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Mexique | A Mexico, Richard Meier : moderno, mode-e-e-e-e-eerno ! (12-03-2014)

En France, les architectes japonais ont bonne place. Au Mexique, les agences anglo-saxonnes ne déméritent pas. Richard Rogers par exemple mais aussi Richard Meier. Avec ce dernier, Juan José Kochen, journaliste pour la revue mexicaine Código, revient, dans un entretien publié le 18 février 2014, sur le dernier projet de l’agence, les tours du Paseo de la Reforma.

Tours et gratte-ciel | Mexico | Richard Meier

Contexte
Moderno ? L’adjectif est, en France, des plus péjoratifs. Aussi blanche soit l’architecture, y adjoindre l’adjectif moderne relève de la basse provocation.
A l’inverse, Richard Meier affirme, sans pudeur aucune, son ancrage théorique et esthétique. Diplômé en 1957 de la Cornell University dans l’Etat de New York, il se rend immédiatement à Paris pour obtenir de Le Corbusier une place dans son atelier. Le refus est cinglant et le jeune diplômé trouve refuge chez SOM puis chez Marcel Breuer. A New York, l’architecte se prend alors d’amitié pour Frank Stella et côtoie les peintres de l’expressionnisme abstrait emmenés par Jackson Pollock et Mark Rothko.
En 1963, l’homme de l’art s’émancipe de ses maîtres pour développer sa propre pratique de l’architecture. De 1963 à 1973, Richard Meier enseigne à Cooper Union à New York. Il se rapproche alors du groupe CASE (Conference of Architects for the Study of Environment).
De cette coopération naît, en 1972, l’ouvrage Five Architects. Ce club des cinq réunit Peter Eisenman, Michael Graves, Charles Gwathmey, John Hejduk et, bien entendu, Richard Meier. Le groupe prône alors un retour au style international européen, à la période héroïque du modernisme des années 20.
En réaction, Romaldo Giurgola, Allan Greenberg, Charles Moore, Jaquelin T. Robertson et Robert A. M. Stern formulent dans les colonnes d’Architectural Forum en 1973 une critique acerbe. Les cinq «gris» attaquent les cinq «blancs».
Aujourd’hui, le débat paraît un brin éculé dans un monde où la théorie n’est, au mieux, plus qu’un vague accessoire. Richard Meier a fait de la blancheur immaculée une signature personnelle.
A Mexico, l’architecte poursuit, comme partout ailleurs, ses obsessions et propose un projet dans la droite ligne de ses idéaux. Bref, un projet moderno.
JPhH

RICHARD MEIER X 4. ENTRETIEN A PROPOS DES TOURS DE LA REFORMA
Juan José Kochen | Código

MEXICO - Tout parait indiquer que la quatrième fois sera la bonne pour Richard Meier au Mexique. Après trois incursions qui n’ont donné aucun résultat ou qui n’ont connu aucune avancée - la Liberty Plaza à Santa Fe, le W Retreat Kanai sur la Riviera Maya et la Torre Mítikah, à Coyoacán (à Mexico, ndt.) -, le projet sur le Paseo de la Reforma (à Mexico, ndt.) est le prochain objectif de l’agence dirigée par le lauréat du Prix Pritzker en 1984.

02(@RMeier&Partners).jpgSelon cette même ligne, cette même composition, cette morphologie homogène, ces matériaux similaires et cette couleur unique pour concevoir sa propre architecture, Richard Meier (né à Newark en 1934) a poursuivi ses idéaux modernes et les a éprouvés pour se réinventer.

Il évoque ses projets en ayant le sens du l’humour, en faisant des descriptions succinctes, pausées, et même selon une narration qui souligne les prémisses d’une conception monochrome, blanche, qui se mêlent aux matériaux, à l’aluminium, aux larges baies vitrées, à la lumière naturelle qui s’infiltre par chaque interstice et à une identité formelle qui permet de reconnaître son oeuvre dans n’importe quel fatras urbain.

Le mouvement moderne de Richard Meier et du 'New York Five' dont il a fait partie se retrouve dans ses réalisations comme le Getty Center à Los Angeles, le High Museum of Art à Atlanta, les maisons Smith et Neugebauer, respectivement en Californie et aux Texas, l’église du Jubilé à Rome, les tours de Perry Street à New York, le Musée Ara Pacis à Rome, le Musée Arp à Rolandseck en Allemagne et le Musée d’art contemporain à Barcelone.

En 2011, Richard Meier a figuré dans le débat architectural mexicain avec l’annonce du projet à Mítikah, dont le plan directeur - conçu par César Pelli - a initié la transformation du sud de la ville de Mexico. Un an après, une rétrospective a été présentée au Musée d’Art Contemporain de Monterrey (MARCO) et au musée d’art Carillo Gil.

Avec le désir de présenter et de diffuser ses nouveaux projets au Mexique, nous nous sommes entretenus avec Richard Meier et son associé Bernhard Karpf sur les nouveaux gratte-ciel d’une ville de verre.

03(@RMeier&Partners).jpgCódigo : Que pensez-vous du 'réemploi' dans les villes en tant qu’élément du développement de nouveaux projets ?

Richard Meier : La ville de Mexico est en train de changer. Voilà qui est sain. Cependant, le principal problème de la ville ne relève pas du changement dans les formes de densité mais dans la circulation automobile. Aucune ville ne peut poursuivre son développement si elle croît de façon horizontale. Le problème est bel et bien le trafic. Il faut un temps considérable pour aller d’un endroit à l’autre. En plus, la culture des transports publics n’existe pas.

Bernhard Karpt : La ville est extrêmement dense. Sa densité doit être plus verticale qu’horizontale. La clef est dans l’équilibre des édifices en regard de l’espace public et cela doit rester le résultat de propositions qui vont au-delà de la forme. La nécessité de tout un chacun à vouloir avoir une automobile a capté notre attention. Il est surprenant de voir la priorité donnée à cette forme de déplacement.

La densification peut usuellement se comprendre de différentes façons : la reconversion de l’existant, la construction au sein du tissu urbain pour occuper des terrains en friche, l’attribution d’une nouvelle valeur d’usage à des édifices existants ou bien conférer une plus grande hauteur aux constructions nouvelles.

Richard Meier : Je vis à Manhattan et je suis encerclé de densités ; il ne s’agit pas seulement de constructions mais aussi de personnes. Si tu vas au restaurant et qu’il est vide, tu dois te demander où est le problème à moins que le restaurant soit mauvais. Il est difficile de généraliser les situations des villes mais si nous les concevons comme des lieux, des contextes sociaux, culturels et politiques avec des problèmes liés à différents facteurs, la densité n’est pas le principal problème mais seulement une opportunité pour les reconvertir.

La densité et, par conséquent, la forme qu’elle occupe, use voire sature un espace. Elle est une question culturelle qui, bien souvent, exige un mélange d’usages et d’espaces publics pour favoriser sa compréhension.

Richard Meier : Il s’agit de donner une valeur ajoutée au projet en apportant des espaces libres pour la ville, toujours liés au contexte en vue de l’améliorer et de l’ouvrir. L’important reste la relation à l’échelle, laquelle s’opère au niveau du trottoir, au niveau du rez-de-chaussée. Il est tout aussi important de trouver des matériaux appropriés aux projets mais pas nécessaire au contexte.

04(@RMeier&Partners).jpgEn créant un ensemble habitable, chacun pense dans une certaine mesure à la transformation radicale de la vie quotidienne, des comportements, des aspirations, des valeurs de la population impliquée. Aussi bien à Mítikah que sur le Paseo de la Reforma, il y a un changement d’échelle.

Bernhard Karpt : La Tour Mítikah - de 34 étages - cherche à assurer la transition visuelle entre le Río Churubusco et les circulations qui relient le nouveau quartier à la place arrière de l’ensemble jusqu’au nouveau centre commercial. Sa façade de verre et un système à basse émissivité (Low-E-glass) pour filtrer et nuancer la lumière naturelle tout comme la forme rectangulaire des façades uniformes et les subtiles extrusions permettent des transparences à travers des rideaux et des jalousies uniformes qui habillent l’édifice.

Sans doute le projet changera l’échelle du quartier. Le défi de la proposition verticale de César Pelli est de créer une transition avec l’avenue qui divise drastiquement le quartier, à savoir l’avenue Río Churubusco qui coupe tout le secteur jusqu’à Coyoacán. Le problème de ce plan directeur est qu’aucun des usages des tours n’a été identifié, si elles sont résidentielles, commerciales ou mixtes. Pour le moment, notre tour est arrêtée et nous ne savons pas ce qui se passera.

A l’inverse, le Paseo de la Reforma est une promenade piétonne très puissante. Malgré le flux automobile, c’est un secteur propice à la marche. Ce projet représente un scénario de collaboration unique pour nous : le client, le développeur et l’associé sont une seule et unique entité : Diámetro Arquitectos. Il s’agit là d’une collaboration très positive. Les dialogues ont été consensuels dès le début et le projet avance très bien. Les deux tours - l’une de bureaux de 40 étages, l’autre destinée à être un hôtel haut de 27 niveaux - prétendent changer la notion d’équipement et d’infrastructure au regard des tours conventionnelles du Paseo de la Reforma. Nous cherchons dans ce projet à réduire la densité de la ville et à réunir les gens dans un espace commun à travers une place qui relie les deux tours.

05(@RMeier&Partners).jpgCes deux tours sur le Paseo de la Reforma (haute de 180 mètres) se situent sur la parcelle du projet Performa, conçu par Legorreta + Legoretta, depuis annulé. Elles seront le contrepoint, en haut du Paseo, de la tour BBVA Bancomer (250 mètres) imaginée par Richard Rogers et, également, par Legoretta + Legoretta. Qui plus est, il s’agira de l’un des dix projets en construction qui sont en train de changer l’échelle de la ville. Au-delà des contextes et des réalités conjoncturelles, tous différents, la similitude entre Mítikah et Reforma confirme la ligne d’une «architecture vue comme tradition, comme continuum» - du moins, si l’on vous suit, Richard Meier - où la modernité poursuit son chemin, sans grand changement, en apparence.

Richard Meier : Je crois très clairement en l’architecture moderne. J’ai toujours un pied dans la modernité mais je conçois notre présent et pense à sa signification dans le futur. Je pense que la modernité perdurera ici pour longtemps.

Juan José Kochen (twitter : @kochenjj) | Código (www.revistacodigo.com) | Mexique
18-02-2014
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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