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Enquête | PFE, six mois, ça suffit !? (10-10-2013)

Du havre de l'école à la réalité d'une pratique, d'une société gagnée par l'immédiateté et la réactivité des moyens de communication, le temps devient précieux voire rare. Savoir le prendre reste un art à condition qu'il soit donné. Alors, un PFE en six mois est-ce possible ? Regards croisés.

Vie étudiante | France

L'une des principales conséquences de la réforme LMD est la transformation du TPFE (Travail Personnel de Fin d'Etudes) en PFE (Projet de Fin d'Etudes), désormais conçu en six mois, contre une voire deux années à l'époque du DPLG. Autre nouveauté : les cours dispensés dans le cadre de la HMONP. Viennent-ils compenser l'amputation du T dans TPFE ? Cela dépend des points de vue.

Conditionnant l'accès au diplôme DPLG, «le TPFE était un moment fondateur en matière de conception de projet. Autonome, l'étudiant avait le temps d'approfondir le sujet choisi», souligne Jean Magerand, architecte et enseignant à l'ENSA Paris La Villette.

«En réduisant le temps consacré au projet de fin d'étude de presque deux ans à un semestre, les étudiants perdent en autonomie», dit-il. Le projet de diplôme est, selon lui, désormais surtout affaire de «bachotage» plutôt que de «démarche personnelle et intellectuelle». Bref, «la HMO nous a enlevé cette capacité projectuelle».

Ce que confirme Julien, ayant validé sa HMONP à l'ENSA Belleville en septembre 2009 : «en six mois, c'est plutôt un projet d'atelier, qui s'apparente à tous les autres projets conduits pendant les études, plutôt qu'un véritable projet universitaire».

Pour autant, «je n'ai pas été gêné», convient-il. A ceux qui ont connu l'ancien système, les regrets. «C'est dommage de priver un étudiant de cette étape fondatrice», dit Nicolas Desmazières, architecte et cofondateur de l'agence X-TU. S'il estime que les Architectes Diplômés d'Etat (ADE) n'ont pas perdu de leur pouvoir imaginatif - «avec Internet, ils ont un regard panoramique sur le monde» - reste qu'à vue de nez, «les derniers diplômes paraissent moins intéressants». La faute au temps ?

Tout en concédant que le PFE «est moins approfondi et moins personnalisé que l'ancien TPFE», Olivier Celnik, architecte et chargé du groupe de pilotage HMONP à l'ENSA Paris-Val de Seine, estime que la nouvelle formation, plus 'professionnalisante', est «un progrès». «Avoir un diplôme sans connaître les enjeux de la vie professionnelle n'a pas de sens», dit-il.

«Autant ma mise en situation professionnelle était décevante, autant les cours HMONP dispensés à Belleville sont pointus. Nous y apprenons les arcanes du chantier, les PPP, la gestion d'une agence», souligne Julien. Un PFE en six mois ou une première prise avec la réactivité des concours ?

Laurence Caillau, chargée de développement du Studio Bellecour, reconnaît les bienfaits des enseignements en HMONP. «Moi qui gère une agence, je trouve bien d'enseigner la gestion, les problématiques d'une entreprise avec ses contraintes juridiques, les conditions d'accès à la commande, etc., mais je ne sais pas si c'est suffisant», dit-elle. Alors suffisant ou trop court le PFE ?

Trop court !

Co-fondateur de l'atelier Fernandez & Serres, Stéphane Fernandez est par ailleurs enseignant titulaire à l'ENSA Marseille au sein du département 'La Fabrique' depuis 2011. «J'essaie de ne pas être directif et de privilégier l'autonomie des étudiants. Le PFE se situe entre le projet personnel et le travail d'atelier. A chacun son point de départ, que ce soit un détail, un texte, une matière ou un site», dit-il.

Et six mois suffisent-ils pour élaborer un projet de diplôme ? «Non. La notion d'urgence est incompatible avec 'la recherche patiente' du projet. Comment réfléchir sans prendre le temps  ? Il leur faudrait sans doute six mois de plus. Le développement d'un projet, avec toute la sensibilité qu'il implique, doit nécessairement résulter d'une lente maturation», répond-il.

Cofondateur du Studio Muoto en 2003 avec Yves Moreau et Thomas Wessel-Cessieux, l'architecte Gilles Delalex enseigne à l'ENSA Paris-Malaquais. Il y dirige deux ateliers de projets, l'un en licence, l'autre en master dans le cadre du département THP (Théorie, Histoire, Projet). «Nous encourageons les étudiants à mener une réflexion critique en proposant une démarche de recherche par le projet», souligne-t-il.

«Les projets sur l'insularité ou le labyrinthe précèdent celui du PFE. Les étudiants sont alors libres de prolonger le projet conduit au premier semestre, même s'ils le font rarement. En fait, les sujets sont ouverts et les étudiants choisissent souvent de recommencer une recherche», explique-t-il. L'enseignant concède alors qu'un semestre, «oui, c'est très court».

«Faire des projets de fin d'études le prolongement des projets de recherches antérieures me semble une piste intéressante quant à la façon de remanier le PFE. Le studio a été créé dans cette perspective : faire en sorte que le PFE soit en adéquation avec le temps qui lui est imparti. D'ailleurs, les projets issus du premier semestre, c'est-à-dire d'une énergie collective, sont souvent plus intéressants que les PFE», assure-t-il.

Enseignant à l'ENSA Strasbourg, l'architecte Dominique Coulon a créé, en 2007, le domaine d'études 'Architecture et complexité', dont l'objet est la compréhension de «la multitude de données mobilisées par le projet d'architecture». Autrement dit, ce domaine a pour enjeu de constituer «un patrimoine de recherche» que l'étudiant peut invoquer à l'occasion du PFE et au-delà.

«Le premier semestre est collectif puis le PFE démarre au mois de février. L'une des particularités de l'ENSA Strasbourg est que la soutenance de ce PFE se déroule en septembre et non en juin. Pour moi, le PFE ne doit pas être un exercice comme les autres ; réaliser ce travail personnel nécessite du temps et de la maturation», concède l'homme de l'art.

Aussi, pour ceux qui estiment le PFE court, les subterfuges demeurent possibles. Qu'un projet personnel prolonge une réflexion collective ou que quelques semaines estivales viennent étendre le temps de la réflexion, voilà autant de pistes envisageables afin de remédier à quelques lacunes.

Six mois, ça suffit !

«J'attends de mes étudiants qu'ils s'investissent. En ce sens, le diplôme doit être un moment où l'étudiant prend position et prend des risques. Cela demande du temps et, à cet égard, six mois peuvent paraître courts. Cela dit, le PFE étant précédé du mémoire, il faut finalement compter un an», soutient Jean-Christophe Quinton, enseignant à l'ESA et à l'ENSA Versailles. 

David Hamerman, fondateur de l'agence A&P - Architectures & Paysages à Montpellier, et enseignant à l'ENSA Montpellier dans le cadre du groupement d'ateliers 'Métropoles du sud', affirme de son côté que «le PFE n'est qu'une étape. Ce n'est pas le PFE qui fait de l'étudiant en architecture un architecte ; ce n'est que le début de l'aventure, le jeune diplômé aura tout le temps d'évoluer. (...) Quand on voit ce que les étudiants peuvent faire en quatrième année, il y a de quoi être impressionné ! Le temps imparti n'est pas un problème. Demain, quand ils devront s'atteler à un concours, si on leur donne six mois pour réfléchir, cela sera merveilleux !», lance-t-il.

Même constat pour Elodie Nourrigat, enseignante de la même école : «n'oublions pas que les professionnels abordent parfois échelles urbaine et architecturale dans le cadre de concours conçus en moins de temps. C'est aussi à cet égard que nous demandons aux étudiants de se concentrer sur la conjugaison de ces deux échelles».

Cela écrit, «la HMO met le pied à l'étrier, fait passer les étudiants d'un état de recherche à la réalité pratique», précise Stéphane Fernandez. «En revanche, il me semble que l'école et les ateliers de projets doivent rester un havre de paix. S'il est important pour les étudiants de connaître les contraintes de leur futur métier, l'école doit rester le lieu où ils sont encouragés à transgresser ces contraintes. L'école est un lieu à la fois paisible et bouillonnant, qui permet une recherche patiente», convient-il.

Alors enseignants et étudiants, à la recherche du temps perdu ?

Emmanuelle Borne

Pour en savoir plus, lire notre dossier : 'HMONP : Gageure ? Galère ? Panacée ?'

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