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Compte-rendu | Rudy Ricciotti : minimum VS minimal (13-02-2014)

Rudy Ricciotti construit. Rudy Ricciotti écrit. Rudy Ricciotti parle. Le 17 décembre 2013, à l’ENSA Strasbourg, l’architecte «provocateur et réactionnaire» s’exprime dans sa superbe faconde face aux étudiants. L’homme de l’art évoque ses oeuvres et son approche dans une comédie architecturale douce-amère.

Vie étudiante | ENSA Strasbourg | Bas-Rhin | Rudy Ricciotti

Les images n’apparaissent pas encore sur l’écran derrière lui. Rudy Ricciotti en profite pour s’adresser aux spectateurs, jeunes et enthousiastes. «Je suis très attaché à la condition économique territoriale», débute-t-il. «Au travail local», donc. Celui «qui fait parler la territorialité».

«Commençons par la présentation des villas, ça fait plus chic !», lance Rudy Ricciotti. A l’écran, une maison en béton, immergée dans la nature. «Le client souhaitait que le porte-à-faux en béton soit dépourvu de poteaux... Putaiiin, l’enjeu !».

«C’est bien pour ça que tous les architectes doivent avoir des connaissances d’ingénierie», poursuit-il. «La conception pose moins de problèmes. Le coté technique est beaucoup plus complexe à gérer. Impossible de le faire sans base technique», souligne Rudy Ricciotti.

Son regard se pose, quelques secondes, sur l’image du détail du porte-à-faux en béton. «C’est aussi pour ça que je déteste le minimalisme et que j’adore le minimum», affirme-t-il. «Ce détail fait trois centimètres d’épaisseur : une solution extrêmement technologique. Minimale mais pas minimaliste. Il y a une énorme différence», précise-t-il.

 «C’est l’une des choses que vous devez apprendre de la jeunesse», dit il, s’adressant au public. «Comme les deux mots magiques qui permettent de réaliser tous les projets : ‘s’il vous plaît’ et ‘merci’. Sans les maçons, sans les ingénieurs, sans les charpentiers, les projets ne seraient pas réalisables. Il faut aimer les personnes avec lesquelles nous travaillons».

02(@Jean Claude Carbonne).jpgRetour à l’architecture. Le Centre Chorégraphique National d’Aix-en-Provence apparaît derrière l’homme de l’art. «Voilà un projet très complexe», affirme Rudy Ricciotti. Tout d’abord, au vu de la sismicité de la zone où est installé le bâtiment. «Nous avons fait vingt simulations de tremblement de terre pour décider quel type de béton utiliser».

Le matériau n’est pas que constructif, il est aussi un isolant acoustique. «Nous avons utilisé différents bétons selon les nécessités acoustiques à l’intérieur du bâtiment», explique-t-il. De nouveau, il ne manque pas de souligner l’importance de l’étroite collaboration avec l’équipe d’ingénieurs. «Ce bâtiment est aussi le premier exemple d’une non-structure placée dans une enveloppe porteuse. La façade porte l’édifice. C’est une sorte de retour au classique», précise-t-il.

03(@FavretManez)_B.jpgA chaque projet son étiquette. La Salle Rock à Vitrolles a été une «expérience suprématiste». Il s’agit d’une simple boîte en béton noir ; «à l’époque, je détestais déjà le high-tech», se souvient-t-il. Une forme sobre, sans fenêtre, ni décoration. «Je n’ai même pas peint les murs intérieurs. Les néons donnent la couleur», explique l’architecte.

De Vitrolles à Marseille. Rudy Ricciotti évoque alors le MuCEM, une «architecture de tapettes». Sur l’écran, dessins et croquis. Tous datent de 2002. «J’avais commencé à dessiner le projet il y à dix ans. Rendez-vous bien compte combien un projet est long à aboutir», soupire-t-il.

04(@Lisa Ricciotti)_S.JPGTandis que nombreux sont ceux qui s’interrogent encore sur les références architecturales se cachant derrière la superbe maille de béton, l’architecte révèle une inspiration simple. «Je n’avais pas d’idée au début», admet-il «C’était très positif. J’ai cherché mes références dans le territoire de proximité», affirme-t-il.

La nuit, le musée est illuminé selon différentes tonalités ; le dispositif est, pour certains, «excessif». «Il ne faut pas nourrir l’exil de la beauté», répète-t-il à l’envi.

05(@Lisa Ricciotti)_S.JPGToujours selon la même faconde, Rudy Ricciotti n’oublie jamais de reconnaître les mérites de ses collaborateurs. «Regardez ce projet... J’aime les ingénieurs ; je dormirais avec un maçon, je vous assure !».

Au tour du Département des Arts de l’Islam. Le projet montre, une fois de plus, la différence tant prêchée entre gestes minimales et minimalistes.

«Etre minimaliste signifie devenir célèbre, suivre la mode», dit-il. «Poursuivre le minimum peut exposer l’architecte aux critiques. Mais c’est un choix qui enrichit le public», précise-t-il.

«Dans ce département, il y a une confrontation violente entre l’art islamique et l’art grec», affirme-t-il. «Nous sommes en sous-sol, nous sommes en quelque sorte dans la terre de Belphégor. En contraste avec l’intérieur du Louvre, sombre, je voulais proposer mouvement et lumière naturelle», explique-t-il. La couverture semble un voile qui se pose élégamment dans la cour Visconti. En l’observant, la toiture semble quasiment immatérielle, comme flottante. «Le travail sur les matériaux a été très important», explique Rudy Ricciotti. «L’acier prend l’apparence d’un textile et le béton du cuir», précise-t-il.

06(@Philippe Ruault)_B.jpg«Expérience architecturale version pâtisserie !», lance l’architecte qui évoque alors le Pôle de Services Eurêka à Montpellier, dont la façade extérieure est un «manteau en béton» percé de fenêtres de différentes dimensions. La cour intérieure est une réinterprétation de l’architecture de la Renaissance. «Voilà un bâtiment viril dehors et tendre dedans», clame Rudy Ricciotti.

Une heure et demie n’est, à n’en point douter, pas suffisant pour résumer le travail de cet architecte qui se définit comme un «petit bourgeois maniériste et réactionnaire».

Caterina Grosso

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