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Visite | L'affaire est dans le sac pour Boris Cindric (27-11-2013)

En juin 2012, la Manufacture Camille Fournet a inauguré à Tergnier (02) son extension signée 'Atelier Boris Cindric, Architecture et plus'. Originaire de Sarajevo, cet architecte éclectique qui cultive «plusieurs intérêts et passions», a créé un espace de production de maroquinerie où la lumière et la convivialité jouent les personnages principaux.

Architecture industrielle | Picardie | Boris Cindric

La manufacture Camille Fournet est le «coeur économique de la ville de Tergnier», explique l'architecte Boris Cindric lors de la visite de presse organisée en Picardie le 23 octobre 2013. Comptant à l'époque sept artisans, la Manufacture a fondé son premier atelier de maroquinerie de luxe en 1945 à Saint-Quentin, dans l'Aisne, puis développé l'entreprise en 1991 à Tergnier. L'atelier, qui emploie aujourd'hui 210 personnes, est inhabituellement plongé dans un site résidentiel et cerné de maisons individuelles en brique.

En 2010, la production croissante de la manufacture réclamait l‘ajout d'une extension aussi bien que quelques réaménagements de la partie existante, autant en façade qu'à l'intérieur ; une commande directe pour Boris Cindric.

«Je connaissais Jean-Luc Déchery, [le président de la société. nda], qui m'a fait confiance», raconte l'homme de l'art originaire de Sarajevo, arrivé à Paris en 1995. «C'était pour moi la première occasion de travailler dans un tel espace hybride, regroupant plusieurs fonctions». L'extension accueille en effet l'atelier de production artisanale avec 40 postes de travail, le local de stockage des peaux, les salles de réunion et les bureaux, ainsi que des services pour les employés, notamment les vestiaires et le réfectoire.

02(@EricMartin)_B.jpgContrainte par la structure existante, d'une part, et par les voisins, d'autre part, la parcelle ne faisait que 5.50m de large. Ce fut «juste, mais suffisant» pour les 1.414m² de l'extension, indique l'architecte. Parmi les diverses contraintes du projet, celle de la taille de l'espace était mineure ; en effet, les travaux devaient être effectués en site occupé afin de ne pas interrompre le processus de production de la manufacture.

De plus, dès le début du chantier, l'architecte est tombé sur un autre problème : «chaque chantier a ses défis ; ici, en travaillant sur les fondations, nous avons découvert que le terrain est argileux, ce qui a impliqué une opération plus longue et coûteuse que prévue», dit-il. Ce qui eut une conséquence sur le budget, déjà «relatif». L'homme de l'art a donc fait de nécessité vertu et utilisé, à l'intérieur, des matériaux «plus 'retenus'». «Ceux-ci sont tout de même en harmonie avec ma philosophie générale : bien faire sans étaler !», confie Boris Cindric en souriant.

Parmi ces matériaux de faible coût, l'architecte compte aussi la lumière : «attendu que tout le monde se plaignait du temps toujours mauvais, l'éclairage naturel est donc devenu l'un des composants importants du projet», explique l'architecte à propos du traitement de la façade, composée d'un «mur rideau» en polycarbonate transparent. «Ce matériau a une haute performance technique et laisse en même temps pénétrer la lumière naturelle sans modifier sa couleur».

Les rayons du soleil pénètrent ainsi abondamment à l'intérieur du hall, pourtant étroit et haut «telle une église», dont les murs sont peints avec des tonalités neutres de gris et de blanc. «Les gens sont les vrais couleurs des bâtiments, pas les teintes aux murs», souligne Boris Cindric. «En plus, je voulais laisser à l'image de la marque Camille Fournet la possibilité de se développer en toute liberté, sans être liée à des couleurs en particulier».

03(@EricMartin)_S.jpgChaque composant de cette opération est donc le fruit d'une longue réflexion tant à propos de la marque elle-même que de la qualité du travail de production au sein de l'atelier, soit un an d'études avant le début des travaux en 2011. «J'aime bien prendre beaucoup de temps pour réfléchir, pour me confronter avec le client et avec tout ce qu'implique le bâtiment. Cela m'aide à bien réaliser mes projets», raconte l'architecte. «Quand j'ai compris qu'ici des gens travaillent pendant des journées entières assis dans la même position, j'ai commencé à beaucoup stresser : je devais absolument parvenir à créer un espace le plus agréable possible !», confie Boris Cindric.

C'est ainsi que, au lieu de respecter le programme en réalisant deux niveaux séparés, l'architecte a tout de suite proposé au maître d'ouvrage de «réaliser une passerelle au premier étage, créant un balcon surplombant sur le rez-de-chaussée», ceci afin de former «une vraie et constante connexion visuelle avec l'atelier et connecter les salles de réunion, les bureaux et le réfectoire au premier étage».

Grâce à la transparence de toutes les pièces vitrées, l'architecte a obtenu partout une «perspective libre, tant entre les espaces que vers l'extérieur», afin d'encourager la communication au sein de l'entreprise. «Les personnes qui travaillent dans les salles de réunion au premier étage voient celles qui dessinent les collections et qui produisent dans l'atelier. Tout le monde a en outre une vue ouverte vers la rue», précise-t-il. «Ainsi, tout est connecté et, en quelque sorte, tout le monde travaille ensemble».

04(@EricMartin)_S.jpgPar ailleurs, «tous les éléments techniques sont cachés». La centrale de chauffage est sur le toit pour économiser l'espace et l'énergie - «au lieu de monter la chaleur et la porter vers le bas, elle est directement distribuée du haut » - tandis que tous les câbles des machines de l'atelier sont «cachés sous le sol au rez-de-chaussée». Ainsi, cet espace ressemble plus à une boutique artisanale contemporaine qu'à un lieu de production.

C'est en visitant la partie ancienne de la manufacture que l'intention de l'architecte prend tout son sens. Le changement d'ambiance est radical. Le bâtiment R+0, à l'atmosphère plutôt claustrogène, était envahi par une «forêt de câbles qui pendaient du plafond», lesquels sont désormais «plus ou moins rangés» selon un système mis au point par l'architecte. «Je n'étais chargé ici que d'une très légère intervention dans les bureaux et sur les parcours de connexion avec la partie neuve».

Boris Cindric estime que l'ouvrage démontre tout «l'intérêt d'un long dialogue avec la maitrise d'ouvrage» autant que la nécessité de se «stresser» avant d'intervenir sur la vie des employés.

Caterina Grosso

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