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Portrait | Brenac & Gonzalez, la complexité du noir (02-10-2013)

Passe-muraille, Ubu architectes, alchimistes ? Comment font Olivier Brenac et Xavier Gonzalez, fondateurs de l’atelier Brenac & Gonzalez en 1981, pour être, depuis, de toutes les générations, qui plus est dans le peloton de tête de chacune d’elles ? Comment font-ils pour créer des architectures qui ne détonnent pas mais, au contraire, continuent d’étonner ?

French Touch | France | Atelier d'Architecture Brenac & Gonzalez

«C’est grâce à l’écho», répond Xavier Gonzalez.

A l’origine, pourtant, «nous avons une formation néo-moderne». D’autres aussi, qui ne s’en sont jamais remis. Alors, comment Olivier Brenac et Xavier Gonzalez ont-ils échappé à l’envahissante écriture ? Preuve en est leurs collaborations. Antonini+Darmon, Colboc, Franzen & Associés et dernièrement Chartier-Dalix architectes. «Oui, nous parlons le même langage».

Alors, à l’occasion d’une rencontre avec Le Courrier de l'Architecte dans leurs locaux épurés situés non loin des grands boulevards parisiens, la question est posée à brûle-pourpoint. L'écho ?

Ici, rien ne dépasse. «Le vendredi, personne ne part sans avoir rangé son bureau». Sans doute le faut-il quand l’espace vient à manquer. Malgré plus de 400 mètres carrés répartis sur deux étages, les quarante collaborateurs de Brenac & Gonzalez s'y sentiraient, de fait, presque à l’étroit. Un signe que cette agence ne perd pas en vigueur.

02(@StefanTuchila).jpgMais l'écho ?

«Mes différentes activités, dont notamment l’enseignement (Xavier Gonzalez est actuellement professeur à l’ENSA Paris-Malaquais) et l’écriture (l’architecte est correspondant pour les revues spécialisées A+T et A10), nous offrent l’occasion d’une remise en question, de se demander : 'et nous ?'», explique-t-il, les yeux pétillants derrière sa monture claire.

Et lui ? Olivier Brenac de se nourrir, par procuration, de ces questionnements tant ce binôme-là est inséparable. Des deux, Xavier Gonzalez est l'hyperactif. «Il est brillant, je suis plus réservé ; je préfère le laisser parler», sourit le premier derrière ses lunettes noires. Ce qu’il fera pour l’essentiel, en précisant de temps à autre les propos de Xavier Gonzalez.

Outre l’écho, il y a, pour se «régénérer», les plongées en d’autres contrées. Par exemple, «les enquêtes» d’une Sophie Calle et l’indicible émotion procurée par l’Opéra en général, par la tétralogie de Wagner en particulier. Sans oublier les voyages. «Pas moins de trois par an», souligne Xavier Gonzalez. «Sans compter les week-end», précise Olivier Brenac. De quoi composer autant de strates mémorielles. «Comme le limon, ces souvenirs composent un terreau fertile qui émerge à l’occasion».

Une autre manière d'échapper au statu quo fut d’associer à leur duo, en 2011, deux collaborateurs, Jean-Pierre Lévêque et Emmanuel Person. Une façon aussi de valoriser leurs plus fidèles collaborateurs. Et puis, «l’architecture n’est pas un processus personnel mais collectif ; une agence n’est pas un nom». Plutôt deux ? Brenac et Gonzalez. «Nous réfléchissons à un nom  plus générique», soulignent les architectes en souriant de la contradiction.

03(@Brenac&Gonzalez).jpgUrbanisme - Ilot Fulton, ParisIl y a également la French Touch. «Pour Xavier en tout cas ; je suis moins militant», observe Olivier Brenac. Pas tant une affaire de contre-pouvoir que de partage. «Où se retrouver aujourd’hui pour débattre ?» Il est vrai que l’émulation est difficile à trouver en nos institutions.

Bref, l’écho est à l’origine d’une architecture qui ne se soumet pas à la signature. Olivier Brenac et Xavier Gonzalez se souviennent néanmoins d’un temps où «la matrice néo-moderne devenait une prison».

C’était en 1995. «Comment se défaire d’une empreinte qui pèse ?», s’interrogent-ils à l’époque. Evoquant un Richard Meier «prisonnier de sa blancheur et de son carré, nous étions obsédés par la plastique alors qu’aujourd’hui elle est devenue l’aboutissement d’un processus». D'ailleurs, pour eux qui conçoivent via le dialogue, «nous avons bien moins de désaccords depuis que l'esthétique est un résultat plutôt qu'un a priori».

Pour se libérer de ce joug et créer un électrochoc, «nous avons eu l’idée d’imposer une amende à chaque fois qu’un collaborateur utilisait l’équerre». Sans laquelle, adieu fenêtres horizontales ou écriture prédéterminée et autres idiosyncrasies liées à l’outil. «Avec ces amendes, nous nous payions des pots et, progressivement, nous avons procédé à une douce désintoxication».

04(@Stephane Chalmeau)_B.jpgLogements, rue du Chevaleret, ParisVoir les logements livrés en 2006 rue du Chevaleret, dans le XIIIe arrondissement de Paris. «Il a fallu quinze ans pour réaliser ce bâtiment. Si nous collions à la mode, nous étions foutus. D’où une écriture difficile à dater et cette obsession de la mono matière qui permet d’échapper à la composition». Effectivement, à l’extérieur, que ce soit la tuile d’un Centre de formation d’apprentis à Gennevilliers ou les surfaces vitrées de l’Hôpital d’Avicenne, l'harmonie d'une matérialité est à l'oeuvre.

A l’intérieur, en revanche, en particulier dans les halls d'entrée, Olivier Brenac et Xavier Gonzalez ont le goût des espaces piranésiens, où l’émotion est fondamentalement liée à la théâtralité d’espaces gigognes qui dévoilent progressivement leur complexité.

Xavier Gonzalez et Olivier Brenac estiment donc que «l’architecture n’est pas une esthétique mais un processus qui naît de situations à chaque fois différentes. Le processus induit une stratégie, de laquelle émerge une esthétique et non l’inverse».

Dit autrement, «tout projet est une équation composé de paramètres à chaque fois différents». Parmi ces paramètres, la réglementation.

05(@Brenac&Gonzalez).jpgBureaux - CNFPT, LilleD’évoquer à ce sujet un projet de bureaux à Montrouge issu des composants du PLU. Alors que l’atelier Brenac & Gonzalez s’apprêtait à déposer le permis de construire, le PLU en question fut déclaré caduc et remplacé par l’ancien POS. De composer alors leur projet à partir de l’ancienne réglementation urbaine. Résultat : «le deuxième projet est le négatif, le parfait contraire, du projet-PLU. Un cas d’école !». L’illustration d’une démarche certes, mais également de la dimension arbitraire de quelques contraintes.

En tout cas, mis bout à bout, les «paramètres», «ingrédients» ou «fragments» composent progressivement «un récit».

La narration, encore ? L’éculé concept ne fait-il pas peur à des architectes qui se refusent à toute attitude dogmatique ? «Parlons de fil d’Ariane alors». De César, surtout : «le récit est une trouvaille de Jean Nouvel». Xavier Gonzalez en sait quelque chose pour avoir, il y a quelques années, préparé pour A+T un dossier spécial sur la démarche du Pritzker français.

Ici, une autre question brûlante : quid du conflit d’intérêt de ce journaliste architecte au même titre que ses confrères dont il commente l’actualité ? «Quand j’écris, c’est généralement à propos de grandes thématiques ; sinon, je n’ai qu’une clé d’entrée dans les projets : l’émotion». L’émotion ou «le sublime», générés par l’indicible, permettent, à entendre Xavier Gonzalez, de s’extraire du rôle de praticien pour se placer «dans une poétique».

06(@Brenac&Gonzalez)_B.jpgInstitut de formation hôtelier en apprentissage, Saint-Gratien (95)A cet égard, pour chaque projet ou réalisation, Brenac & Gonzalez n’offre rien d’attendu. «Ce n’est jamais le même roman, la même enquête, le même récit». Et aucun récit n’est linéaire. Tel est l'enjeu qui, avec le sublime, force l'admiration de Xavier Gonzalez et Olivier Brenac chez les autres.

«Contre toute apparence, loin d’être prisonniers d’une identité, Jean Nouvel, Rem Koolhaas, Herzog & de Meuron et Sanaa surprennent à chaque fois. Ils utilisent les mêmes ingrédients pour aboutir à des recettes toujours différentes».

Gourmet, Xavier Gonzalez préfère substituer au terme d’ingrédient celui de réduction, «au sens culinaire du terme». «En vieillissant, nous nous concentrons sur les choses que nous aimons le plus», sourient les deux architectes.

Flash-back. Tout en retenant l’enseignement d’un «décoiffant» Paul Virilio à l’Ecole Spéciale - «il retournait nos maquettes et nous demandait alors ce qu’il en restait» -, Olivier Brenac ne date pas précisément l’émergence d’une vocation. Issu d’UP8 (devenu l’ENSA Belleville), Xavier Gonzalez voit en revanche plus d’une origine à la sienne. Autant de fragments d’un récit.

«L’architecture me fut inspirée à la fois par les balades avec mon père, qui fut maçon avant d’être paysagiste, que de la rencontre avec Olivier - à l’époque, je pensais devenir médecin - et, surtout, d’un déclic». Collectionnant des timbres, il tomba un jour, entre deux images patrimoniales, sur la maison de la culture de Grenoble, construire par André Wogenscky en 1968. «Là, il s’est produit quelque chose». L’émotion. L'indicible émotion.

Les futurs associés feront ensuite leurs armes à droite et à gauche avant de monter, sans empressement, leur SARL. Il y eut notamment, pour Olivier Brenac, l’agence de Daniel Badani, auteur de la préfecture de Créteil. Quant à Xavier Gonzalez, outre une expérience chez Tadao Ando, un passage chez Andrée Putman est, dit-il, à l’origine de son appétence pour la matérialité.

Puis, à une époque où les concours, ouverts, étaient rares, vint cette compétition pour un 'immeuble de ville' comptant pas moins de 200 logements à Cergy-Pontoise. «Nous avions proposé un système de maisons superposées avec leurs accès autonomes». Inspirée d’escales à Londres et Amsterdam, l'idée fut à l'origine d'un projet déclaré lauréat. Et l'agence lancée sur ses rails.

07(@Sergio Grazia)_S.jpgAux premières heures fut donc le logement et, aujourd’hui encore, ce programme reste le laboratoire de réflexion de l’atelier Brenac & Gonzalez.

Entre autres, arrivé en France à l’âge de sept ans après une enfance passée dans la région de l’Orihuela en Espagne, Xavier Gonzalez estime avoir gardé de son pays d’origine «le sens des limites floues entre intérieur et extérieur», à l’opposé de nos bourgeoises frontières sans équivoque.

Entre cette référence et l’appauvrissement des surfaces dédiées à l’habitat, «nous essayons toujours d’instituer cette relation entre extérieur et intérieur, au moins d’offrir dehors ce qu’il n’est pas possible de créer dedans». C’est-à-dire l’espace. Ainsi de ces pièces en plus, patios protégés du mistral, qui composent les balcons d’un projet à Marseille.

«Oui, nous sommes clairement en régression», acquiescent les deux associés à propos du carcan normatif auquel est soumis le logement collectif en France.

Xavier Gonzalez et Olivier Brenac ne sont pas défaitistes pour autant. A propos du logement, «nous trouvons toujours des astuces». En général ? De 'la douleur exquise' de Sophie Calle, les architectes ne retiennent que le deuxième terme. «Nous ne sommes pas du tout maso mais plutôt optimistes». Si un client s’annonce difficile, de refuser la commande. «Il faut du plaisir».

N’y a-t-il rien qui ne les effraie ? «Je n’ai pas peur, j’ai sans doute des soucis mais pas de craintes», sourit Olivier Brenac. «Sa sérénité me tempère car j’ai terriblement peur de l’ennui», concède l’insatiable Xavier Gonzalez, qui n’a de cesse «de remplir le vide».

D’où, entre autres, ce goût immodéré pour les voyages. D’évoquer alors l’une de ces échappées où l’indicible émotion fut au rendez-vous : souvenirs de Houston et de la chapelle Rothko signée Philip Johnson. «A l’intérieur, il y a des Rothko noirs. Dans cet espace sombre, les différentes couches de noir se révèlent progressivement à l’oeil».

Pour remplir le vide, rien de tel que la complexité du noir.

Emmanuelle Borne

Réactions

Serge Renaudie | 02-10-2013 à 23:41:00

Brenac-Gonzalez, toujours intéressants !

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