tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Pakistan | De la conquête de l'architecture islamique (20-11-2013)

L'architecture sacrée islamique serait née d'une composition élémentaire en palmes et troncs de palmier érigée en 622 : la Mosquée du Prophète. Dans un article paru en octobre 2013 dans le mensuel pakistanais Archi Nama, Taqui Abdin soutient que l’architecture est issue d'une philosophie unificatrice. Malgré tout, l'évolution des traditions philosophiques et des pensées religieuses permet à chaque culture et chaque région de s’exprimer dans les détails.

Patrimoine | Bâtiments Publics | Cultes | Pakistan

UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE DE L'ARCHITECTURE ISLAMIQUE
Taqui Abdin | Archi Nama

ISLAMABAD - Il est dit que l'architecture de l'empire islamique est dotée d'un style propre autant qu'il est argumenté qu'elle est due à un amalgame de différents styles, cultures, traditions, philosophies théologiques et influences géographiques.

Cette dernière assertion est conforme au canon islamique que toutes les créations du monde sont composées par des formes, lisibles à travers des règles mathématiques d'équité, de symétrie et de géométrie : cette interprétation modèle l'architecture afin de créer des formes exprimant l'unité dans la diversité.

Par exemple, la forme d'un flocon de neige est le résultat de la somme de plusieurs facteurs, notamment l'intensité du vent, la pression de l'air, l'humidité, la température et les caractéristiques chimiques.

«La beauté d'un cristal de neige dépend autant de sa forme géométrique que de sa capacité à refléter un ordre plus haut et plus profond. Par conséquent, toutes les formes, les surfaces et les lignes naissent selon des proportions naturelles et, en même temps, reflètent des systèmes idéaux de beauté. Une beauté générale, universelle et éternelle est ainsi obtenue indépendamment du jugement subjectif des êtres humains. L'ordre et les proportions sont telles des lois cosmiques que l'homme comprend grâce à l'arithmétique, la géométrie et l'harmonie». (Citation de Laleh Bakhtiar et Nader Ardalan)*.

Pour étudier proprement l'architecture islamique, il convient donc d'analyser les similitudes et de documenter la diversité des bâtiments, tout en les rapportant avec ceux de même fonction construits partout dans le monde. Plusieurs types d'ouvrages dépendent du contexte local ; cependant, la mosquée exprime un symbole unitaire et satisfait à des nécessités immuables.

02(@JPHH)_S.jpgLes Arabes ont émergé de la péninsule arabique avec une campagne de conquête qui a duré un siècle, née de la poursuite et la diffusion de leurs idéaux théologiques. En cent ans, grâce à leurs succès militaires et leurs sens politique, mercantile et religieux, les territoires soumis s'étendaient plus loin que tous les précédents empires, de l'Espagne à l'ouest aux frontières de la Chine à l'est.

«L’Age d'Or des Sarrasins correspond aux douze années entre 632 et 644, durant les règnes d'Abû Bakr As Siddîq et d'Omar ibn Al-Khattab qui fut une période d'harmonie interne et de conquêtes ininterrompues». (Edward A. Freeman)**.

Puisque l'introduction au monde d'une nouvelle religion était l'objet principal de leurs invasions, l'influence des Arabes était initialement spirituelle plus que matérielle ; par conséquent, malgré leur vives conquêtes, ils n'eurent au début aucune influence sur l'architecture des plusieurs pays soumis.

C'est ce qui permit aux cultures des territoires conquis d'influencer l'art islamique, qu'il s'agisse des céramiques persanes, des fresques chrétiennes, des colonnes gréco-romaines et de la philosophie classique. L'habileté marchande des conquérants a favorisé l'échange avec les autres cultures et populations d'autant plus, qu'à l'époque, la péninsule arabique était une voie de communication entre l'est et l'ouest très importante pour le commerce.

03(@barspiller)_B.jpgPuisque la linguistique - la philosophie du Coran et les mots de Dieu - était leur force, l'architecte musulman voyait l'architecture comme un moyen d'exprimer sa foi et de remercier le Créateur pour les ressources données aux hommes, en les utilisant de la meilleure façon possible.

Sur un plan spirituel, ce qui en fin de compte influençait les croyances et les traditions des populations conquises est que l'Islam proposait le guide détaillé d'une philosophie de la vie. Cette philosophie dépend du Coran (livre sacré), de l'Hadith (conseils et paroles du Prophète) et de la Charia (interprétations du livre sacré). Le Coran et l'Hadith sont constants dans la plupart des sociétés islamiques. La Charia, cependant, varie, ce qui permet l'intégration des traditions et habitudes locales. Pour cette raison, l'architecture islamique est diversifiée et reflète le caractère de chaque région et culture.

En contraste, les Arabes avaient une philosophie basée sur l'unité de l'univers, ce qui impliquait que l'architecture et l'art islamiques étaient liés à la cosmologie. Cela apparaît clairement dans la pensée Soufie***.

«Le monde visible a été créé afin de correspondre au monde invisible. Rien n'existe en ce monde qui ne corresponde à quelque chose dans l'autre monde». (Abû Hâmid al-Ghazâli, 11e siècle)****.

Chaque forme externe (le macrocosme) est complétée par une réalité interne (le microcosme). Ainsi, l'architecture islamique est, comme les oeuvres de la nature, fonctionnelle et cosmique.

L'histoire du développement de la mosquée, c'est à dire le bâtiment-type de la civilisation islamique, peut être utilisée comme un mètre-étalon du développement architectural.

04(@marviikad)_B.jpg

La première mosquée a été construite à Médine en 622. La mosquée Masjid Al-Nabawi, ou Mosquée du Prophète, était composée d'une simple mais large structure rectangulaire composée de colonnes en tronc de palmier couverte de feuilles de palme. Ce bâtiment était un lieu de prière, de sagesse, d'éducation et de jugement et doit être considéré, pour l'époque, tel un centre civique.

La mosquée du Prophète est ainsi devenue le module à partir duquel les générations futures de constructeurs et de designers se sont inspirés.

«Sa forme architecturale et spatiale primitive fut, pour tous les projets successifs, une sorte d'esquisse basée sur la variation du hall de prière et des cours et elle a effectivement servi la liturgie islamique pendant des siècles. Ses fonctions diverses ont évolué pour donner naissance à une variété de bâtiments spécialisés». (David Yeomans, 1999)*****.

A partir de ce design de base, de nombreuses formes sont nées de l'interaction entre des conquérants et des cultures plus anciennes. Cette croissance intellectuelle est autant représentative de la réussite de la propagation de la religion que de la conquête de nouveaux territoires. C'est quand la capitale s'est déplacée de La Mecque à Damas qu'un prototype de mosquée est devenu nécessaire.

05(@DStanley)_B.jpg

[...]

Tandis que les dynasties évoluaient de l'époque des Omeyyades (de 661 à 750) à celle des Abbassides (de 750 à 1258), les bâtiments ont conservé les mêmes idées philosophiques tout en introduisant des concepts provenant des différents pays. Ainsi, les éléments ayant un rôle majeur dans la création de l'image mystique de l'empire islamique sont : le madkhal (entrée), le ma'azana (minaret), le kubba (coupole), le sahn (cour interne), le musalla (hall de prière), le mihrab (niche) et l'aked (arche).

L'architecture du monde islamique a donc un caractère très fort illustrant une philosophie unificatrice mais se distingue toutefois par différents détails caractérisant les cultures de chaque région.

Certes, l'héritage des dynasties musulmanes peut sûrement être revisité grâce notamment à la stylisation, aux ornementations et l'interprétation modernes des techniques traditionnelles proposées par les architectes régionaux. Il a aussi affecté la culture de l'Espagne coloniale, du Mexique à la Patagonie, où nombre d'églises ont pris modèle sur la mosquée de Cordoue. En témoigne encore les moucharabiehs de l'Institut du monde arabe, à Paris, signé Jean Nouvel ainsi que de nombreux autres exemples.

Taqui Abdin | Archi Nama | Pakistan
15-10-2013
Adapté par : Caterina Grosso

* Laleh Bakhtiar et Nader Ardalan sont les auteurs, notamment, de The Sense of Unity : The Sufi Tradition in Persian Architecture, publié en 1973 par University of Chicago Press
** The History and Conquests of the Saracens, d'Edward A. Freeman, septembre 2004
*** Le Soufisme est une doctrine ésotérique de l'islam mystique
**** Abû Hâmid al- Ghazâli (1058-1111) est notamment l'auteur de Maladies de l'âme et maîtrise du coeur - Livre XXII de l''Ihyâ' 'Ulûm al-dîn', intitulé Livre de la discipline de l'âme, de l'éducation des comportements moraux et du traitement des maladies du coeur
***** David Yeomans est un ingénieur, professeur et historien. Il est aujourd'hui maître de conférences à la Manchester University School of Architecture

06(@JPHH)_S.jpg

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |Un art de la douceur, Atelier Martel

Sur un élégant dossier consacré à la Maison d’Accueil Spécialisée pour épileptiques à Dommartin-lès-Toul, Atelier Martel fait figurer son nom en lettres capitales ainsi que les mots...[Lire la suite]


elzinc

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]

elzinc

Notice |Casa MO par Gonzalo Mardones Viviani

Gonzalo Mardones Viviani aime à citer son maitre Alberto Cruz Covarrubias pour qui, un architecture sans idée relèverait simplement de la construction. «Il est à mon sens l’architecte le plus profond de la...[Lire la suite]

elzinc novembre

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]

elzinc

Album-photos |Pris en flag' à Miami !

Leurs bureaux sont à Paris et l'une de leurs dernières réalisations, à Miami. BarbaritoBancel Architectes a en effet récemment livré le «flagship» Dior de la métropole floridienne qui...[Lire la suite]