Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil Etudiant

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Compte-rendu | Jean-Dominique Secondi et le concert des arts (30-01-2014)

Alors, le Palais Royal, avec ou sans Buren ? Il y a 25 ans, l'affaire défrayait la chronique. Qui, aujourd'hui, pour s'en soucier ? Jean-Dominique Secondi, architecte, fondateur de l'agence de conseil et de production artistique Arter, exposait le 11 avril 2013 aux étudiants de l'ESA, à Paris, son analyse quant à la place de l'art en ville.

Vie étudiante | Ecole Spéciale d'Architecture | France | Jean-Dominique Secondi

«Il est fascinant d'observer et d'étudier comment l'art contemporain a été intégré dans des lieux qui n'ont, a priori, pas été conçus pour l'accueillir, comment il crée un lien entre les individus qui acceptent ou non sa présence là où il n'est pas censé être», expose Jean-Dominique Secondi face à un public de futurs professionnels de l'architecture.

Son intérêt pour l'intégration de l'art dans un contexte urbain est né «par hasard» mais aussi par nécessité : étant contraint de fermer son agence d'architecture en 1995 à cause de la crise, l'homme de l'art a dû «envisager une possible évolution professionnelle» ; pourquoi donc ne pas se consacrer à l'étude du rapport entre art et lieu et à l'analyse des différences entre projets pérennes et projets éphémères ?

02(@ellbrown)_S.jpgL'interaction entre art et vie urbaine est une histoire aussi vaste que complexe. «L'art a évolué ; il s'est transformé, passant d'objet à véritable composante de l'environnement», dit-il. En 1885, alors que les monuments publics ont toujours fait partie du paysage urbain, «la sculpture d'Auguste Rodin, 'les Bourgeois de Calais' a été posée à même le sol public sans aucun socle. Ici, pour la toute première fois, l'art a intégré le monde réel». Depuis, l'intégration de l'art aux lieux publics, de l'art à la vie urbaine, de l'art à la ville, a particulièrement évolué.

Pendant les années 60 et 70, l'échelle du sujet s'est agrandi ; l'attention des artistes s'est davantage portée sur le rapport de l'art au paysage, notamment à travers le land art, «un cadre dans lequel les artistes ont étudié la matière, en gravant des terrains, l'énergie, en produisant des champs magnétiques et aussi de la lumière, naturelle ou artificielle», dit-il.

Ce courant a donc été à l'origine d'un «processus d'intégration entre espace public et art contemporain, un rapport qui, jusqu'ici, en France, était tourmenté et a mis longtemps à s'affirmer», explique-t-il.

L'oeuvre d'art a été considérée tel un objet unique et indépendant qui a perdu son identité pour en acquérir une autre : devenir partie intégrante de l'espace construit. «L'institution du 1% artistique pour les projets publics a ouvert le champ, notamment la fontaine Stravinsky juste à coté du Centre Pompidou», assure Jean-Dominique Secondi.

03(@Retis).jpgToutefois, qu'en est-il de l'oeuvre qui occupe un espace public et dont la présence n'est 'justifiée' par aucune liaison avec un projet architectural ou urbanistique ? «C'est notamment le cas d'oeuvres 'in situ' ; ce sont celles que les gens ont le plus de difficulté à accepter», explique l'architecte.

«Parmi d'autres, l'intervention de Daniel Buren au Palais Royal à Paris, qui s'est insérée là où il y avait auparavant le parking des employés, a provoqué des réactions très violentes. Les gens n'ont pas reconnu le droit d'occuper cet espace», dit-il.

Au fil du temps, la contestation a progressivement disparu, laissant place à un rapport entre urbanisme et art qui a évolué au point de créer un véritable mélange. «A partir des années 80, les oeuvres s'intègrent aux aménagements urbains et aux équipements publics. C'est le cas, entre autres, des installations artistiques et lumineuses qui parsèment le parcours du tramway dans plusieurs villes françaises, notamment Strasbourg», souligne-t-il. L'art est ainsi fortement lié à l'urbanisme et à la vie quotidienne. Les frontières sont désormais toujours plus ténues.

04(@andymag)_B.jpg«Une oeuvre peut alors être un élément intégré, intégrant ou bien donner l'impression de se trouver là quasiment par hasard. Quel que ce soit ce rapport, soit l'espace public réagit à l'oeuvre d'art, soit elle réagit à l'espace», affirme-t-il.

'Le Puppy' de Jeff Koons est alors montré en exemple en vue d'illustrer la manière dont une oeuvre, même à échelle disproportionnée et provocatrice, peut créer une forme d'harmonie avec le lieu qu'elle 'envahit'. «Ce chien énorme que l'artiste a représenté assis en face de plusieurs bâtiments institutionnels s'est tout à fait intégré», soutient-il.

Contrairement à ce que d'aucuns pourraient imaginer, la grande échelle ne complique pas, en effet, le rapport oeuvre-espace ; 'Les Habitants' de Xavier Veilhan à la Cité Internationale de Lyon en sont un témoignage. «Ici, les statues à grande échelle reproduisent les possibles usagers de la Cité, y compris les animaux du zoo du Parc de la tête d'Or. Ces sculptures sont devenues un véritable point de repère et de rencontre», convient Jean-Dominique Secondi.

La fin de l'art ? Probablement pas. L'architecte rappelle l'importance d'interventions artistiques dans la prospective urbaine. En guise d'exemple, Paris Plage et l'anticipation de la piétonisation des quais parisiens.

05(@ARTER)_S.JPGThéoricien, Jean-Dominique Secondi n'en demeure pas moins praticien. Il a notamment participé avec son agence Arter au réaménagement des Rives de Saône à Lyon, dans le cadre de l'opération du Grand Lyon lancé en 2010.

«Le projet 'River movie' se déroule sur 20 kilomètres en bord de fleuve ; plusieurs parcours ont été conçus en s'adaptant au paysage et en envisageant une manière de créer des expériences différentes le long de la promenade».

Cet ambitieux projet urbain a été pour Jean Dominique Secondi «l'expérience de l'intégration désormais affirmée entre architectes, paysagistes, ingénieurs et artistes travaillant tous sur un même lieu».

Bref, un exemple à suivre.

Caterina Grosso

Réagir à l'article


Compte-rendu |Devenir architecte-citoyen grâce au réemploi des matériaux de construction

Ouvrant un cycle de conférences dédié au réemploi de matériaux de construction, dont la première partie était organisée par l’association Bellastock le 29 février dernier à...[Lire la suite]


Actualité |Erasmus, quoi, où, quand, comment ?

'L'herbe est plus verte ailleurs', 'les voyages forment la jeunesse'... Autant d'adages pour motiver un jeune étudiant en architecture à prendre la poudre d'escampette. Le programme d'échange Erasmus est l'opportunité de...[Lire la suite]

Concours |Minimaousse, le concours qui met le pied à l'étrier

Jusqu’au 27 février 2011, les projets des lauréats de la 4ème édition du concours biennal de micro-architecture 'Minimaousse' sont exposés à la Cité de l’architecture et du patrimoine*....[Lire la suite]

Chronique |Les mosquées ottomanes : lieux de culte, monuments symboles d'Istanbul

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris Val-de-Seine. Son projet Magenta consiste en un périple au travers de 19 pays en 10 mois afin d'études d'architectures symboliques, vernaculaires ou...[Lire la suite]

Interview |Ingénieur puis architecte : «Si c'était à refaire, je le referais»

Faisant partie de la première promotion d’élèves de l’INSA engagés dans le double cursus 'ingénieur puis architecte', Renaud Delaby a intégré la filière architecture de...[Lire la suite]