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Visite | Dominique Perrault, c'est Versailles ! (19-02-2014)

«Le patrimoine n'est pas un témoignage mort», assurent Dominique Perrault et Frédéric Didier. Toutefois, s'en prendre au saint des saints n'est pas une mince affaire. Aussi, à Versailles, les deux architectes livreront en mars 2015 les nouveaux atours du Pavillon Dufour qui permettra, comme le souhaitait Louis XIV, d'accueillir au château «tous ceux qui s'y présenteront proprement vêtus». 

Bâtiments Publics | Patrimoine | Versailles | Dominique Perrault

Versailles, aux sans grade ? Le château a, selon Frédéric Didier, architecte en chef des monuments historiques, toujours été «adapté à l'accueil du peuple». Aussi, un schéma directeur a été mis en place dès 2003 - lequel se plie à l'ancienne volonté des rois de France, pas moins -, en vue de permettre au château de recevoir sans encombre les désormais 7,5 millions de visiteurs annuels.

«Le plan du Pavillon Dufour remonte au XVIIIe siècle. A l'époque, l'architecte Ange-Jacques Gabriel avait prévu de réaliser deux pavillons d'entrée», précise-t-il.

Le Pavillon Dufour n'a toutefois vu le jour qu'en 1814. Il a subi, depuis, nombre de changements. Il y eut, notamment, un renfoncement de sa structure en 1923 et un changement de toiture en 1954. Aujourd'hui, le Pavillon Dufour se résume, aux dires de Frédéric Didier, à un «ensemble de couches historiques différentes».

Cette superposition résulte de cette «forte volonté continue d'accueillir tous ceux qui souhaitent admirer l'histoire de France». La tâche confiée aujourd'hui aux architectes est, en plus de remettre dans l'ordre, de poursuivre l'idéale hospitalité du Roi Soleil.

02(@DidierGhislain)_S.jpg «Le patrimoine n'est pas un témoignage mort», explique Frédéric Didier. L'intérêt du Pavillon est, toutefois, jugé «mince». Aussi, Dominique Perrault, mandataire du projet, dispose d'une certaine liberté.

«L'aspect extérieur de la construction ne changera pas fondamentalement», explique-t-il. En revanche, à l'intérieur, la révolution est radicale. «La volonté principale est d'inscrire le visiteur dans un mouvement continu, de la Place d'Armes jusqu'aux appartements royaux», affirme Dominique Perrault.

Tous les sols, aujourd'hui décalés, seront donc mis au même niveau ; les murs intérieurs, quant à eux, seront abattus. D'un bout à l'autre du pavillon, de la cour des Princes à la cour royale, la vue sera donc ininterrompue.

Concevoir ce 'nivelage' relève d'un «travail savoureux», admet l'architecte. «Le tout, sans gommer l'histoire des lieux», précise-t-il. Pour ce faire, en lieu et place des murs, un large contour métallique doré court du sol au plafond tant pour cadrer leur absence que signaler leur feue présence.

Les visiteurs entreront via l'accès principal dans une ambiance lumineuse. Ici, le travail contemporain est «complice du patrimoine». «Les sols en métal reprennent les motifs des parquets du château», explique Dominique Perrault. Au plafond, le bardage métallique ondulé et les lustres ont été conçus telle une déclinaison de certains détails décoratifs du château.

03(@DidierGhislain)_S.jpgLe flux des visiteurs étant tel que la construction d'une deuxième sortie est désormais nécessaire, pour ce faire, Dominique Perrault explore l'en-deçà. «Nous avons exploité la présence des volumes sous la cour et en sous-sol de la Vieille Aile pour créer et unifier un niveau souterrain», explique-t-il.

Les visiteurs sortiront donc par un escalier vitré dans la cour des Princes ; une solution qui n'est pas sans évocation. «Le rapport entre contemporanéité et histoire rappelle celui de la Pyramide du Louvre», sourit l'architecte.

L'homme de l'art gère encore une fois ce rapport délicat au dernier étage du Pavillon, au sein de l'auditorium. «Pour éviter de toucher la structure originelle, nous l'avons positionnée dans une boîte en bois», explique-t-il.

04(@DidierGhislain)_B.jpgL'opération menée par l'architecte permet donc au château royal de poursuivre sa mission d'accueil initiée au XVIIe siècle. Les uns loueront le projet, les autres le trouveront, peut-être, hasardeux. Pour une Italienne, ce jeu libre avec le patrimoine ne laisse pas d'étonner.

Et pour cause, en Italie, toute construction vieille d'au moins 80 ans est considérée historique et donc... intouchable. Bref, à Versailles, l'Italien sera surpris. Le Japonais n'y verra que du feu, lui qui est habitué, tous les cinquante ou soixante ans, à reconstruire à l'identique, en lieu et place, les plus beaux temples.

Alors, à Rome fais comme les Romains et à Versailles comme Dominique Perrault !

Caterina Grosso

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