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Chronique | Louvre-Lens : qu'est-ce qui cloque ? (08-01-2014)

Le Louvre-Lens, odieusement scandaleux ? Le dernier chic reste de se pâmer devant le minimalisme japonisant qui plus est couronné sans surprise d'une Equerre d'Argent. Une situation inévitable. Il n'y aurait donc eu, d'architecture en France, que ce musée, en 2013 ? Une situation regrettable. Le 21 janvier 2014, SANAA recevra ainsi le trophée. Voici l'occasion de visiter, cette fois-ci, l'ArnAAque.

Bâtiments Publics | Culture | Lens | SANAA

Le Louvre-Lens... Encore ? Oui, car de l'intérieur cette fois-ci. L'extérieur n'était pas, déjà, des plus enthousiasmants (lire à ce sujet : En fanfare, double imposture à Lens). L'équipe du musée, aujourd'hui, s'en excuse d'ailleurs au nom de «l'expérimentation».

Il se murmure même que le parti choisi pour l'aménagement dehors soit plus adapté à un jardin de 300m² qu'au parc d'un prestigieux musée. D'où le fiasco, disons-le, même au printemps venu. Bref, entre «expérimentation» et erreur d'échelle, le Louvre ne sait que faire. Jachèèère !

02(@JPHH)_B.jpgDedans la boite sans âme, froide et minimale, aussi prolixe que Kazuyo Sejima en conférence, un musée, dit-on, révolutionnaire. Le hall d'accueil, en ce petit matin d'automne, ne désemplit pas. Preuve du succès. Les bobos frigorifiés n'ont qu'à bien se tenir. La culture a un prix. Ou presque, l'accès est encore gratuit pour une année.

Direction la fumeuse galerie du Temps, celle sans cesse reproduite et qui, sur papier glacé, laisse rêver par tant de jeux de reflets. C'est, en réalité, sans compter les cloques apparues ici et là sur les parois en métal. Pratique, la gomme sur Photoshop.

Un quart de la galerie du Temps est vide puisque occupée par une vaste pente. La raison ? Un belvédère pour admirer le splendide fatras des époques ! Certes. Autre explication, «économique» et «formaliste», cette fois-ci : pour maintenir la ligne pure du projet, il fallut excaver.

Le Louvre réclame une hauteur sous plafond de 5 mètres. De telles proportions impliquent la réalisation, en façade, d'un vitrage sur-mesure. A l'époque des premiers appels d'offres, la sentence tombe : trop cher ! Le choix est donc fait sur catalogue. A peine 4 mètres. Il faut donc, in fine, creuser la galerie.

Qui l'eut cru ? SANAA, la forme avant tout ! Ajouter un centimètre aux colonnes du hall pour économiser sur la difficile gestion des déformations de la façade ? Hors de question ! La forme ! Caprice nippon ! Gehry, pendant ce temps, a bon dos.

04(@JPHH)_B.jpgL'espace de la rampe est donc perdu, inutilisable. Au prix du m², une bagatelle ! Enfin, un peu plus bas, les premières oeuvres de l'Antiquité s'offrent aux visiteurs. Le tout est irregardable. Cimaises et supports sont omniprésents et tentent vaguement de singer une scénographie conçue en 1968 par Lina Bo Bardi à São Paulo.

Tableaux, sculptures... Quid de l'objet ou du regardeur, qui est observé ? L'ensemble est illisible. En tout et pour tout, une ambiance d'exposition de salle des ventes dans une vaste aérogare. Embarquement immédiat porte L-62, une-fois, deux-fois, trois-fois, madame adjugé, vendu 150 millions d'euros, c'est à vous !

Bref, la juxtaposition et la coprésence est bonne pour le cabinet de curiosités, voire la broc' de quartier. Le Louvre selon SANAA, ce n'est, en fin de compte, qu'une question de contenant, de boîte à chaussures. La question du parcours, du seuil, de la perspective, de la succession ou de la surprise n'est jamais posée. Encore moins celle de l'expérience.

03(@JPHH)_B.jpgIn fine, les oeuvres sont lâchées comme quelques bêtes naturalisées dans une galerie de l'évolution ; le musée propose une lecture darwiniste de l'art avec, en point d'orgue, le XIXe...

Certes, SANAA, pas plus que la scénographie et le choix des oeuvres, ne fait pas montre d'un sens de l'espace ou d'une quelconque géographie. Asie, Amériques, cachez-vous ! En fin de parcours, une autre salle vitrée ponctuée de sombres rotondes, ô combien pratiques pour les accrochages. Les murs courbes sont, à n'en point douter, un régal pour le muséographe... Du moins à en juger les trois objets exposés.

Tout ça, c'est, bien entendu, sans compter la galerie d'expositions temporaires, pendant de la galerie du Temps, de l'autre côté du hall.

Ici, il faut s'enquérir d'un billet pour rentrer. Tiens, au fait, après l'aller-retour Paris-Lens, le déjeuner au resto du musée vaut minimum 30€ par personne. A Lens, culture populaire.

Le contrôle passé, le volume de la galerie d'expositions temporaires présente des murs nus, comme à l'origine du projet. L'aluminium dépoli n'est, rappelons-le, arrivé que plus tard, motivé par la crainte d'un espace blanc, minimal, somme toute morne. Le miroir aurait été trop clinquant, alors l'aluminium fut la belle trouvaille. Sauf qu'il faut encore douiller. Exit l'évanescence des reflets pour le temporaire.

L'endroit, aussi nu que vide, implique la réalisation de coûteuses scénographies (en moyenne 300.000 euros pièce). Et de se remémorer les propos critiques de Rudy Ricciotti dans Le Monde du 1er juin 2013 sur «la monumentalisation de la scénographie». Une architecture jetable, plus ou moins à propos, loin de toute durabilité, et la scénographie bouée de sauvetage indispensable pour volume ingrat.

05(@JPHH)_B.jpgFaut-il maintenant parler des fuites et des bâches installées sur le toit du musée ? Il s'agit là d'accuser la précipitation à livrer en temps et en heure un édifice «remarquable».

Bref, autant d'argent, d'énergie, de bonne volonté mis au service d'une architecture prétentieuse et inadaptée. Les Lensois, en lieu d'un 'palais', disposent d'un hangar. En lieu de révolutionner, le Louvre-Lens révolte.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Lecteur | lecteur | 18-04-2014 à 06:45:00

Pourquoi tant de haine...Plus sérieusement, croiser les points de vue est tout ce qui a de plus louable, certes, mais un article critique nécessite un argumentaire construit pas une prose de comptoir. Il en va du sérieux de cette revue.

RPG | 11-01-2014 à 09:20:00

@Bazire
Il y a contenu et contenant. CGP et LL sont deux initiatives exemplaires, des prises de position politique courageuses permettant l'accès le plus grand possible à la culture.
Il est question ici d'architecture. Je connais CGP et le contenant est loin de la réussite affichée dans les médias. Je ne connais pas le LL. Le portrait qui en est dressé ici ne m'étonne pas. Je pense que vous ne parlez donc pas de la même chose. Non?

bazire | citoyen | centre | 10-01-2014 à 09:39:00

tout à sa haine hugron n'y voit même plus clair, merci à JL d'avoir rétabli les faits d'une manière un peu plus juste !
le peuple, avec lequel Hugron n'a plus grand chose en commun, s'y trouve bien, comme à Metz au CGP et noue pour beaucoup un vrai premier contact avec la culture bourgeoise... c'est la seule chose qui compte !
continuez malgré tous les "hugron" du monde, bravo.

JL | 09-01-2014 à 01:19:00

Si la plupart des commentaires restent à l'appréciation de chacun, il est quelques points qui sont erronés et que je désirerais rectifier :

1 - In fine, les oeuvres sont lâchées comme quelques bêtes naturalisées dans une galerie de l'évolution ; le musée propose une lecture darwiniste de l'art avec, en point d'orgue, le XIXe... [...] Certes, SANAA, pas plus que la scénographie et le choix des œuvres, ne fait pas montre d'un sens de l'espace ou d'une quelconque géographie. Asie, Amériques, cachez-vous ! "

Concernant l'arrêt au XIXe siècle, je me contenterai de renvoyer à l'histoire des collections asiatiques du Louvre, qui ont déménagé à partir de 1945 vers le Musée Guimet :
http://www.guimet.fr/fr/musee-guimet/histoire-du-musee-guimet

Idem pour les collections datant d'après 1848 : http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/histoire-des-collections/accueil.html

Et enfin, cf. le Musée Branly pour l'Amérique :
http://www.quaibranly.fr/fr/collections/les-collections-de-reference/quatre-collections-exceptionnelles.html
http://www.quaibranly.fr/fr/l-etablissement-public/le-film-promotionnel.html

Venons-en au parcours de visite. Il est dommage que M. Hugron, accaparé par le bâtiment, n'ait vraiment pris la peine de regarder comment le(s) parcours avai(en)t été conçu(s). Rappel rapide : un déroulement chronologique de -3500 à 1850, et une répartition par aire géographique : sud de la Méditerranée (Égypte) à gauche, Proche-Orient (Mésopotamie) au centre, nord de la Méditerranée (Grèce, Étrurie, Rome) à droite. Puis de même arts de l'Islam, art byzantin, art occidental gothique au Moyen-Âge, et enfin Italie, France, Pays-Bas pour les peintures ; le tout dans le même ordre. J'épargnerai les différentes pistes thématiques telles que l'écriture, le funéraire, le corps humain, le sacré, l'art au service du pouvoir etc., et encore moins des échos entre toutes les pièces, une semaine n'y suffisant pas, des livres d'histoire de l'art, facilement abordables, sont là pour ça.

2 - "Tout ça, c'est, bien entendu, sans compter la galerie d'expositions temporaires, pendant de la galerie du Temps, de l'autre côté du hall. Ici, il faut s'enquérir d'un billet pour rentrer."

Pour rappel, ce seul espace d'exposition change tous les trois mois (montage puis démontage), il est dommage que l'auteur n'ait pris la peine de visiter les trois expositions Renaissance, l'Europe de Rubens et les Étrusques pour se rendre compte des légères différences muséographiques entre elles.

3 - "Tiens, au fait, après l'aller-retour Paris-Lens, le déjeuner au resto du musée vaut minimum 30€ par personne. A Lens, culture populaire."

Sur ce point, il est évident qu'un restaurant gastronomique, classé au guide Michelin, sera infiniment plus cher que la cafétéria située DANS le hall, ou encore la friterie sise à deux minutes à pied (encore faut-il prendre la peine de sortir du parc), voire les nombreux restaurants du centre-ville (dix minutes grâce à la navette gratuite effectuant le trajet entre la gare et le musée). Il est donc possible de s'en sortir pour une somme variant entre 10 et 20€.

En espérant avoir pu éclaircir tout aussi objectivement cet article.

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