbre Canopée parisienne doit en lieu et place réaliser un nouvel ensemble tertiaire.

C'est un peu comme Jean Nouvel qui, le dimanche, dénonce l'immobilisme de Paris dans le JDD pour, le mardi, se plaindre d'un projet qui allait, en le jouxtant, défigurer l'harmonie de l'Institut du Monde Arabe*... «Not in my backyard !». Allons, bonnes âmes.

Alors, la France, trop ringarde, trop emplâtrée... la fille aînée de l'Eglise violée par Le Duc... bientôt en exclu à la Cité... de l'Architecture ET du Patrimoine... c'est vrai. L'un ET l'autre.

Ouvrez les oreilles, regardez... Regardez Londres, regardez New York ! Le constat est de mise dans toutes les bouches. L'herbe est plus verte ailleurs et le fantasme d'une expression libérée de tout carcan normatif ou 'préservasionniste' fascine.

Qui pour ne pas évoquer Tokyo en termes élogieux ? Le renouvellement ! Pourtant, les métabolistes voient leurs contributions à l'histoire de l'architecture bel et bien menacées.

La capitale de la perfide Albion dézingue, elle aussi, à tout va. Les joyaux tremblent, Queen Momie s'en retourne et l'art déco morfle. La mairie a autorisé cet été la destruction du Earls Court Exhibition Centre. Un bijou streamline.

Pendant ce temps, à Fontainebleau...

Le plus étonnant reste une telle mobilisation pour un sujet somme toute marginal. Qu'en serait-il d'une telle union des braves pour défendre la profession de toutes ses attaques ? Groupes de pression, associations, industriels... tous trop puissants ? Rudyyyy ! La préservation pour tous, c'est un peu l'arbre de l'engagement prudent, surtout pas téméraire, qui cache la forêt.

Alors oui, Fontainebleau c'est une histoire où la conscience a le cul entre deux chaises. En façade, entre deux coupes de champ', la bonne figure. Consternation de mise.

Bref, Fontainebleau est aussi un sujet de salon mondain bien loin des réalités du métier, un combat futile où chacun a la certitude de ne pas se blesser.

Au fait... et les usagers ? Bellifontains, Bellifontaines font de leur côté leur propre pétition. «Non au classement !», disent-ils. Qui l'eut cru ? Pas étonnant que ce maire tienne tête aux accusations de présumé coupable «d'assassinat».

Quand même, avant le pilori, quelques soutiens, dont ces propos de David Mangin : «Je ne prétends pas être historien du béton. Mais je reste persuadé qu'il n'est pas toujours nécessaire de conserver les traces physiques du cheminement de techniques de construction quand des moyens modernes de préservation de la mémoire existent et surtout quand le bâtiment, comme c'est le cas ici, est préjudiciable à la fois à la perception de l'ensemble du patrimoine architectural et urbain de l'Hôtel de la Mission à l'Eglise Saint-Louis et à la reconfiguration d'un marché plus vaste et d'accès plus facile, ce marché d'échelle régionale étant lui aussi patrimonial», écrit-il dans une lettre adressée au maire de la ville le 8 avril 2013.

Aaah ! L'arme du patrimoine contre le patrimoine... et la spirale infernale d'être déroulée. Comment en sortir ?

Au fait, sans applaudir la destruction de Fontainebleau, peut-on pour le moins s'en désintéresser ? De considérer que ça ne fait de tort à quiconque de ne pas suivre la musique des censeurs qui marchent au pas ?

Pour finir, n'y-a-t-il pas aujourd'hui sujets plus importants en ce domaine, l'architecture, pour fédérer tant d'énergie ?

Jean-Philippe Hugron

* Lire notre article 'Mobile Art de Zaha Hadid : une épave à l'IMA'

Réactions

mathieu | paris | 07-10-2013 à 13:04:00

Je crois qu'il faut aller plus loin: Il faut raser Fontainebleau (et même Versailles) et reconstruire du néo-haussmannien comme les chinois! ya basta!

hubert lempereur | 05-10-2013 à 10:45:00

Votre texte me parait peu clairvoyant de ce qui se joue travers le cas d'espce de Fontainebleau (qui est, il est vrai, un cas parmi d'autres). Du coup, malgr son ton insolent, il prend le risque de se ranger plutt du ct d'une certaine forme de complaisance facile, de tartufferie, que de la critique...

Tout d'abord, vous omettez de signaler que le premier sit-in qui a provisoirement sauv la halle et l'a place un temps sous la protection de notre Ministre, tait bien le fait d'habitants et de commerants, et non d'habitus des vernissages parisiens. Un mouvement parallle d'historiens et d'universitaires les accompagnait (Marrey, Cabestan, et quelques autres). On est loin de la coterie de stars que vous dcrivez.
Les grands noms de l'architecture franaise ne sont intervenus qu'aprs, lorsque la situation le ncessitait et que la ptition tait la dernire arme. Et, quoi que l'on pense de tel ou tel de ces personnages, c'est leur honneur d'avoir sign cet appel la raison. Et puis la fatuit et l'entre-soi ne sont malheureusement pas l'apanage de nos stars : d'o j'cris, loin de Paris, je peux vous assurer qu'une part consistante des acteurs du milieu architectural n'chappe pas aux travers que vous moquez et les partage mme sans mesure.

Parmi les signataires de la ptition, vous oubliez de le relever, il y avait de plus des acteurs indits, souvent mutiques en matire de grands dbats publics : des grands ingnieurs. Ce simple fait aurait pu vous mettre la puce l'oreille quant la nature de cette sincre protestation.

Sur le fond, vous passez ct de ce que ce cas reprsente au sein de l'actualit brlante du patrimoine du XXe sicle. Les propos de notre ministre son sujet lors des journes du patrimoine, la destruction de la halle de Fontainebleau, des labos Sandoz, du centre Espoir de l'arme du Salut, de l'cole d'architecture de Nanterre, etc., etc., relvent d'une problmatique gnrale.
On est arriv un point critique, o aprs les destructions massives des ANRU dans les banlieues, le parc courant des Trente Glorieuses est en train de se couvrir de panneaux de polystyrne et de fentres en PVC -en totale contradiction avec les enjeux de durabilit et de sobrit nergtique qu'ils prtendent servir-, et le patrimoine remarquable du XXe en lui-mme est parti pour bientt relever d'un rgime ad hoc l'isolant des autres sites et ensembles reconnus. L'histoire du label Patrimoine XXe, au bilan douteux, est une marque de cette drive.
Ce que vous ne voyez pas, c'est que les raisons de ce mauvais traitement ne sont en ralit ni techniques ou conomiques, mais idologiques.
Au-del, il se peut aussi qu' travers son abandon, son ostracisation, le patrimoine XXe ne soit sans doute pas qu'une simple victime expiatoire, mais un cheval de Troie : c'est la loi de 1913, tout juste centenaire, qui est remise en question ainsi. Injonction "cologique" et "choc de simplification" obligent, ce sont les ZPPAUP, AVAP et secteurs sauvegards qui sont galement remis en cause par la Ministre. Et bientt : la fiscalit des MH ("niche fiscale" oblige...), ou encore, l'entretien et la valorisation des trsors nationaux (cf l'Htel Lambert), ou enfin les fouilles archologiques...
Ce coin enfonc dans le bien commun est strictement du mme ressort que ce que reprsentent les PPP pour les projets d'architecture, ou encore l'inflation des normes PMR, thermiques et autres miroirs aux alouettes pour la qualit architecturale.
Il s'agit donc bien d'une guerre, culturelle, qui ne vise pas seulement le "patrimoine", mais bien la conception que l'on peut se faire de la ville et de l'architecture dans son entier. Ce qu'a fait M. Valletoux, Maire de Fontainebleau, en dtruisant ce march est bien un acte de vandalisme, un urbicide conscient et assum. Notre Ministre, par lchet, s'en est rendue complice.

Davantage que la nostalgie, ou qu'un art d'accommoder les restes, l'attention l'existant et en particulier ces exemples les plus remarquables tels que le modeste march de Fontainebleau, participe grandement, selon moi, d'une alternative crdible et joyeuse la dissolution des impratifs cologiques ou citoyens dans les normes, l'hyper technologie et les stratgies mercantiles. C'est dommage que vous ne l'ayez pas relev, car la cause de l'architecture dispose de bien peu de tribunes, et de peu de plumes.
Alors, soyez beau joueur : vous vous tes tromp et je vois que nous sommes nombreux vous l'crire, et de ce de faon souvent trs argumente.

Eliet | 04-10-2013 à 06:47:00

Le problème, c'est que construction n'est pas architecture.
Or si la construction est évidemment soluble dans la ville, ce n'est nullement le cas de l'architecture.
Ce qui fait architecture ne relève ni du format, ni du classement administratif, ni même (j'en suis désolé) de l'appréciation démocratique. Il s'agit de l'expression singulière du génie humain ; dans le cas de l'architecture une expression irréductible, irreproductible et indeplacable.
Il faut parfois longtemps avant que le génie soit reconnu par tous (le temps de brûler les idoles), lors même qu'il a été reconnu par quelques uns (tous les grands noms de l'architecture française dans le cas présent).
Il est curieux qu'un critique puisse ignorer cela et conduise délibérément le débat sur un autre plan.
À ce compte pourquoi ne pas détruire les fresques de Picasso afin d'isoler par l'intérieur avant de confier à un jeune artiste le pinceau?
La modeste halle de Esquillan était une œuvre architecturale frappante, simple à réhabiliter. Sa destruction apportera peut être quelque chose à Fontainebleau (un parking souterrain : car c'est bien de cela qu'il s'agit) ; elle efface de la terre un peu du génie des hommes.
Laurent Lehmann

Armelle Barret | 03-10-2013 à 10:07:00

Je suis d'accord pour dire que bien souvent les architectes actuels se positionnent pour ou contre la conservation d'une architecture selon leur lien avec le projet prévu (collègue je t'aime, je te déteste, plutôt que réflexion sur le projet lui-même ou la valeur à accorder à l'architecture initiale).
Cela étant, il me semble que vous bornez trop facilement le sujet en le cantonnant quelque peu au milieu des architectes, oubliant ou caricaturant le milieu des historiens de l'architecture. Comme M. Mangin, je conçois qu'il n'est pas nécessaire de tout conserver, mais si les usagers avaient toujours parole d'or, où en serions-nous, et cela dans tous les domaines de notre société ? Qui peux prétendre être à même de prendre une décision sans avoir un tant soit peu réfléchi à la question ou être connaisseur du sujet ?
Et puis alors vote dernière phrase : "Pour finir, n'y-a-t-il pas aujourd'hui sujets plus importants en ce domaine, l'architecture, pour fédérer tant d'énergie ?", c'est le pompon... Vous jugez ce sujet non important. Vous devriez plutôt l'estimer à sa juste valeur et regretter qu'il est dommage que les autres causes ne soient pas capables de fédérer autant d'énergie.
A.Barret
www.passage-en-revue.fr

Détails d'Architecture | Architecte | 03-10-2013 à 09:12:00

Et pourtant il s'agit du même auteur qui a écrit quelques années auparavant:
http://www.lemoniteur.fr/157-realisations/article/point-de-vue/582032-la-tour-montparnasse-est-belle

J.-F.D. | Chef de rub | Uzès | 03-10-2013 à 08:25:00

Ouh là, Jean-Phi, calme-toi, tu es en train de virer néo-poujadiste là ou quoi? Respire et reprend un verre de Yop. As-tu seulement regardé le "projet" prévu en lieu et place de feue la Halle d'Esquillan? Une médiocrité absolue et insondable. Alors qu'il aurait été si facile - et sans doute tellement moins dolosif et coûteux - de redonner une nouvelle vie à cette élégante coque de béton... Allez, reviens du côté de ceux qui défendent un certain patrimoine, non pas parce qu'il s'agit de vieilleries, mais parce qu'il traduit l'intelligence architecturale, technique et artistique d'un moment de l'Histoire.

Bruno Grandjean | 02-10-2013 à 23:30:00

Désolé d'intervenir dans ce débat entre architectes, mais un moyen simple de trancher de l'avenir de la halle Esquillan aurait été tout simplement de laisser... voter les électeurs avant de détruire cet outil de travail au service du marché de la ville. Ni discussion de salon, ni pétition orientée... un simple vote.
La démocratie le plus mauvais des systèmes... à défaut de tout autre !
Bruno Grandjean
Conseiller Municipal de Fontainebleau

Serge Renaudie | 02-10-2013 à 23:07:00

Votre article en fait trop en ridiculisant les uns et les autres. C'est facile de traiter de salonnards et de censeurs ("qui marchent au pas"), ceux qui défendent une halle parce qu'elle était encore totalement contemporaine - certainement plus contemporaine que le projet qui a justifié de la démolir, venant d'un confrère dont nous tairons le nom et qui est une collection de poncifs. Facile également d'en appeler à des sujets plus importants comme si ceux qui avaient défendu cette halle n'en étaient pas capables... Posez-vous la question à vous même : pourquoi ce sujet fédère tant d'énergie ? Tenter une analyse sérieuse plutôt qu'un tel article. En usant de l'amalgame entre les stars, qu'il vous faut qu'en même encore citer une fois de plus, et ceux qui se sont honnêtement, sincèrement et culturellement investis contre cette démolition, vous vous dispensez d'aborder les raisons (politiques, commerciales, culturelles) profondes de cette démolition car cela vous fatigue d'y aller voir. Alors c'est facile, quelques stars à houspiller, un amalgame comme toile de fond, quelques mauvais jeux de mots... et vous avez pris la posture du gars fin et malin. Pas si fin ni si malin mais certainement très décevant sur ce coup-là... Désolé, Serge Renaudie

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