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Cahier Spécial - Mexique

Visite | Grimshaw et Oficina de Arquitectura, moral d'acier à Monterrey (30-10-2013)

Horno 3, le troisième haut-fourneau de l'ancien ensemble sidérurgique de Monterrey a été transformé par l'agence britannique Grimshaw et l'architecte mexicain Carlos Estrada, associé d'Oficina de Arquitectura. Livré en 2007, le nouveau musée des sciences et de l'industrie s'inscrit avec respect dans l'ancienne structure. Plus encore, l'enchevêtrement de poutres et de tuyaux est le théâtre d'une spectaculaire mise en valeur.

Reconversion | Bâtiments Publics | Culture | Monterrey | Carlos Estrada

MONTERREY - Trois ans de sécheresse et, ce jour d'avril 2013, à Monterrey, enfin, une pluie fine dite, au Mexique, 'mojapendejo', autrement écrit, mouille-couillon.

Le ciel est bas, gris, et les imposants massifs de la Sierra Madre qui dessinent l'enceinte naturelle de la ville sont à peine visibles. Les autoroutes urbaines luisent. Pick-up, 4x4 et trucks sont plein feux.

L'avenida de la Constitución longe le rio Santa Catarina, quasi à sec. Le piéton est rare, le flâneur d'autant plus. Il y a quelques années, le quotidien de Monterrey se calculait en décès et en victimes d'enlèvements, de braquages et de violences diverses. Sur les étals des librairies, encore, des ouvrages consacrés aux Zetas et au narcotrafic font les belles heures des maisons d'édition.

A gauche de la deux fois trois voies, le Parque Fundidora. Malgré le temps, joggers et sportifs arpentent les allées et s’entraînent sur quelques installations publiques. Des airs d'Amérique...

Par delà les arbres, un vaste parking. Le métro n'est pourtant pas loin. «Prendre le métro est signe de pauvreté ; dès qu'il est possible d'acheter une voiture, même une épave, c'est un signe d'élévation dans l'échelle sociale», confie-t-on.

02(@PaulRivera)_B.jpg

A la sortie du vaste parking donc, Horno 3, le grand haut-fourneau, présente aux yeux des visiteurs sa carcasse reconvertie en musée.

Du paysage de Monterrey fait de vastes zones résidentielles et de quelques îlots de tours en construction, rien ne présageait le passé industriel de la ville. Pourtant, la stabilité politique du pays au détour du XIXe siècle et la création d'infrastructures ferroviaires avaient rendu possible le développement sidérurgique de la région.

A l'origine de ce vaste complexe, le premier d'Amérique Latine, quatre hommes : Don Vicente Ferrara, León Signoret, Eugenio Kelly et Antonio Basagoiti. Autant de patronymes que d’origines. L'ambition : créer une «sidérurgie intégrée», notamment pour répondre à la demande en termes de poutres et de structures pour ponts et autres constructions métalliques.

03(@Grimshaw&OficinadeArquitectura)_B.jpgAprès 86 ans de services, le 9 mai 1986, les portes des hauts-fourneaux se sont fermées. Deux ans plus tard, l'intention était d'ores et déjà de transformer le site en espace de loisirs : parcs, musées, palais des congrès étaient au programme.

Vingt-sept ans plus tard, une arena, des halls d'expositions, un centre d'art, un autre d'architecture et, pièce maîtresse, le musée de l'acier 'Horno 3'.

En 2005, parmi douze agences, Grimshaw et Carlos Estrada étaient lauréats du concours. «Nous avions travaillé ensemble sur le concours de l'Arena ; nous avions perdu mais nous avions ainsi rencontré les responsables du parc. Aussi, pour le musée de l'Acier, nous avons été invités in extremis ; nous avons même manqué la visite des lieux», se souvient Carlos Estrada.

L'association britannico-mexicaine fonctionnait d'autant mieux que Carlos Estrada a usé les bancs de l'AA School of London. «J'avais gardé contact avec Bill Horgan, associé de l'agence Grimshaw», poursuit-il. D'amitié en projets donc.

«Qui plus est, les Anglais ont un savoir-faire quant au travail du métal et Grimshaw fait état de cette culture», note Carlos Estrada. Sur le papier, le parti est sobre et respectueux. «Nous avons voulu conserver l'essence du site», dit-il. La raison d'un succès.

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Sur place, les groupes d'enfants se pressent à l'entrée. D'un côté les filles, de l'autre, les garçons. A quelques pas, un événement majeur de la vie scolaire, une remise de prix. Direction la halle principale et son grand four.

A l'intérieur, le fourneau y paraît monumental. Des centaines d'écoliers, d'autant plus petits que la nef est immense, attendent patiemment la fin d'un discours fleuve aux accents mélodramatiques d'une institutrice, «venue des montagnes», récompensée et donc émue.

Enfin, lumières, lasers, projections et effets pyrotechniques mettent en branle l'immense machinerie. De 7 à 77 ans, tous béats, les jeunes filles en pleurs, l'émerveillement opère entre Histoire, mémoire et science-fiction.

«Nous avons dû détruire 10% du bâtiment existant pour des raisons de sécurité», confie Carlos Estrada. La difficulté était alors d'adapter un programme culturel à une structure industrielle haute de 70 mètres qu'il fallait par ailleurs rendre habitable et praticable. Pour ce faire, des extensions ont dû être réalisées, en tout et pour tout 9.000m². «Nous avons utilisé le même langage et fait usage de matériaux communs pour ne pas dire industriels», assure l'architecte mexicain.

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«Trouver une entreprise de construction a été relativement facile. Nous ne voulions pas d'une compagnie spécialisée en musées mais davantage en projets industriels», sourit-il.

«Nous avons conçu ensemble, avec Grimshaw, ce projet. Nous nous intéressons tous les deux autant à la technologie qu'à l'environnement. Toutefois, nos architectures sont loin d'être similaires», lance-t-il à la fin d'un repas pris au restaurant panoramique du musée.

Autour d'une tequila divisée en trois verres, l'un d'alcool, l'autre de jus de citron, le dernier de jus de poivron, l’architecte évoque la concurrence «rude» entre agences à Monterrey. Les bureaux de Carlos Estrada comptent trois associés et cinq collaborateurs.

En ville, le travail ne manque pourtant pas. Les chantiers sont légions. «Les logements sociaux sont rares et la promotion fait des ravages. Les unités d'habitations sont petites. Le paysage est fait d'une nappe continue de logements sans qu'aucun service ne soit offert», résume-t-il. La commande publique est faible et le privé, avide, ne prend aucunement le relais.

Les chabolas (bidonvilles) ? «Elles n'existent plus depuis vingt ans», assure-t-il. Les quelques tentatives de logements sociaux ? Trop rares et à peine convaincantes.

Parmi elles, l'ensemble résidentiel conçu par Elemental, une agence chilienne réunissant Alejandro Aravena, Gonzalo Arteaga et Fernando García-Huidobro. Livrée en 2010 à Monterrey, l’opération comprend soixante-dix hautes maisons «basiques», de neuf mètres de large chacune. Concluantes ? Silence.

Alors ? Se réfugier dans une réinterprétation du vernaculaire ? Mettre en oeuvre des matériaux locaux voire traditionnels ? «Trop cher», répond Carlos Estrada.

Reste à résoudre l'équation moderne d'une ville sans commande. Aux architectes, un défi voire une prospective.

Jean-Philippe Hugron

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