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Colombie | L'architecture végétarienne de Simón Vélez (26-02-2014)

«Je ne suis pas écologiste ! A mes yeux, les écologistes sont des fanatiques fondamentalistes. Je n'ai rien à voir avec eux», déclare Simón Vélez dans un entretien accordé au magazine en ligne sud-américain Siente América. Publié le 25 juin 2013, cet article non signé reprend les grands thèmes du célèbre architecte colombien qui a fait du bambou «un acier végétal».  

Bambou | Bogota | Simón Vélez

Contexte
«Lorsque je voyage de par le monde, je vois que toutes les constructions antérieures à l'apparition du béton armé, peu importe qu'elles fussent pauvres ou fastueuses, sont belles», assure Simón Vélez.
L'assertion inaugure une importante monographie* dédiée à l'architecte signée Pierre Frey, historien de l'art, auteur de plusieurs ouvrages dédiés à Eugène Viollet-le-Duc ainsi qu'à l'architecture vernaculaire.
«La construction [en béton], telle qu'elle est conçue dans le Tiers monde, produit des espaces caverneux : une caverne a un sol en pierre, des murs de pierre et un toit de pierre [...] Nous ne venons pas de cavernes, nous ne sommes pas des troglodytes ; nous venons des arbres et nous sommes des hommes des cimes, même si, aujourd'hui, nous vivons dans des cavernes. L'architecture actuelle suit un régime exagéré et malsain, elle est totalement carnivore. L'état de nature exige que nous revenions à un régime plus équilibré, plus végétarien», affirme Simón Vélez.
Aussi, l'architecte colombien prône l'usage, entre autres, du bambou.
«Sur sa formation d'architecte, Simón reste aussi discret que critique quand on l'interroge. Il décrit ses professeurs à l'école d'architecture de Bogotá comme 'voués à une admiration acritique et obsédés par le style international du Bauhaus'. Ce constat et le rejet qui s'ensuit entraînent le besoin d'une recherche fondée sur la nature», écrit Pierre Frey.
Pour autant, l'architecte se défend : «Je ne suis pas une espèce de hippie». Simón Vélez est un homme «en colère», «soucieux», «investi», parfois polémique : «Je ne suis pas là pour sauver la planète !», dit-il.
JPhH

INTERVIEW AVEC L'ARCHITECTE SIMON VELEZ : «L'ARCHITECTURE DOIT ETRE UN PEU PLUS VEGETARIENNE»
Siente América

BOGOTA - Simón Vélez est un architecte colombien talentueux et reconnu**. Il est aujourd'hui considéré dans le monde comme le principal représentant de la mise en oeuvre de matériaux naturels comme le bambou.

Il est un homme sui generis, irrévérencieux et direct, qui a consacré la plus grande partie de sa vie à la construction de grandes structures en guadua (variété de bambou, ndt.), une graminée largement répandue en Amérique. Grâce à son acharnement et sa persévérance, Simón Vélez s'est positionné comme symbole de la bio-architecture contemporaine.

Il a remporté de nombreux prix internationaux de prime importance comme le fameux Prince Claus Prize en Hollande en 2009 pour l'emploi esthétique de matériaux naturels dans toutes ses créations. 

02(@DR)_S.jpgSimón Vélez a réussi ce succès incroyable dans son pays natal : inclure le bambou dans la liste des matériaux approuvés par le code de la construction colombien. 

Il est celui qui s'est, un temps, converti en auteur de la première norme spécifique pour réguler l'usage du bambou.

Jusqu'à présent, Simón Vélez a conçu des édifices et des structures de bambou dans des pays comme l'Allemagne, la France, les Etats-Unis, le Brésil, le Mexique, la Chine, la Jamaïque, la Colombie, le Panama, l'Equateur et l'Inde.

Parmi ses projets les plus remarquables comptent le pavillon du Commerce Equitable à l'Expo 2000 de Hanovre, le pavillon de bambou de 2.000m² conçu sur le Zócalo à Mexico ou encore le projet Crosswaters Ecolodge, la première destination éco-touristique des forêts de la Réserve de Nankun Shan, en Chine.

Siente América a eu le plaisir d'interviewer l'architecte Simón Vélez qui a pris le temps de répondre aux questions avec papier et crayon. Il nous a donné des réponses honnêtes et indiscutables. Son message relève d'un cours d'humanisme, d'équilibre et de persévérance.

Siente América : Quelles ont été les motivations qui vous ont poussé à devenir architecte ?

Simón Vélez : Mon père a été ma principale motivation. Il a été l'un des premiers à être diplômé architecte en Colombie à l'Université Catholique de Washington.

Votre principal sujet est la construction de ponts. Y-a-t-il une raison particulière à cela ?

Les ponts représentent le haut de la hiérarchie des projets. Du temps des Romains, les ingénieurs chargés de la construction des ponts recevaient le titre de Haut Pontife (pons «pont» + facere «faire») qui signifie littéralement «constructeur de ponts». Il s'agissait du titre militaire le plus élevé de l'Empire Romain.

Racontez-nous comment et quand a commencé votre aventure avec des matériaux aussi peu conventionnels que le bambou.

Depuis que j'ai commencé à étudier à l'université en 1968, j'ai toujours très clairement eu la vocation de travailler le bois et de travailler à la campagne.

J'ai pris exemple sur mon grand père maternel qui était un propriétaire terrien, éleveur de bétail, qui avait pour passion de construire les corps de ses fermes de manière très particulière et toujours en utilisant des matériaux comme la pierre et le bois locaux. 

04(@DeidiVonSchaewen)_B.jpgLà où je suis né, d'aucuns trouvent du bambou un peu partout. C'est l'un des composants les plus importants du paysage. 

J'ai découvert, à peine plus tard, les avantages de bambou pour la construction.

Un jour, un client m'a demandé de concevoir plusieurs écuries en bambou. Je me suis donc vu forcé de trouver une technique constructive. 

J'ai pensé à une manière simple de construire, tellement simple qu'il m'a paru incroyable que personne ne l'ait utilisée avant : injecter du mortier de ciment liquide dans les points de jonction. A partir de ce moment, le bambou est devenu à mes yeux un véritable acier végétal.

Quel a été le principal défi dans l'utilisation de la guadua comme matériau de construction ?

Le plus grand défi dans l'utilisation de la guadua a été d'affronter l'énorme préjugé dont il souffre. La guadua est synonyme de pauvreté au point qu'en Colombie son usage a été interdit dans le nouveau code de la construction.

Fort heureusement, j'ai réussi à m'informer à temps et le président Alvaro Uribe a personnellement ordonné que soit inclus dans le code un nouveau chapitre indépendant appelé guadua. Sa rédaction m'a été confiée. Toutefois, comme je ne me considère pas être un bon lecteur, ni même un bon auteur, j'ai demandé de l'aide à un jeune ingénieur structurel qui m'a accompagné avec des calculs dans bien des projets pour qu'il puisse rédiger ce chapitre.

Depuis, grâce à cela, la Colombie est devenue le premier pays au monde disposant d'un code de construction spécial pour le bambou.

Quels sont les bienfaits du bambou en regard de l'architecture durable ?

03(@DeidiVonSchaewen).jpgLe plus grand bénéfice du bambou n'est pas seulement environnemental, bien qu'il soit, de ce point de vue, évidemment très important. 

Il y a également sa valeur sociale et économique, que je considère beaucoup plus importante. C'est elle qui rend viable l'usage du bambou et permet d'atteindre un bienfait environnemental.

L'architecture vernaculaire a utilisé le bambou jusqu'à l'apparition du béton ; les populations les plus pauvres continuaient alors à l'utiliser.

L'industrie de la construction dans des pays du Tiers Monde comme la Colombie utilise seulement des minéraux comme l'acier, le ciment, la brique et le verre. 

Paradoxalement, aujourd'hui, plus une famille est pauvre en Colombie, plus elle achète du ciment. Sur le marché hebdomadaire, elle va toujours au moins acheter un sac de ciment pour des travaux interminables qui coûtent l'effort d'une vie.

Ce type d'architecture spontanée commence généralement par une favela de boites et de cartons. Après quelques années, ces constructions se transforment en véritables édifices de béton et de brique de 5 à 6 étages, construits bien en deçà de tout standard de sécurité qui déterminent les normes de construction.

En conclusion, ces gens ne sont pas en train de construire leur maison mais leur tombe ; la Colombie est considérée comme un pays à haut risque sismique.

Vous considérez-vous comme un architecte écologiste ?

Je ne suis pas écologiste ! A mes yeux, les écologistes sont des fanatiques fondamentalistes. Je n'ai rien à voir avec eux.

L'équilibre entre la nature et la structure doit être délicat et fragile. Comment maintenir l'harmonie ?

L'architecture doit être un peu plus végétarienne. Il y a trop de béton et de minéraux dans l'industrie de la construction.

Il faut penser comme un cuisinier. Le repas ne peut pas être totalement végétarien ni complètement carnivore. Nous devons atteindre un équilibre entre les minéraux et les végétaux. En plus, nous devons impliquer davantage la campagne et l'agriculture dans l'industrie de la construction.

Quelle est votre principale satisfaction en tant qu'architecte ?

Obtenir le pain quotidien de mon travail.

Jusqu'à présent vous avez conçu des constructions de bambou dans différents pays du monde. Quelle a été la meilleure expérience ?

La dernière expérience est toujours la meilleure. C'est elle qui me nourrit.

Quelle est la prochaine aventure de Simón Vélez ? Y-a-t-il d'autres projets éco-touristiques comme le Crosswaters Ecolodge ou un nouveau pont ?

Actuellement, je suis en train de travailler sur un petit hôtel de bambou dans les environs de Shanghai et un centre culturel à New Delhi. En même temps, je construis différents projets sur plusieurs sites de Colombie.

Vous sentez-vous être cet architecte unique, reconnu mondialement, promoteur de l'utilisation de matériaux naturels et organiques comme le bambou dans des édifices et des structures durables ?

Mon prestige tient du fait que le monde demande des attitudes nouvelles et des matériaux nouveaux qui, curieusement, sont les plus anciens. Enfin, ce que nous faisons, nous le faisons avec le plus d'équilibre, le plus de justice et le plus faible impact possible.

Racontez-nous un rêve que vous aimeriez réaliser.

Mon rêve serait de me consacrer au logement social. J'ai bien assez travaillé pour les riches. Grâce à leur argent, j'ai appris ce que je sais aujourd'hui.

Je pense être dorénavant suffisamment mature pour apporter une contribution intéressante à ce champ de réflexion.

Enfin, quelle recommandation ou quel message voudriez-vous laisser aux personnes préoccupées par l'environnement ?

La planète prend soin d'elle toute seule. Le véritable dommage est contre nous-mêmes. Aussi terrible sera notre comportement envers la planète, plus rapidement nous abandonnerons notre existence et nous laisserons ainsi la planète en paix.

Siente América félicite cet architecte talentueux et original et espère que ses succès perdurent et que son exemple dépasse les frontières. Merci beaucoup señor Vélez !

Siente América | Amérique du Sud
25-06-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

** Simón Vélez architecte // la maîtrise du bambou, de Pierre Frey ; Editeur : Actes Sud ; Format : 19,6cm x 25,5cm ; 256 pages ; Intérieur : quadri ; Couverture : Broché ; Prix : 39,00 euros.

** Simón Vélez fut notamment l'objet d'une exposition en France, en Lorraine, en 2013. Voir la présentation 'Simon Vélez - La maîtrise du bambou', à Briey

Réactions

guy | divers | france | 24-11-2014 à 15:17:00

est il possible de construirepartout en colombie ?

judelville | chargée de promouvoir des produits naturels ds la construction | colombie | 19-08-2014 à 17:45:00

Cher Monsieur Vélez,
Votre architecture m'a enthousiasmé directemment.
J'ai le plaisir de trouver votre intervieuw ici, et c'est un régal de vous lire.
Toutefois... en ce qui me concerne, j'en suis a me demander si le produit que j'aimerais introduire en Colombie recevrait votre estime oui ou non ?!

Je ne sais pas bien par quel biais entrer en contact avec des "penseurs" ici, à Bogota. Il est bien entendu que je dois vivre, et je ne suis pas totalement utopiste.
je vois que le marché de la construction est évidemment foisonnant sur Bogota, mais j'aimerais que cette "Pâte" entre autre peut servir de peinture ou de revêtement sol.. façade, sdb... j'aimerais en effet, si on peut choisir, toucher un groupe, ou une personne, ou plusieurs personnes avec une vision plus que "marchande ou mercantile".

auriez-vous des conseils ou des suggestions ?
ou peut on vous joindre? ou votre assistant ?

Cher monsieur,... dans l'attente de vous lire, et surtout de voir vos beaux projets éclorent de par le monde.
Judith Delville

judelville | chargée de promouvoir des produits naturels ds la construction | colombie | 19-08-2014 à 17:45:00

Cher Monsieur Vélez,
Votre architecture m'a enthousiasmé directemment.
J'ai le plaisir de trouver votre intervieuw ici, et c'est un régal de vous lire.
Toutefois... en ce qui me concerne, j'en suis a me demander si le produit que j'aimerais introduire en Colombie recevrait votre estime oui ou non ?!

Je ne sais pas bien par quel biais entrer en contact avec des "penseurs" ici, à Bogota. Il est bien entendu que je dois vivre, et je ne suis pas totalement utopiste.
je vois que le marché de la construction est évidemment foisonnant sur Bogota, mais j'aimerais que cette "Pâte" entre autre peut servir de peinture ou de revêtement sol.. façade, sdb... j'aimerais en effet, si on peut choisir, toucher un groupe, ou une personne, ou plusieurs personnes avec une vision plus que "marchande ou mercantile".

auriez-vous des conseils ou des suggestions ?
ou peut on vous joindre? ou votre assistant ?

Cher monsieur,... dans l'attente de vous lire, et surtout de voir vos beaux projets éclorent de par le monde.
Judith Delville

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