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Chine | Le NAMOC de Jean Nouvel sur pause (26-02-2014)

Presque un an après que l'architecte Jean Nouvel ait remporté le concours du Musée National d’Art de Chine (NAMOC), le projet, malgré des images parues dans la presse, n'est toujours pas «approuvé» par le gouvernement chinois, selon un article paru le 4 août 2013 dans le South China Morning Post. En tout cas, d'après le quotidien, l'échelle «immense» du projet en offusque plus d'un.  

Bâtiments Publics | Culture | | Jean Nouvel

Contexte
«Nous ne manquerons pas de revenir vers vous au moment opportun pour vous donner plus d’informations concernant ce projet qui devrait être lancé plus concrètement par les autorités chinoises prochainement», ont indiqué les Ateliers Jean Nouvel à la demande d'informations du Courrier de l'Architecte quant au devenir du NAMOC, remporté suite à un concours organisé en 2010.
Pour l'instant donc, rien ne filtre concernant la réalisation de ce projet qui deviendrait, si ses 130.000 mètres carrés étaient réalisés, «le plus grand musée d'art au monde», selon l'article paru dans le South China Morning Post. Une échelle vivement critiquée.
Autre critique adressée par les architectes chinois : le choix d'un architecte occidental pour la construction de ce bâtiment emblématique. Une critique qui peut paraître familière aux architectes français qui, à l'inverse, dénoncent le choix systématique de confrères asiatiques pour les grands projets français.
Plus absurde, cette autre critique d'un historien de l'art chinois : «Le Musée National d'Art abritera deux millénaires d’oeuvres traditionnelles des beaux-arts chinois. Nos estampes ont besoin d'espaces d'expositions différents des peintures à l'huile occidentales. Je suis contre le fait de confier une institution culturelle d'une telle importance à un architecte occidental». Sous-entendu un architecte français ne peut pas saisir les tenants et les aboutissants de l'art chinois.
Pourtant, au moment de révéler son projet à la presse en mai 2013, Jean Nouvel a bien expliqué qu'il tirait son essence de la calligraphie chinoise.
La journaliste Béatrice De Rochebouet précisait ainsi, dans un article paru dans Le Figaro le 14 mai 2013 ('Les tribulations d'un architecte en Chine'), que «la calligraphie est la base de l'écriture et c'est cette écriture que Jean Nouvel a cherché à insuffler dans ce projet hors norme qui sera réalisé avec le Beijing Institute Architecture Design (BIAD)».
Et de rapporter les propos de l'architecte : «il m'a fallu faire comme si j'étais Chinois, en me plongeant dans la culture ancestrale de ce pays. Ce premier geste que passent la moitié de l'année les apprentis calligraphe à maîtriser s'est imposé comme une évidence, après un an d'immersion, de dialogue, d'exploration pour traduire, synthétiser puis matérialiser l'esprit d'une civilisation».
EB

L'ENORME MUSEE NATIONAL D'ART DE CHINE TOUJOURS PAS APPROUVE
Xu Donghuan | South China Morning Post

BEIJING - Avec le musée M+ à Hong Kong, dont l'ouverture est prévue en 2017, tout le monde s'attendait à ce que la ville entre ainsi dans une intense compétition avec Pékin en tant que nouveau centre des arts et de la culture d'Asie. Aujourd’hui, une telle rivalité paraît prématurée.

En effet, alors que l'agence d'architecture suisse Herzog et de Meuron a été sélectionnée en juin pour concevoir les 75.000 mètres carrés composant le musée d'art situé dans le West Kowloon Cultural District, il n'est toujours pas clair quand - et si un jour - Pékin compte se lancer dans la réalisation de son propre musée d'art aux proportions gigantesques, prévu dans la périphérie nord de la capitale.

Cela fait presque un an que l'architecte français Jean Nouvel a remporté le très convoité concours pour concevoir les 130.000 mètres carrés du Musée National d’Art de Chine (NAMOC) qui seront situés à côté du stade national. Cependant, le projet de Jean Nouvel, qui fut inspiré par un coup de pinceau, n'a toujours pas été approuvé par le nouveau gouvernement chinois.

02(@AteliersJeanNouvel-Biad)_S.jpgL'annonce officielle de l'attribution du projet à Jean Nouvel était attendue. Il n'y a pourtant toujours aucun signe de la décision. Entre temps, il est dit que les équipes de Jean Nouvel travaillent avec le Beijing Institute of Architecture Design afin de peaufiner le projet.

La campagne de frugalité de la nouvelle administration, qui a gelé toutes les dépenses liées à tout nouveau bâtiment public, ajoute aux incertitudes. La taille gigantesque du musée, bien que destiné au public, pourrait aller à l'encontre de la politique du nouveau gouvernement présidé par Xi Jinping, qui a promis de mettre un terme à la construction de bâtiments publics ostentatoires.

Or, le nouveau musée national d'art devait être le plus vaste au monde lors de sa livraison en 2015 afin de traduire le statut de la Chine en tant que superpuissance culturelle.

«Il est possible que le nouveau gouvernement annule le projet», souligne Shan Deqi, enseignant d'architecture à la Tsinghua University. «De nombreux fonctionnaires sont monopolisés par des projets qui mettent en valeur leurs réussites professionnelles tout en reléguant les moyens de subsistance des gens au second plan». Il ajoute : «quel que fut le moment de notre histoire, lancer d'immenses projets de construction n'a jamais produit de bons résultats. Le premier empereur de Chine Qin Shi Huang a construit l'Epang Palace. L'impératrice Cixi a utilisé l'argent destiné à la modernisation de la marine afin de construire le palais d'été».

Li Hu de l'agence OPEN Architecture à Pékin, qui fut invité a participer au concours mais qui se retira de la compétition par la suite à cause de la nature politique du projet, désapprouve également cet objectif de construire le plus vaste musée d'art au monde. «Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de concevoir un bâtiment aussi vaste», dit-il. «Si le gouvernement peut réduire les dépenses et construire une plus petite version du projet, alors je l'approuverais».

Même si le gouvernement n'a toujours pas donné son feu vert au projet, ce dernier fait l'objet de critiques de la part de plusieurs architectes chinois et critiques d'art. Le 19 juin, l'architecte Ma Yansong de l'agence MAD Architects, qui fut éliminée lors du premier tour de la compétition, a appelé l'équipe d'administration du Musée d'Art National à reconsidérer l'emplacement du musée dans une chronique pour le New Beijing News. «Un musée national d'art est le coeur culturel d'un pays et il devrait se situer au centre de la ville», écrit-il. «En un sens, la localisation du musée traduit le goût et l'ouverture d'une ville et illustre l'accent qu'elle met sur la culture et les arts». Ma Yansong clôt son article en soulignant l'urgence de donner aux architectes chinois une chance de créer un musée d'art moderne qui pourrait se fondre dans son environnement.

Dans le projet actuel, le nouveau musée d'art est localisé sur l'axe nord de l'ancien Pékin, au centre d'un nouveau quartier de musées. Les deux autres musées sont le Chinese Arts and Crafts Museum et le centre de sinologie. Ce 'museum district' fut conçu pour attirer à nouveau les visiteurs après les Jeux Olympiques de 2008.

L'actuel Musée National d'Art de Chine fut conçu par Dai Nianci (1920-1991) et fut l'un des dix principaux bâtiments construits pour célébrer le dixième anniversaire de la création de la République Populaire de Chine. Livré quatre ans plus tard en 1962 et réhabilité en 2004, ce musée se situe dans un quartier animé du centre de la ville. Le NAMOC devrait faire six fois sa taille.

03(@AteliersJeanNouvel-Biad)_S.jpgNombre de critiques adressées au NAMOC proviennent du fait que la plupart des projets de modernisation de Pékin ont été confiés à des architectes occidentaux. Parmi les exemples les plus frappants, il y a le National Centre for the Performing Arts, le dôme elliptique en titane et verre cerné par un lac artificiel, signé par le français Paul Andreu, et le siège social de la CCTV, cette tour à la forme radicale de 44 étages dans le quartier d'affaires de Pékin, conçue par Rem Koolhaas et Ole Scheeren d'OMA.

«Nous avons de nombreux architectes chez nous», souligne pourtant Ma Bingjian, directeur du Beijing Traditional Architectural Design Institute. «Je ne comprends pas l'amour aveugle de nos décideurs pour les architectes occidentaux. Face à l'invasion de la culture occidentale, nous devons faire des efforts afin de préserver nos propres traditions architecturales».

Quand le concours pour le NAMOC fut lancé en 2010, il fit l'objet de candidatures de la part de plus de 150 architectes du monde entier. Vingt agences furent invitées à soumettre leurs propositions, dont les architectes chinois Yung Ho Chang, Pei-Zhu et Ma Yansong. Mais lors de la dernière phase, il n'y avait pas d'architectes locaux parmi les cinq finalistes - Jean Nouvel, Frank Gehry, Zaha Hadid, Herzog & de Meuron (qui plus tard se retirèrent de la compétition) et Moshe Safdie -, trois d'entre eux étant des lauréats du Pritzker Prize.

«Le Musée National d'Art abritera deux millénaires d’oeuvres traditionnelles des beaux-arts chinois. Nos estampes ont besoin d'espaces d'expositions différents des peintures à l'huile occidentales. Je suis contre le fait de confier une institution culturelle d'une telle importance à un architecte occidental», indique Liu Chuanming, historien de l'art à Pékin.

Jeffrey Johnson, qui dirige le China Megacities Lab de la School of Architecture, Planning and Preservation de l'Université de Columbia à New York, souligne que construire en connaissance de cause ('to build responsibly') est un devoir partagé par un architecte et son client.

«Il est vrai que la Chine a offert à de nombreux architectes l'opportunité de réaliser des projets qu'il aurait été difficile ou impossible de réaliser ailleurs. Les architectes de par le monde ont construit parmi leurs bâtiments les plus radicaux en Chine», souligne-t-il.

«Néanmoins, je pense qu'il est trop facile de critiquer uniquement les architectes. Ils ne font souvent que répondre à la demande de leurs clients en concevant des structures monumentales et iconiques qui peuvent souvent paraître hors d'échelle. Ce phénomène est visible dans les 'vanity projects', quand des structures iconiques sont érigées dans un objectif politique de court terme».

Jeffrey Johnson pense qu'il est très important pour les villes de préserver et promouvoir les identités locales. «La préservation et la réhabilitation de bâtiments historiques devraient être équilibrées par de nouveaux développements. En promouvant l’innovation à l'échelle locale, de nouvelles identités seront créées».

Xu Donghuan | South China Morning Post | Chine
04-08-2013
Adapté par : Emmanuelle Borne

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