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Visite | Bernard Desmoulin, mise en perspective (16-10-2013)

L’oeuvre de Bernard Desmoulin ? Une architecture sans génération spontanée, comme exemptée de tout caprice momentané. L’homme de l’art a livré fin septembre 2013 à Montreuil (93) un nouveau centre d’art contemporain. A chacune de ses paroles, comme à chaque coup de crayon, l’histoire d’une pratique est mise en perspective. Ici donc, à l’est de Paris, quelques traces de Mexico, de Clichy et de Cluny.

Reconversion | Extension | Culture | Bâtiments Publics | Corten | Montreuil | Bernard Desmoulin

Métro Robespierre. Le couperet tombe, le périph' est franchi. Montreuil, avenue de Paris. L’artère a des allures de chaos urbain : immeubles de rapport, maisons faubouriennes, halles industrielles, terrains vagues et, au singulier, un hôtel particulier. Au 118, une bâtisse Napoléon III. Il y a quelques années encore, les volets étaient clos.

Depuis, rutilante et pimpante, la bicoque. Et pour cause, la mairie y a installé un centre d’art contemporain. Le projet avait pour ambition d’offrir à la ville une nouvelle adresse culturelle. Pour ce faire, en plus de réhabiliter l’ancienne maison, la commande exigeait son extension.

02(@MichelDenance)_B.jpgAu terme d’une procédure adaptée, Bernard Desmoulin remporte la mise. «Je venais d’avoir l’Equerre (en 2009, ndlr.) mais ce qui a joué en ma faveur est sans doute mon projet de Mexico», indique-t-il au Courrier de l’Architecte.

Outre-Atlantique, pour le centre culturel français (1999), «la question posée était la manière dont nous pouvions faire un lieu ; l’intérieur était aussi important que l’extérieur», se souvient-il. Autant de problématiques familières au site de Montreuil.

«Il y avait également à Mexico le rapport entre le nouveau et l’existant. Ce genre de projet m’anime ; l’architecture peut s’exprimer avec un déjà-là», assure Bernard Desmoulin.

En guise de déjà-là donc, une maison sans grande qualité, «une ruine» qui plus est «squattée». Les lignes Second Empire de la bâtisse ne sont pas d’ailleurs sans évoquer les traits porfiriens de l’ancienne ambassade française de Mexico. La répétition du même ? «Une échelle qui me convient parfaitement», répond l’homme de l’art.

Reste la confrontation des styles et des époques. «L’art contemporain introduit le regard du regardeur. Il y a une tension entre le spectateur et l’oeuvre. Nous nous inscrivons ici dans ce même registre», assure-t-il.

Aussi, «fallait-il que la matière parle, qu’elle ait son propre discours», poursuit-il. Du Corten donc, en guise d’habillage. «Son côté brut convient à l’art contemporain. La référence à l’Arte Povera est aussi facilement admissible», précise-t-il.

Un travail «sans aucune provocation», assure l’homme de l’art et ce, dans la lignée de projets récemment livrés comme à Cluny, où le pôle de restauration de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers fait la part belle au Corten. A Montreuil donc, une architecture en toute cohérence.

«A Cluny, nous avions travaillé avec des Coréens qui fabriquaient des doubles coques de bateaux. Il y a quelque part, ici aussi, l’image d’un navire», assure Bernard Desmoulin. En tête, peut-être, quelques nefs échouées. Poétique de la rouille, assurément.

03(@MichelDenance)_B.jpgA côté de la maison rénovée, un volume aux teintes de métal oxydé. La coprésence est improbable mais lignes, proportions et orientation marient les opposés en une «surprenante» harmonie.

«La maison est stable. Il nous fallait suggérer le mouvement. La géométrie longiligne de l’extension affirme une allure dynamique», souligne l’architecte. 

«Comme à Clichy...», à n’en point douter.

«L’extension n’est qu’une cimaise», résume Bernard Desmoulin. Le volume, depuis l’extérieur, affirme une autre histoire. 

En partie haute, un léger «déhanchement». «Il nous fallait choisir un angle. Nous avons pris celui du toit de la maison». Un écho imperceptible mais sensible.

Le calepinage du volume quant à lui répond à l’économie de l’entreprise. «Nous voulions avoir le moins de chute possible. Nous avons travaillé un motif en écaille afin de donner une autre texture et de mieux isoler le bâtiment», précise le maître d’oeuvre.

In situ, le damier est «aléatoire». «Le Corten est une matière que nous ne pouvons pas dessiner. Aucune plaque n’a la même couleur. Tout est fonction de la provenance et du stockage», explique-t-il.

Bernard Desmoulin, architecte du Corten ? «Cela fait 20 ans que j’essaye d’en placer. Maintenant j’y arrive. Toutefois, il faut que les choses restent exceptionnelles sinon cela devient un effet de style», explique-t-il, se prémunissant de toute caricature de lui-même. Pour l’heure, l’homme travaille la céramique et la pierre.

04(@MichelDenance)_B.jpgA l’intérieur de l’extension du centre de Montreuil, l’espace est fermé ou presque. Il n’en est pas moins immaculé et lumineux. Sept mètres sous plafond. Tout un programme ? «Je n’ai eu qu’une feuille, une maison et une surface d’extension. Nous avions une certaine liberté de conception. Je voulais proposer un espace souple pouvant accueillir tout type de support, du petit au grand format», dit-il.

«La volumétrie est une surprise», soutient Bernard Desmoulin. Etonnement de la forme d’un côté et rapport à l’extérieur de l’autre. «Notre projet part du cadrage. Nous voulions la lumière la plus douce possible. Nous voulions que rien ne perturbe les oeuvres», affirme-t-il.

Au visiteur de lever la tête et de découvrir au plafond quelques miroirs reflétant l’activité de la ville. Encore et toujours, une trace du «savoir exister sans transgresser».

«Aujourd’hui, entre le spectaculaire et la banalité, il n'y a rien», constate Bernard Desmoulin.

Il y a pourtant, à Montreuil, finesse et sensibilité.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Montreuil
Architecte : Bernard Desmoulin
SHON : 700m²
Budget : 1,6 millions d'euros HT
Livraison : octobre 2013

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