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Cahier Spécial - Mexique

Rencontre | L'incroyable laboratoire de Derek Dellekamp (30-10-2013)

L'architecture sans recherche, sans investigation ? Impossible pour Derek Dellekamp ! Au-delà d'une pratique raisonnée et pragmatique, un horizon marqué de réflexions, d'histoires et d'images. Les solutions ne sont pas si neuves. A chacun de les redécouvrir. De fait, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, même en architecture.

Mexico | Derek Dellekamp

MEXICO - L'homme est jeune, calme, posé. L'agence paisible. Dehors, le soleil brille. La quiétude. Pourtant une vie «au jour le jour». «Je vis dans le quotidien», assure Derek Dellekamp.

«Les temps sont surréalistes», dit-il. En cause, les délais mais aussi l'époque. Les ravages de l'immédiateté, sans aucun doute. Le monde, toujours plus vite.

«Je réalise une maison en une année ; pour des projets publics, il faut agir en plusieurs semaines», indique-t-il. L'Info-Box de Puebla aura nécessité un mois de conception, six de construction. Surréaliste donc.

«Je travaille davantage pour le privé que pour le public», confie l'architecte. Et pour cause, l'Etat n'est pas un bon client. Les conditions de travail sont peu favorables et la transparence minime.

«Il y a désormais dans le secteur privé une prédisposition voire un marché pour l'architecture contemporaine», assure-t-il. Le Mexique aux antipodes de la vieille Europe.

«Mexico offre bien des avantages comme la liberté. Son inconvénient ? L'informalité... de la ville comme du travail. Mexico reste un incroyable laboratoire flexible», lance-t-il. A l'image d'une vie.

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Avant d'être architecte, Derek Dellekamp travaillait en tant que publicitaire freelance pour la télévision. «Une forme de survie», convient-il. Plaisanterie ?

Le chemin de l'architecture est emprunté «par passion». «Elle est un jeu qui me divertit», affirme l'homme de l'art. «Etre étudiant me plaisait. J'ai poursuivi en investiguant et ce, en autodidacte». L'homme continue aujourd'hui, sous d'autres formes, son apprentissage ; l'approche est désormais plus «théorique».

«Mes recherches portent sur le logement social. Nous nous intéressons autant au problème de manière concrète que théorique», reprend-il. En guise d'illustration, un travail sur deux prototypes.

«Le problème du logement social est abordé aujourd'hui sous l'angle d'une dynamique financière. Nous ne nous focalisons plus sur les questions sociales», débute-t-il. Sur sa table de travail, quelques perspectives d'un projet à Oaxaca.

03(@Dellekamp)_B.JPGInfobox à Puebla

«Ce projet propose de répondre à ce que nous avons perçu comme les dysfonctionnements actuels du logement social à savoir, principalement, qu'il est envisagé comme une typologie rigide se répétant à l'infini sans aucune prise en compte du climat, du site, pas même de l'orientation», continue-t-il.

Sur les plans, cinq modules et un système proliférant. En tête, les thèmes de la localité et de l'individualité. «Ces maisons sont les représentations concrètes de ceux qui y habitent», dit-il.

L'origine d'une réflexion ? La tradition. «Nous travaillons avec ce qui existe et ce qui fonctionne. Nous imitons une typologie qui pourrait être celle d'un habitat du XVIIIe siècle», revendique Derek Dellekamp.

En guise d'exemple, l'introduction d'un élément passé, «le portique». «Les maisons construites de nos jours ne proposent jamais d'ombre ; or, les gens aiment occuper l'extérieur». De la réinterprétation donc. «J'ai un intérêt intuitif pour l'histoire», note-t-il.

Pour le centre communautaire Ejidal, l'architecte «se convertit en médiateur et en traducteur». «Il n'y avait d'autres matériaux que ceux du site et d'autre main-d’oeuvre que la population locale. Nous sommes en plein désert de San Luis Potosi».

«Nous avons également décidé d'utiliser des techniques traditionnelles de construction, non seulement pour diminuer l'impact environnemental mais aussi pour qualifier la population», note-t-il.

Depuis, protégé des dures conditions du désert, les villageois peuvent se réunir et faire leur assemblée à l'abri des vents chauds.

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Autre projet sensible : avec Tatiana Bilbao, Derek Dellekamp a réalisé le plan directeur de la Ruta del Peregrino. «Nous y avons réalisé deux 'pièces' : une 'pause' pour contempler le paysage et un sanctuaire. L'enjeu était dans la relation de l'objet à la topographie accidentée», dit-il. Le parti est emprunt de spiritualité. Un architecte croyant ? «Athée», répond-il. «Faut-il être footballeur pour construire un stade ?».

«Ce projet a été pour l'agence une opportunité incroyable, rare et précieuse», reprend-il.

Parmi les obsessions de l'homme, les systèmes et les typologies. L'enseignement, aussi, est un exutoire. «Une classe est un espace organique. Chacun peut mettre sur la table ce qu'il veut. Il peut l'exposer, le réviser, le corriger». A l'école seulement ? Vraisemblablement, à l'agence aussi. Bref, l'enrichissement permanent du projet.

Midi sonne. Avec, l'heure du déjeuner. A vélo, Derek Dellekamp s'en va retrouver ses petites filles. En silence.

Jean-Philippe Hugron

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