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Cahier Spécial - Maisons Individuelles 2014

Présentation | La cause et l'effet, CoBe en campagne (22-01-2014)

«Voilà un projet d'urbanisme, de paysage et d'architecture», revendique Alexandre Jonvel, associé de l'agence CoBe aux côtés de Martin Lemerre et Raphaël Denis. L'architecte présente ainsi, non sans fierté, Le Clos des Fées, ensemble résidentiel livré en 2013 dans le Pays de Caux, à Paluel (76), sur la côte normande. Un projet où technologie et image d'Epinal se confrontent.

Logement individuel | Seine-Maritime | CoBe

Le Clos des Fées. Le nom paraît, a priori, un brin désuet. A mesure des explications d'Alexandre Jonvel, architecte associé de l'agence CoBe, il prend tout son sens. A quelques centaines de mètres du site, une centrale thermo-nucléaire. «Il y a la magie de l'électricité», débute-t-il. Puis, s'invite dans la conversation l'évocation d'un tableau de Raoul Duffy, La Fée électricité.

Depuis, une rue de l'ensemble rend hommage à l'artiste. Au-delà, CoBe a souhaité donner au «Clos» une dimension «poétique» et «artistique». Il s'agissait avant tout de construire un ensemble de 18 maisons en location à proximité de Paluel sur la côte normande, au nord de Fécamp.

«Le quartier a tout d'abord été conçu pour proposer un habitat adapté à la population vieillissante du village. Le programme prévoyait même un équipement balnéo-thérapeuthique», explique Alexandre Jonvel.

In fine, ce dernier élément programmatique est abandonné pour des raisons de concurrence déloyale avec le privé. «L'intérêt du projet a finalement été de créer un ensemble intergénérationnel», reprend l'homme de l'art.

02(@LucBoegly)_B.jpgRestait à éviter l'écueil du lotissement. «Je suis originaire du Pays de Caux», prévient l'architecte. En tête, autant un imaginaire riche qu'une enfance à observer le paysage. «J'avais en moi beaucoup de choses que ne j'avais pas encore analysées», soupire-t-il.

Les origines sont un atout autant que le book de l'agence. «Nous avions livré, non loin, une chaumière à Bourg-Achard. C'était sans doute arrivé aux oreilles du maire de Paluel. Nous étions toutefois, au moment du concours, des outsiders ; nous étions les juniors de la compétition», se souvient Alexandre Jonvel. C'était en 2006. Un an plus tard, CoBe était désigné lauréat.

«Nous avions inscrit notre projet dans une culture locale», indique-t-il. A l'architecte de parler, tour à tour, d'habitat traditionnel, du «clos masure», du bocage discontinu, du pays de Caux et de témoigner d'un amour sans borne pour ses terres natales.

03(@LucBoegly).jpg «Paluel réunit de nombreux hameaux tous entourés de talus et de hêtres. C'est la forme locale du bocage», assure-t-il. Voilà une première source d'inspiration.

«Nous ne voulions pas consommer dans son ensemble l'assiette foncière du concours. Nous n'avons utilisé que la moitié du terrain proposé. D'un point de vue urbain, l'ensemble n'est pas dense ; depuis Paluel, il l'est», sourit l'architecte.

«Trop nombreux sont les villages à céder au système du lotissement. Il n'y a, en France, presque personne pour réfléchir l'urbanisme du monde rural», assure-t-il. Aussi, le «Clos» se réclame «système alternatif». Ni clôture, ni barrière ; un réseau de fossés délimite les parcelles de chaque maison.

Jeux pour enfants, salle polyvalente et ateliers d'artistes parachèvent l'ensemble. «Nous voulions pour ce projet, en accord avec la maîtrise d'ouvrage, un rayonnement départemental. Nous avons alors conçu avec l'agence de paysagistes Mutabilis un parc qui doit, à terme, participer de l'attractivité de la commune», assure Alexandre Jonvel.

L'architecte a pour modèle le Bois des Moutiers à quelques kilomètres et sa demeure «Arts & Crafts», début de siècle. Aussi, pour le parc de l'ensemble résidentiel, des artistes ont été invités. Quelques oeuvres parsèment désormais le parcours.

04(@LucBoegly)_B.jpgLes maisons, quant à elles, reprennent l'image de la longère. «Ce sont des édifices peu larges, d'à peine 5 mètres d'épaisseur. Nous avons ensuite décliné un modèle selon un système de double et triple nef», explique-t-il.

«Nous avons opté pour un système constructif low tech. Il n'y a pas de pont thermique et le chaume garanti une bonne isolation», dit-il.

Les toits sont bifaces : au sud, un revêtement de zinc, au nord, du chaume. «Après guerre, beaucoup de toitures abimées ont été rénovées. Les gens n'avaient que peu de moyens à l'époque et avaient fait le côté nord en chaume et le sud, en tôle. Nous avons voulu réinterpréter cette histoire. Nous avons aussi intégré des panneaux solaires côté zinc», précise-t-il. Le développement durable, toujours en mire.

Les diverses solutions constructives sont donc empruntées au contexte régional. Les matériaux en revanche, ne le sont pas. «Nous aurions voulu travailler avec du chaume de Baie de Seine mais ce n'était pas possible. Nous avons travaillé avec du chaume de Camargue», débute-t-il.

«Il y a plus de 50 ans, le chaume était fait à partir de seigle et de blé. Celui de Camargue vient du roseau, lequel est, quant à lui, plus difficile à embraser». Restait la mise en oeuvre. Dix-huit maisons sont loin d'être un petit projet. L'entreprise nantaise spécialisée n'y suffisait pas et des compagnons de Pologne sont venus en renfort.

05(@LucBoegly)_B.jpgEnfin, comment ne pas, à partir de la réinterprétation de la tradition, franchir la ligne du pastiche ? «Je ne singe pas. Je travaille sur la justesse structurelle et l'économie de moyen. J'appelle cela du tradi-tech et c'est une architecture résolument contemporaine», répond-il.

Les mots employés ne sont pas sans rappeler l'approche de Philippe Madec. «Nous ne sommes pas si éloignés. Nous avons souvent été, lors de concours, face à face et nous sommes vraisemblablement dans la même logique de lecture du paysage», concède Alexandre Jonvel.

«Ce projet relève pour moi de la petite utopie», dit-il. Utopie néanmoins réaliste. L'agence, pour l'heure, travaille à différents projets urbains et le Clos des Fées inspire d'autres plans. Parmi eux, une ZAC à Rennes. «Nous entrons dans une logique de viabilisation du terrain pour réécrire un système d'ilots. Nous sommes également dans une logique de corridor biologique», explique-t-il.

La campagne à la ville !

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Paluel
Maîtrise d'oeuvre : CoBe Architecture & CoBe Urbanisme / Mutabilis Paysage / BERIM Bet
Surface du terrain : 5.67ha
Détail des surfaces : 8 T2 : 92m² ; 8 T3 : 120m² ; 2 T4 : 140m² ; 2 gites : 115m² ; 3 ateliers d'artistes : 330m² ; Maison commune : 840m² ; Atelier de rempotage : 70m² ; Parc paysager : 2ha
Coûts de l'opération (HT travaux) : 11.2M€ H.T.
Livré  

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