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Cahier Spécial - Mexique

Grands magasins Liverpool-Interlomas - MexicoGrands magasins Liverpool-Interlomas - Mexico

Portrait | Michel Rojkind y la gente normal (30-10-2013)

Figure audacieuse de la scène architecturale mexicaine, Michel Rojkind fait désormais carrière avec Gerardo Salinas, son associé. Le parti formel, au service d'intentions généreuses, détonne, autant peut-être que son auteur. Bref, plus qu'un architecte, un personnage. Alors, Michel Rojkind, un gars normal ?

Mexique | Michel Rojkind

MEXICO - Tatouages, piercings, bagues, cheveux en bataille, pupilles bleues, sourire ravageur. Un prénom aux allures françaises, un patronyme aux sonorités slaves. Michel Rojkind.

«Je suis Mexicain !», lance-t-il fièrement. «Mais issu d'un mélange étrange, russe, polonais et hongrois», confie-t-il.

«Mes grands-parents étaient déjà ici. Je suis très Mexicain», renchérit-il. L'allure et le style affirmés, l'homme, avant d'être architecte était batteur. Son groupe, 'Aleks Syntek y la gente normal'.

«Dix ans à jouer de la batterie et à étudier l'architecture. Je ne dormais que quatre heures par jour», sourit-il. Un brin hyperactif donc. Le temps est d'ailleurs compté, une heure chrono. Pas plus. Top, c'est parti !

02(@Juan)_S.jpgAu douzième étage d'une tour moderno, l'agence domine la ville. Au travers de larges baies vitrées, le 'skyline' élancé du Paseo de la Reforma.

Sur les murs, des peintures mais aussi des récompenses et quelques perspectives.

Une tour, justement.

Paseo de la Reforma, justement.

«Nous avons posé la première pierre du projet», débute Michel Rojkind. Et la dernière ? «Une banque voisine a cédé le terrain d'à côté». 

Bref, il s'agit aujourd'hui de redessiner l'ensemble et, sans doute, d'attendre que la crise passe.

«A Mexico, le chaos est constant. Comment pouvons-nous même vivre ici ?», s'interroge-t-il. Les rues ombragées de la Condesa sont toutefois élégantes. L'adresse de l'agence, au coeur de Mexico, est privilégiée. Il y règne un semblant d'ordre.

Plus loin, les défis urbains. «Les occasions sont toujours plus nombreuses et la société se montre de plus en plus ouverte à l'architecture», assure-t-il.

«Mais, plus qu'à l'architecture, nous nous intéressons au processus», lance Michel Rojkind. Toute construction, selon lui, doit être «capable de produire de nouvelles opportunités». «La valeur de l'édifice est dans ce qu'il génère».

La démarche se résume en trois lettres : ADD. Adaptive Diagnostic Design. «Nous faisons un diagnostic, une stratégie commerciale et poussons au maximum le potentiel d'un bâtiment afin que le projet s'enrichisse», explique l'architecte, des rêves plein la tête mais les pieds bel et bien sur terre.

03(@PaulRivera)_S.jpg

La réaction du client ? «Quand un client vient ici, il s'agit de le provoquer ; nos clients sont capables de comprendre que l'architecture fait la valeur d'un projet». Maîtrises d'ouvrage publiques et privées sont les commanditaires de l'agence Rojkind Arquitectos.

La cinémathèque nationale compte parmi les projets culturels les plus ambitieux de la capitale menés par le gouvernement. «Il s'agit pour nous de créer un espace public en plus d'un signal libre», explique l'architecte.

La stratégie n'est, ni plus ni moins, la même que pour les grands magasins Liverpool-Interlomas. «La ville manque d'espace public. Nous avons donc créé un espace pour les enfants et une zone gastronomique sur le toit».

«Etre architecte c'est vouloir améliorer les choses. Tous les mômes pensent qu'ils peuvent changer les choses». Michel Rojkind, 44 ans, un grand enfant ?

«Je ne me sens pas politisé. Ne faisons pas pour autant dans le compromis», reprend-il. Aussi, l'architecte assiste aux «métamorphoses» d'une société mexicaine qu'il juge «organique».

L'homme s'interpelle lui-même quant à son comportement. «J'ai déménagé cinq fois dans ma vie quand mon père n'a connu qu'une adresse», dit-il. Changeante, organique et mouvante, la société d'aujourd'hui.

«L'espace public» n'a dès lors de cesse de revenir dans les propos de l'homme de l'art. Le leitmotiv signe la carence d'une ville tentaculaire. Aussi, pour l'agence, la réflexion s'opère aussi bien à grande qu'à petite échelle. Michel Rojkind assure ainsi le grand écart. Toutefois, le temps de l'architecture n'est pas celui du design industriel.

04(@GlessnerGroup).jpgArco del Bicentenario

«Pour ce faire, nous avons créé Agent Strategic Intelligence Embassy. Nous avons débuté en pleine crise, sans aucun client. A travers cette structure, nous cherchons à faire des propositions pour le futur», explique-t-il.

Le temps imparti est désormais écoulé. Un prochain rendez-vous attend. Dehors, sur le palier, trois possibilités, trois pictogrammes : un ascenseur pour les couards, un escalier «chemin de santé» et la porte de la terrasse signalée par un parachutiste et l'inscription «flight desk».

Trois chemins pour mieux retourner au chaos... ou presque.

Jean-Philippe Hugron

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