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Projet | Pour la Cité Descartes, au MEEDAT le discours, à Pargade la méthode (28-10-2010)

"Ce bâtiment paysage réalise un relief ondulé qui compose un immense parc verdoyant à vocation écologique et réalise une véritable osmose entre l’architecture et l’environnement", expliquent Jean-Philippe Pargade (mandataire) et Caroline Rigaldies (associée). De fait, le Pôle Scientifique et Technique de Marne-la-Vallée a valeur de symbole. Explications.

PPP | BEPOS | Bâtiments Publics | Bureaux | Education | | Jean-Philippe Pargade

A propos du Pôle Scientifique et Technique (PST) de la Cité Descartes à Marne-la-Vallée, dont l'architecte Jean-Philippe Pargade livrera les éléments (dont ce bâtiment curieusement intitulé XXL) à l'horizon 2012, l'ambition n'est rien moins que la constitution "d'un pôle de recherches sur les techniques de la ville de dimension mondiale", explique avec solennité Emmanuel Moulin, responsable du projet PST au sein du MEEDAT*, soit le ministère de l'Ecologie pour faire court. "L'enjeu est de réussir la synergie des différents acteurs de la chaîne de production de la ville, qu'il s'agisse des matériaux, des bâtiments, des infrastructures, de la mobilité, des sciences humaines, de l'urbanisme, de l'architecture ou de l'eau", précise-t-il, le tout dans l'optique, évidemment, de la "mise en oeuvre des engagements du Grenelle de l'environnement".

Un enjeu de taille apparemment puisque pas moins de cinq fonctionnaires du MEEDAT s'étaient déplacés le lundi 18 mai dernier à l'agence de Jean-Philippe Pargade pour une présentation à la presse du projet. Le PST comptera 1.500 chercheurs, ingénieurs et doctorants d'organismes dépendants du MEEDAT, d'écoles supérieures, d'instituts et de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée**. Au-delà, ce PST s'inscrit dans la vision du Grand Paris du président Nicolas Sarkozy - la proposition de métro de Christian Blanc y prévoit d'ailleurs une station - ainsi que son ambition réitérée de la constitution de "grands pôles d'excellence". La pression politique est donc importante et la date de livraison - 2012 - ne doit rien au hasard.

C'est dans ce contexte que Jean-Philippe Pargade a remporté en septembre 2008 - à l'unanimité faut-il souligner - le concours international lancé en avril de la même année par le MEEDAT (les autres candidats retenus étant Brigitte Métra, Architecture-Studio, Dominique Coulon et Dubus-Richez). Le programme, outre la création des laboratoires et locaux tertiaires destinés aux établissements cités, comprenait également un "coeur de pôle" autour duquel organiser l'accueil, les espaces de vente et de documentation, un centre de conférence et des espaces de convivialité (restaurant, cafeteria, salles de sport et même une crèche). Enfin, un important volet 'qualité environnementale' et un autre concernant l'aménagement du site étaient requis. C'est d'ailleurs pour avoir su articuler ces différents éléments que Jean-Philippe Pargade (mandataire) et Caroline Rigaldies (associée) ont gagné, plus que sur la seule architecture.

02(@J.P.Pargade)_B.jpg De fait, les architectes parleront au fil de la présentation d'un "bâtiment-paysage" ou encore d'"osmose entre architecture et environnement". "La composition urbaine met en scène un très vaste espace paysager en coeur d'îlot qui crée le lien entre l'ensemble des équipements existants et futurs du site", met en exergue le MEEDAT dans sa présentation. "Le bâtiment, en prolongement de la trame verte du campus, crée l’échelle d’un espace public majeur unique dans la ville nouvelle", soulignent pour leur part les architectes.

Cet espace paysager n'est pas gratuit ou, pour le dire autrement, simplement là pour faire joli. En effet, Jean-Philippe Pargade, diplômé d'un troisième cycle d'urbanisme aux Ponts & Chaussées "à l'époque des Trente Glorieuses", estime que l'institution Ponts & Chaussées, la France désormais reconstruite et abondamment pourvue en infrastructures, est en mutation, avec une orientation aujourd'hui de plus en plus affirmée vers le développement durable et l'aménagement. Il est d'ailleurs symbolique que l'immeuble de la rue des Saints-Pères à Paris de l'école des Ponts et Chaussées ait été vendu, entre autres, afin de financer ce nouvel établissement. "Cela m'intéressait d'accompagner cette mutation", souligne l'architecte. Le volet paysager du PST est donc aussi là pour signifier que cette mutation, à ses yeux au moins, est irrémédiable.

03(@J.P.Pargade)_S.jpg Les ingénieurs apprécieront d'ailleurs sans doute l'ingéniosité constructive de l'immense plateau technique polyvalent (200m de long, tout comme le bâtiment tertiaire) inséré sous un "paysage ondulé" conçu en béton précontraint par post-tension. C'est là que prendront place tous les espaces partagés des différents établissements, dont l'accueil, le centre de documentation, le restaurant, etc. ainsi qu'une halle d'essai, des ateliers et des laboratoires. "Depuis la toiture terrasse luxuriante, en se surélevant de quelques mètres seulement, on profite d’une vue panoramique qui nous fait découvrir l’horizon. Sous la voûte, dans le coeur de pôle, la végétation et la lumière pénètrent à l’intérieur des locaux de convivialité", soulignent les architectes. A noter enfin que ce grand parc, pourtant situé sur un terrain privé, sera ouvert au public.

04(@J.P.Pargade)_S.jpg Concernant le bâtiment tertiaire, en trois entités, les architectes se sont attachés à concilier l'indépendance et l'autonomie de chaque organisme. Au sein de chaque entité, Jean-Philippe Pargade a développé son principe de patios - il y en aura six au PST - tels qu'ils furent mis en oeuvre au Pôle Santé du Bailleul ; ces patios apporteront sans doute, ici comme là-bas, abondance de lumière naturelle et des vues insoupçonnées au sein même de l'établissement.

Ces trois entités sont reliées par des coursives extérieures assurant la transversalité du site tant dans ce qu'offrent en opportunités de rencontre ces coursives - les fumeurs apprécieront - que par les ouvertures qu'elles créent, évitant ainsi de boucher l'horizon et permettant de laisser, là encore, pénétrer la lumière jusqu'en coeur d'îlot.

La façade nord sera recouverte en pierres massives et isolée de l'extérieur ; cette façade, qui surplombe le boulevard, est également conçue pour en accentuer le caractère urbain. La façade sud, quant à elle, sera entièrement bardée de panneaux photovoltaïques ajustables. Les programmes des différentes écoles étant amenés à évoluer, l'intention des architectes était de créer un bâtiment lui-même évolutif ; ils ont à ce titre mis en place un système constructif qui permettra notamment, le cas échéant, d'ajouter facilement un étage supplémentaire à chaque entité si le besoin s'en fait sentir.

05(@J.P.Pargade)_B.jpg Alors que Jean-Louis Borloo, ministre du MEEDAT et qui a rang de ministre d'Etat et numéro 2 du gouvernement, se montre d'une remarquable discrétion, ce PST se doit d'avoir valeur de 'promesse tenue'. Les architectes ont donc soigneusement inclus dans leur projet tous les paramètres d'une "démarche environnementale ambitieuse" : le vent (ventilation), le soleil (chaleur, lumière), l'eau (eau pluviale, géothermie), la terre, etc. Ne manque que le feu. Sauf qu'ils ont conçu ce bâtiment 'basse consommation' en s'appuyant sur des recettes simples et éprouvées, s'appuyant sur "une technologie de pointe maîtrisée et non coûteuse". La forme très simple du bâtiment n'est-elle pas déjà une forme d'optimisation ? Détail sans doute, c'est un bureau d'études suisse - SNC Lavalin - qu'a retenu l'équipe Pargade.

Le PST deviendra un bâtiment à énergie positive grâce à un montage financier ingénieux. En effet, le financement du projet (69 millions d'euros) est essentiellement issu du produit des ventes des biens immobiliers appartenant au MEEDAT, dont l'école des Ponts et Chaussées déjà citée, le siège du LCPC (Paris), siège de l'Inrets (Arcueil), etc. La région concourt également à ce budget.

Plus surprenant, l'installation des panneaux photovoltaïques ajustables de la façade sud est financée dans le cadre d'un partenariat public-privé nouvelle génération puisque l'opérateur se remboursera, et tirera profit peut-on supposer, de la revente de l'électricité produite. Plus surprenant encore, Jean-Philippe Pargade gardera la haute main sur tout le process d'innovation et de mise en oeuvre de ces panneaux ; un appel d'offres en PPP lancé par un architecte, voilà qui peut se révéler intéressant.

"Refusant l’idée d’un objet architectural célibataire, l’architecture de XXL construit le paysage, renforce les structures urbaines du site : elle est fédératrice et évolutive. Le bâtiment s’installe le plus justement dans le paysage sans rajouter d’éléments nouveaux, dans une démarche minimale économe en moyen. Il prend en compte l’échelle du territoire du campus dans une belle vision d’ensemble et lui apporte cohérence et unité", concluent les architectes.

Christophe Leray

* Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du Territoire. Ouf !

** CSTB, Ecole des Ponts Paris tech, Ecole nationale des sciences géographiques, Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS), Laboratoire central des ponts et chaussées, Service d'études sur les transports, les routes et leurs aménagements + L'école d'architecture de Marne-la-Vallée et l'ESIEE + l'Institut français d'urbanisme et l'Institut d'urbanisme de Paris, notamment.

Fiche technique

06(@J.P.Pargade).jpg Lieu : Cité Descartes à Marne-la-Vallée
Maître d’ouvrage : MEEDDAT - DAF (Délégation ministérielle à l’action foncière, pôle immobilier)
Concours : 2008
Livraison : Eté 2012
Surface : 41.000m² SHON
Coût : 69 millions d'euros HT (valeur janvier 2008).
Bureau d’études : SNC Lavalin
Mission : MOP de base

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 22 mai 2009

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